26.06.2008
Président de la République ou de TF1 ?
Entre la fin de la publicité sur le service public dont le rapport Copé vient de détailler les modalités d’application, les nominations, les campagnes publiques, les ajustements législatifs, l’appel à l’indépendance des médias de Marianne trouve chaque jour une nouvelle légitimité.
Nicolas Sarkozy soigne bien la chaîne de télévision de son témoin de mariage Martin Bouygues, à tel point qu’on se demande ce qu’il pourrait encore inventer pour faciliter la tâche de Nonce Paolini, qui affronte pourtant une chute d’audience historique. L’état ne cesse de dépenser des millions pour des campagnes de communication qui vont en bonne partie dans les coffres de la première chaîne de France. Ensuite, les députés pourraient bien voter deux dispositions particulièrement favorable à TF1 : un abaissement des seuils de concentration dans les médias, qui permettra aux grosses chaînes de racheter des petites et la fameuse autorisation d’une deuxième coupure de publicité dans les fictions, demandée depuis si longtemps.
Mais le pire reste à venir avec la suppression de la publicité sur le service public. Cette mesure pourrait à elle seule rapporter 150 millions d’euros à la première chaîne, tant ce changement va renforcer la position déjà dominante de TF1. Cette annonce faite en janvier sans même prévenir la ministre de la culture était clairement influencée par sa première bénéficiaire qui avait remis un rapport à la présidence sur les évolutions possibles du service public. Le rapport Copé va plus loin. Tout d’abord, la compensation financière ne semble pas en mesure de complètement combler ce qui manquera à France Télévisions en recettes publicitaires et en temps d’antenne supplémentaire. Pire, on peut se demander si la réorganisation de France 3 ne va pas considérablement affaiblir cette chaîne, avec un recentrage régional sur de plus grandes régions, donc potentiellement moins pertinentes, et une ambition nationale revue à la baisse.
Au global, nous sommes aux antipodes de la « République irréprochable » que le candidat d’alors défendait dans un grand journal du soir. La présidence de Nicolas Sarkozy est comme jamais auparavant la république des copains avec un président qui multiplie les mesures qui favorisent TF1 tout en étant (en contrepartie, on peut bien sûr se le demander) particulièrement bien traité par cette même chaîne. Le mélange des genres avait atteint des sommets quand le président lui-même avait annoncé la nomination d’Harry Roselmack avant qu’elle ne soit officielle. Malheureusement, ce mélange des genres nous rappelle de plus en plus l’Italie de Berlusconi.
Marianne avait bien raison de mentionner les risques sur l’indépendance des médias dans son appel du 14 février. Mais depuis cette date, la situation empire et on a de plus en plus de mal à savoir si Nicolas Sarkozy est le président de la République ou de TF1.
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/06/24/television-publique-ce-que-jean-francois-cope-va-dire-a-nicolas-sarkozy_1062387_3236.html#ens_id=1047902
10:31 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, tf1, commission copé, france télévisions




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