28.06.2008

L’erreur économique européenne

Mercredi, la Fed a décidé de laisser inchangés ses taux directeurs, à 2% alors que la semaine prochaine, la BCE devrait annoncer une hausse des taux, comme elle l’a indiqué lors de sa réunion de juin. Pourquoi une telle différence et qui a raison ?

Le moins que l’on puisse dire est que la réaction des deux premières banques centrales à la crise financière et à la hausse des prix des matières premières et de l’énergie est complètement différente. Il y a un an, avant ce double choc, les taux d’intérêts étaient de 5,25% aux Etats-Unis et de 4% en Europe. L’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis et la crise de nombreux établissements financiers, qui ont accusé de lourdes pertes, leur ont toutes les deux fait injecter massivement des liquidités en re-finançant de nombreux actifs financiers par échange avec des obligations d’Etat. Mais elles n’ont pas du tout eu la même réaction au niveau des taux puisque la BCE ne les a pas bougé alors que la Fed les a baissé massivement à 2% aujourd’hui. Résultat, le dollar, déjà mal en point, a encore perdu 20% de sa valeur face à l’euro.

On pourrait facilement argumenter que la raison de cette différence de réaction vient des statuts des deux banques centrales. Après tout, la Fed a un double objectif de lutte contre l’inflation et de soutien à l’activité alors que la BCE n’a qu’un objectif de stabilité des prix. Leurs interventions de refinancement ont réussi à éviter un véritable krach et aujourd’hui, malgré la crise que nous traversons, il semble que nous ayons évité le pire et selon toute vraisemblance, la croissance devrait reprendre en 2009 aux Etats-Unis au moins, étant donné que le prix des matières premières et de l’énergie devrait cesser de progresser. Il reste néanmoins une divergence fondamentale dans la politique monétaire des deux banques, à propos des taux d’intérêt.

Face à la hausse de l’inflation, la BCE a préféré limiter son intervention à l’injection de liquidités, sans toucher aux taux d’intérêts pour mieux défendre la stabilité des prix. Mais Jean-Claude Trichet fait ici une erreur économique majeure : le niveau des taux d’intérêt, s’il influe sur la croissance, ne va pas influer sur le niveau de l’inflation. La hausse des prix (sans doute temporaire) ne vient pas d’un changement de comportement des acteurs économiques, mais d’une conjonction de hausses des matières premières, consécutives à la croissance économique des pays émergents et au développement des biocarburants. Résultat, l’inutile politique restrictive de la BCE va affecter la croissance sans améliorer la situation sur le front des prix.

Pour preuve, le niveau de l’inflation aux Etats-Unis et en Europe reste complètement équivalent malgré la politique monétaire très accommodante de la Fed et celle plus restrictive de la BCE. Pourtant, la baisse du dollar amplifie l’inflation aux Etats-Unis par le renchérissement du prix des produits importés alors que la hausse de l’euro modère l’inflation de ce côté-ci de l’Atlantique par la baisse du prix des produits importés. L’équivalence du niveau de l’inflation en Europe et aux Etats-Unis montre bien que le refus de la baisse des taux de la BCE n’a strictement aucun effet sur l’inflation. Jean-Claude Trichet fait une nouvelle erreur économique, qui va retarder le retour de la croissance en Europe en fragilisant nos exportations par la hausse de l’euro qu’il provoque.

Malheureusement, cette nouvelle erreur de politique monétaire ne portera pas à conséquence à cause de l’indépendance de la BCE. Il serait grand temps de faire le bilan critique de l’euro et d’en tirer les conclusions, mais les euro-béats ne semblent toujours pas prêts à la moindre remise en question.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/27/subprimes-petrole-immobilier-le-triple-choc-qui-secoue-les-places-boursieres_1063490_3234.html#ens_id=1049228

Commentaires

(...) il semble que nous ayons évité le pire (...)
Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
On en reparle fin 2008 courant 2009

Ecrit par : RST | 28.06.2008

"(...) il semble que nous ayons évité le pire (...)"
Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
On en reparle fin 2008 courant 2009 ?

Ecrit par : RST | 28.06.2008

@ RST

Je pense qu'avec la crise que nous vivons, il y avait un risque de sombrer dans une crise similaire à la Grande Dépression. Les interventions des banques centrales ont permis d'éviter cela.

Même si la crise est dure et qu'elle reste encore largement devant nous en Europe, je pense que nous ne sombrerons pas dans de tels extrêmes (des années de déflation, 25% de chômage aux Etats-Unis).

Cela ne retire rien aux immenses déséquilibres de l'économie, qui sont dans une certaine mesure pire qu'en 1929. Il convient de les corriger le plus rapidement possible pour éviter de nouvelles crises, qui pourraient être plus graves. La multiplication des crises depuis 20 ans (krach de 87, crise au Japon, crise asiatique, crise russe, bulle internet, crise argentine, subprimes...) montre bien que le système est à bout de souffle.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 28.06.2008

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