01.07.2008

Narcisse éternel candidat

Hier soir, le chef de l’Etat s’est invité sur France 3 pour défendre son action et dresser les grandes lignes de la présidence française de l’Union Européenne. L’occasion pour lui de multiplier les promesses de dépenses et de développer un étrange discours sur l’Europe.

Hier soir, c’était la fête de la TVA. Hôtellerie, restauration, essence, bâtiment Haute Qualité Environnementale, disques, DVDs : partout, Nicolas Sarkozy promet de vouloir faire baisser la TVA de 19,6 à 5,5%. Il en a même profité pour égratigner Jacques Chirac en affirmant qu’il ne « voulait pas seulement tenir ses promesses mais aussi celle des autres ». Cette pique inélégante, inutile et peu républicaine est un peu facile de la part d’un président dont la multiplication des promesses compromet fortement la réalisation. Car après tout, comment pourrait-il réduire les déficits publics de 50 milliards en cinq ans tout en réduisant si fortement la TVA ? Et puis, après l’échec de sa proposition de baisse de la TVA sur l’essence, comment espére-t-il convaincre nos partenaires européens en chargeant la barque plus encore ?

Ce manque de sérieux budgétaire rappelle le candidat, dont le programme était un des plus chers. Pour l’instant, Nicolas Sarkozy continue à réciter un discours de campagne alors qu’il est en fonction. Il est vrai qu’il est meilleur candidat que président et que la première position est plus facile. Les Français s’en sont lassés et le temps qui passe rendra cette position de plus en plus difficile. Mais quitte à tenir un discours de candidat, le président n’y est pas allé de main morte sur l’Europe. Il a critiqué la politique de la BCE et recommandé à Jean-Claude Trichet de ne pas monter les taux d’intérêts. Il a critiqué le niveau de l’euro, qui pénalise Airbus, la politique commerciale du commissaire européen à l’OMC, le manque de protection vis à vis de la concurrence déloyale ou l’acceptation du poulet chloré.

À dire vrai, sur ces sujets, le discours du président sonnait juste. Son argumentaire sur la nécessité de ne pas monter les taux d’intérêt était très juste : il est vrai que l’inflation actuelle n’a rien à voir avec celle des années 70 et qu’une hausse des taux n’y fera rien. Sur tous ces sujets, il était très convaincant. Le problème est que sur l’Europe, il y a un monde entre ce que Nicolas dit et Sarkozy fait. Lors de la négociation du traité de Lisbonne, il aurait pu faire changer des choses mais il ne semble même pas avoir essayé. De même, quand il souligne les accords pris avec l’Allemagne sur la baisse des émissions polluantes, il dissimule de véritables redditions aux positions allemandes.

Et puis, ce show a également été l’occasion de contre vérités assez incroyables. Le locataire de l’Elysée a poursuivi son discours affirmant que les produits de la grande distribution sont 15% plus chers en France qu’en Allemagne, alors que même les enquêtes diligentées par le treize heures de TF1 montrent que cela est faux. En réalité, il faut veiller à comparer des produits comparables puisque la part du Hard Discount est beaucoup plus forte en Allemagne qu’en France. Il a aussi tenté un discours assez incroyable sur le prix du pétrole en affirmant que si l’Europe baissait les taxes, alors les Etats producteurs baisseraient les prix. Ce raisonnement hasardeux oublie le rôle du marché (!!!) et le fait qu’une baisse des taxes, et donc des prix, stimulerait in fine la consommation et donc les prix.

Le président a aussi poursuivi dans son rôle de fanfaron en soulignant que 60% des entreprises utilisaient les heures supplémentaires défiscalisées : ce chiffre, impressionnant, camoufle le fait qu’avant même cette mesure, une grande partie des entreprises utilisaient déjà les heures supplémentaires… Ensuite, il a osé se vanter des bons chiffres du chômage, d’autant plus hérités de l’équipe précédente que depuis le début de l’année, le chômage s’est stabilisé. Ensuite, devant des journalistes bien inoffensifs, il s’est vanté d’avoir visité nombre de sites industriels d’Airbus ou Arcelor, oubliant les promesses qu’il y avait fait… En tout cas, le président avait l’air heureux de lui-même et de sa prestation, oubliant son sourire uniquement pour évoquer la tragédie de Carcassonne.

Nicolas Sarkozy reste un formidable candidat pour peu qu’on ne gratte pas trop le fond de son discours car il vend plutôt bien sa propre personne. Le problème est la confrontation avec la réalité : notre Narcisse beau parleur s’y heurte tous les jours davantage.

Lire aussi le dossier intéressant sur les Narcisse dans le Marianne de la semaine

Commentaires

Frontalier de l'allemagne, j'atteste que les prix sont bien plus bas que les 15% évoqués dans votre post. C'est plutôt 30 à 40% de moins qu'il faut compter. De plus la récupération des bouteilles plastiques consignées à 25 centimes quelle que soit la taille, donne un sacré souffle d'air au pouvoir d'achat, ici on paie le produit, l'emballage on je jette et on paie encore pour l'enlévement...

Écrit par : philippe | 01.07.2008

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