03.07.2008

La rupture du Service public avec Nicolas Sarkozy

« Le compte n’y est pas » « stupide » : Patrick de Carolis n’y est pas allé de main morte pour dénoncer les projets audiovisuels de Nicolas Sarkozy. En outre, la charge du patron de France Télévisions a été aggravée par la démission de Bruno Cuche, chef d’Etat major de l’armée de terre.

En moins de 24 heures, deux figures du Service public ont décidé de signifier fortement leur désaccord avec le chef de l’Etat. Cette manifestation rarissime traduit une profonde coupure avec Nicolas Sarkozy. Il est tout d’abord extrêmement marquant que des personnalités de si haut rang choisissent d’exprimer aussi violemment leur désaccord avec le Chef de l’Etat. Si le fond des réformes imposées par l’Elysée explique en partie la force de ses réactions, il n’est sans doute pas innocent qu’elles s’expriment à l’encontre d’une personne qui a théorisé la rébellion permanente à l’égard de ses supérieurs. Après tout, quand il était ministre de l’intérieur, ses interventions intempestives avaient institué une forme de « chienlit gouvernementale » qui ne favorisait guère l’action sereine de l’équipe au pouvoir.

Patrick de Carolis a donc osé dire tout haut et très fort ce que le parti socialiste n’ose pas avancer. Non, « le compte n’y est pas ». La publicité rapportait 800 millions à France Télévisions et le temps d’antenne supplémentaire nécessaire pour compenser l’espace perdu fait que la suppression de la publicité coûtera plus d’un milliard au service public. Résultat, les quelques 550 millions d’euros du gouvernement ne sont pas assez, d’autant plus que les opérateurs de téléphone et les fournisseurs d’accès Internet conteste légalement leur taxe. La réalité, c’est que Nicolas Sarkozy souhaite uniquement renforcer financièrement TF1 et M6, ce qui ne devrait pas été néfaste pour leur couverture de son action. Mais comme il ne souhaite pas trop augmenter les impôts pour financer le service public, il réduit son financement, quitte à le faire concourir avec un bras dans le dos, notamment sur l’épineuse question des droits sportifs.

Patrick de Carolis a eu raison d’exprimer son désaccord vis à vis de ce marché de dupe qui ne vise qu’à affaiblir les premiers concurrents de TF1. Nicolas Sarkozy installe une République des copains digne de Berlusconi. Le président du service public a également eu raison de dire qu’il est « stupide » de dire que France Télévisions fait la même chose que TF1 ou M6. Bien sûr, certains programmes sont similaires. Mais il y a quand même une différence entre la chaîne du 13 heures de Jean-Pierre Pernault, de Secret Story ou de l’Ile de la Tentation et un service public dont les informations de midi traitent de l’international, et qui programme de la politique ou Maupassant en prime time.

En l’absence de la plus élémentaire critique du Parti Socialiste, Patrick de Carolis a signifié son opposition au système sarkozyste. Cela ne changera malheureusement sans doute rien à ses projets, mais au moins, il aura pris date et contribué à réveiller les consciences.

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/07/02/france-televisions-nous-n-avons-pas-les-moyens-de-nos-ambitions-futures_1065246_3236.html#ens_id=1047902

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/07/02/01016-20080702ARTFIG00386-le-general-irastorza-nouveau-patron-de-l-armee-de-terre.php

Commentaires

Alors sur cette affaire là, je soutiens à 200 % le petit Sarko. Comme je l'ai écrit cette histoire de service public de l'audiovisuel est une escroquerie. Il a tout à fait raison de dire que les programmes sont trop proches. Il ne va d'ailleurs pas assez loin. Il devrait parler de restaurer une télévision d'Etat directement dépendante du gouvernement. Non seulement, ça ne me choquerait pas mais je pense que ce serait beaucoup plus sain.

Je ne vois vraiment pas pourquoi on préleverait de l'impôt pour financer la diffusion des jeux de nagui, de fort boyard, du tour du france et de je ne sais plus quelle série américaine policière.

La qualité n'a rien à voir avec la question du financement. La presse écrite est privée et délivre pourtant une information de bien meilleure qualité que France 2 ! Tu ne vas quand même pas me dire que Pujadas, Chabot et Gilles leclerc sont des phares dont l'intelligence éclaire le débat public !! Qu'on se batte pour Fr Culture, France5, Arte ou Euronews (au fait, c'est public ou pas) ok ! mais alors France 2, ah non ! Franchement, rappelez vous comment cette chaine "publique" a traité la campagne présidentielle, les super émissions de politique-réalité organisée par Chabot. Pfff ...

Carolis, s'il avait eu un peu d'honneur, aurait fait comme le militaire. Il aurait démissionné ! Il a exactement l'attitude d'un syndicaliste enseignant qui se sent propriétaire du soit-disant service public qu'il est sensé servir. Si son patron est pas content de ce qu'il fait, il vire. Point barre.

C'est arrivé à tout le monde de se faire virer pour cause de mésentente avec le patron. Moi même qui suit fonctionnaire, ça m'est arrivé deux fois déjà.

Écrit par : malakine | 03.07.2008

Je cite le billet de notre ami Laurent:

"Si le fond des réformes imposées par l’Elysée explique en partie la force de ses réactions, il n’est sans doute pas innocent qu’elles s’expriment à l’encontre d’une personne qui a théorisé la rébellion permanente à l’égard de ses supérieurs. Après tout, quand il était ministre de l’intérieur, ses interventions intempestives avaient institué une forme de « chienlit gouvernementale » qui ne favorisait guère l’action sereine de l’équipe au pouvoir."

Mille fois d'accord ! Merci !

Écrit par : Philippe | 03.07.2008

@ Philippe

Vous dites je cite "Après tout, quand il était ministre de l’intérieur, ses interventions intempestives avaient institué une forme de « chienlit gouvernementale » qui ne favorisait guère l’action sereine de l’équipe au pouvoir". Il aurait été bien que vous donniez des exemples.

Lorsque Raffarin a voulu sortir les personnel non enseignants de la tutelle de l'état et les faire passer dans le giron des collectivités locales il s'est mis dans la "chienlit" tout seul et pas seulement parce que les enseignants y étaient opposés mais aussi parce qu'il n'avait pas l'argent pour mener à bien cette réforme. Luc Ferry s'est planté dans les négociations. Raffarin a fait appel au ministre de la fonction publique Jean Paul Delevoye qui n'a rien pu faire de concret. On est allé cherché Sarkozy qui ne demandait rien à personne et c'est lui qui a réglé l'affaire lors de négociations rue de Grenelle.

Lorsque Raffarin a voulu transformer EDF en société anonyme il y eu menace de grève et des coupures d'électricité effectives et sauvages. La situation devenait difficile. C'est Sarkozy qui est allé voir Thibault et qui a encore réglé le problème.

Dans les 2 cas que je vous cite il était effectivement ministre de l'intérieur et ce n'était pas son travail, dans les 2 cas il ne demandait rien à personne, dans les 2 cas on est allé le chercher. Et si au contraire c'était l'équipe au pouvoir qui manquait de souffle. Raffarin ne laissera guère de trace, d'ailleurs on l'a déjà oublié.

Je suis prêt à lire des contre-exemples puisque vous parlez de ses interventions intempestives.

Écrit par : flamant rose | 03.07.2008

@ Flamant Rose

C’est moi qui parle de « chienlit gouvernementale ». À dire vrai, je ne pensais pas forcément à un exemple particulier mais aux cinq années où Nicolas Sarkozy a fait entendre une musique différente du duo exécutif. On pourrait penser à quelques off scandaleux, quand il a comparé Jacques Chirac à Louis XVI à la veille de la révolution le 14 juillet 2005, ou quand il a dit aux Etats-Unis que la position de la France sur l’Irak en 2003 était « arrogante ». Mais il est vrai que ce ne sont que des « off ».

Reste que le concept de « rupture » avec un gouvernement dont il faisait partie est une prise de position officielle. En allant sur Google, on trouve des montagnes d’exemples comme cette critique de la politique africaine de Jacques Chirac :
http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-945712,0.html

Nicolas Sarkozy n’a pas joué collectif pendant ces cinq années. Je le lui reproche mais je le reproche au moins autant à Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin, à qui il revenait d’assurer la discipline de leur équipe. Sur Jean-Pierre Raffarin, je suis complètement d’accord : il n’avait clairement pas les épaules pour être un bon Premier Ministre.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 04.07.2008

Ca serait bien si l'on pouvait débattre d'un sujet sans que les discussions reviennent systématiquement sur la personnalité de Sarkozy ...

Écrit par : malakine | 04.07.2008

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