29.06.2008

Réforme de l’audiovisuel : comment Nicolas Sarkozy a habilement détourné le débat

Mercredi, Nicolas Sarkozy a accueilli les conclusions de la commission Copé sur l’avenir de l’audiovisuel public en prenant des décisions assez radicales. Le choix de nommer directement le président de France Télévisions a éclipsé toutes les autres mesures.

Le locataire de l’Elysée n’a pas seulement adopté les mesures proposées par la Commission, il a également apporté sa touche aux mesures qui ont été prises. Tout d’abord, il accélère le calendrier assez lent présenté par le président du groupe UMP de l’Assemblée. La suppression de la publicité de vingt heures à six heures du matin sera donc effective au premier janvier 2009 au lieu du premier septembre de la même année. La suppression totale interviendra deux ans plus tard au lieu de trois. Ensuite, il gonfle la taxe sur les fournisseurs d’accès à internet et les opérateurs de téléphonie de 0,5 à 0,9%, ce qui devrait générer plus de 400 millions d’euros de recettes et instaure une dotation de l’Etat de 150 millions pour compenser le fait que le Service Public ne récupérera pas les recettes de l’INA.

Mais l’annonce qui a fait le plus grand bruit est sa décision de faire nommer le président de l’audiovisuel pubilc directement par l’exécutif au lieu du CSA. Malgré les cris d’orfraie de beaucoup de commentateurs, on peut se demander si cette décision est si choquante que ça dans la mesure où les membres du CSA étaient nommés par l’exécutif et où il ne semble pas vraiment que les nominations faites depuis vingt ans se faisaient sans consultation et avis de l’Elysée, pour ne pas dire plus. Après tout, la situation future ne sera-t-elle pas juste l’officialisation de ce qui se passait réellement ? En cela, une telle décision serait plus honnête que les précautions cosmétiques que représentait le fait de faire nommer par le CSA une personne qui avait été en réalité validée par l’exécutif.

Mais cette annonce, a largement dominé l’ensemble des autres mesures, empêchant des débats finalement plus importants. Personne n’a parlé du redécoupage de France 3 dont on peut se demander s’il ne risque pas de fragiliser la troisième chaîne de télévision. Le débat sur la suppression de la publicité (au moment où le gouvernement a besoin de dépenser des millions pour vanter son action sur le pouvoir d’achat) a lui aussi été occulté. Pourtant, à un moment où le pouvoir d’achat des Français baisse, il est pour le moins paradoxal de transférer le financement du service public de la publicité à des taxes qui finiront in fine par être payées par les Français, et donc une hausse des impôts ! Et surtout, les financements annoncés ne correspondent pas du tout aux véritables besoins du service public. Enfin, cette annonce, deux jours après le début de la campagne de publicité sur le pouvoir d’achat permet d’atténuer cet autre débat.

Nicolas Sarkozy est décidemment habile. En déplaçant le débat sur la nomination du président de France Télévisions, il limite les questions sur ses liens avec TF1, l’insuffisance du financement de l’audiovisuel public, la hausse des impôts, la campagne de publicité qu’il a lancé ou la réorganisation de France 3…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/25/la-suppression-de-la-publicite-sur-les-chaines-publiques-interviendra-des-janvier-2009_1062857_823448.html

Commentaires

Il me semble que nous sommes sur la même longueur d'onde...

http://lheraultrepublicain.midiblogs.com/archive/2008/06/26/16-09-ou-135-€.html

Écrit par : Républicain | 29.06.2008

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