06.07.2008
L’horreur européenne
Un article du Monde sur la « rupture européenne » de Nicolas Sarkozy révèle à la fois le fond de la pensée des « euro-béats » mais aussi la vision de la politique européenne du président de la République.
Le Monde est sans doute le meilleur représentant de la secte des « euro-béats », pour qui tout ce qui vient de Bruxelles est accepté sans question. Ce long article est donc extrêmement révélateur. C’est ainsi que le « non » de 2005 aurait « démonétisé » notre pays en Europe et que notre président aurait « effacé la tache du référendum en négociant un nouveau traité pour effacer la défunte Constitution ». Le résultat d’un vote démocratique est donc qualifié de « tache » sans la moindre autre forme de procès, ni même d’explication ou d’autocritique de l’Europe. On imagine ce que pense l’auteur du vote des Français… Sur l’OTAN, le journaliste justifie le retour par le fait de « se placer dans le courant dominant, plus en phase avec nos partenaires ». Le journaliste ose affirmer que Nicolas Sarkozy a « tiré un trait sur le mythe gaulliste du non-alignement Français ». Enfin, l’axe franco-allemand serait mort en 2003 lorsque notre opposition à la guerre en Irak fut mise en minorité dans l’Union.
Toutes ses remarques montrent bien le fond de la pensée des « euro-béats ». On voit bien que le vote populaire n’est respectable que s’il va dans leur sens. Ce respect à géométrie variable de la démocratie montre une vraie tentation totalitaire. Elle s’illustre bien par l’absence totale de remise en cause sur les nombreux référendums perdus, qui semblent vus comme des sautes d’humeur irrationnelles des peuples. Ce fatalisme à l’égard de la démocratie les pousse à vouloir « protéger » le projet européen des votes populaire, plutôt que de remettre en cause la direction actuelle de l’Europe. Le jugement à l’égard de l’OTAN est proprement incroyable : non seulement il n’y a pas d’autre argument que de faire comme les autres, mais en plus, il caricature de manière ridicule la politique gaulliste, qualifiée de « mythe ». Parler de « non alignement » est complètement faux puisque la France a toujours été alliée aux Etats-Unis. Le départ du commandement militaire de l’OTAN était uniquement la conséquence du refus des Etats-Unis e partager le pouvoir au sein de l’Organisation.
Cet article est également assez révélateur sur le rapport du Monde à Nicolas Sarkozy. Au global, une impression diffuse de sarkozysme en ressort, malgré quelques critiques. C’est ainsi que le président de la République irait dans la bonne direction en ayant renoncé à une certaine arrogance Française : on ne l’avait pas remarqué à Lisbonne... L’auteur souligne bien imprudemment qu’il respecte davantage les Institutions Européennes, ce qui semble totalement faux après ses récentes sorties contre la politique de la BCE et contre le Commissaire au Commerce. Enfin, il attribue sans vergogne le bénéfice du traité de Lisbonne ou de la libération des infirmières bulgares à notre président, cédant à la version officielle de l’Elysée. Les accords sur l’Union pour la Méditerranée ou les émissions sont présentés de manière très favorable à l’Elysée, étant donné que dans la réalité, c’est la France qui a cédé sur quasiment tout.
L’intérêt de cet article est de bien montrer le visage de cette Europe à bout de souffle, méprisante à l’égard du vote populaire, boursouflée de suffisance et de certitude, au point de refuser tout débat un tant soit peu rationnel. Heureusement, la fin du cycle semble proche : les Européens attendent une autre Europe.
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/01/la-rupture-europeenne-de-nicolas-sarkozy_1064793_3214.html#ens_id=1057332
11:15 Publié dans Actualités, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, europe, le monde, otan, commission, bce




Commentaires
Beaucoup de journalistes réécrivent l'histoire à leur façon et cela devient pénible. Ce commentaire au billet de Laurent n'a pas pour but d'exprimer une opinion (ce que je pense n'a aucune importance), mais de relater des faits, de raconter la véritable histoire.
Pourquoi De Gaulle décida de sortir de l'organisation militaire de l’OTAN
Le 21 février le général de Gaulle tient une conférence de presse au palais de l’Elysée. Il annonce que la France se retire de l'organisation militaire l’OTAN. Le 7 mars au président des Etats Unis, puis le 10 mars aux chefs d’états ou de gouvernement des autres pays membres de l’alliance atlantique il fera savoir que la France, tout en demeurant dans celle-ci, se retire de l’organisation militaire instituée postérieurement à sa conclusion par diverses conventions multilatérales et accords particuliers franco-américain.
La réflexion du général aura duré 8 ans. En effet dés son retour au pouvoir en 1958 ………..
En 1958, le général de Gaulle estime que la situation, dés lors que tous les états y ont retrouvé des assises normales et sont en progrès matériel incessant,.a changé par rapport à ce qu’elle était lors de la création de l’O.T.A.N. Il lui semblait invraisemblable que, du côté soviétique, on entreprenne de marcher à la conquête de l’ouest. Par ailleurs il pense que ce serait une folie pour Moscou, comme pour quiconque de déclencher un conflit mondial qui pourrait finir, à coups de bombes, par une destruction générale ! Mais, si on ne veut pas la guerre, il faut, tôt ou tard, faire la paix. De Gaulle estime également que les soviétiques et les états unis ont les moyens de se détruire mutuellement. Mais qui les retiendrait de lancer leurs bombes entre eux deux, autrement dit sur l’Europe centrale et occidentale ? Pour les européens de l’ouest l'organisation militaire de l’O.T.A.N. a donc cessé de garantir leur existence. Mais, dés lors que l’efficacité de la protection est douteuse, pourquoi confirait-on son destin au protecteur ?
Le dessein de de Gaulle consiste donc à dégager la France, non pas de l’alliance atlantique qu’il entend maintenir , mais de l’intégration réalisée par l’O.T.A.N. sous commandement américain. Il veut nouer avec chacun des états du bloc de l’est et , d’abord avec la Russie des relations visant à la détente, puis à l’entente et à la coopération puis d’en faire autant avec la Chine. Il veut également doter la France d’une puissance nucléaire telle que nul ne puisse nous attaquer sans prendre d’énormes risques.
Dés le 14 septembre 1958, de Gaulle écrit au président Eisenhowwer et au premier ministre Mc Millan et remet en question l’appartenance de la France à l'organisation militaire l’O.T.A.N. Il leur fait savoir qu’elle ne correspond plus aux nécessités de notre défense.
Mais la France ne possède pas encore la bombe, le général doit agir lentement et sans secousse selon son expression. La situation internationale n’est pas claire, le conflit en Algérie, les orientations du kremlin……
En mars 1959, notre flotte de la méditerranée est retirée de l’O.T.A.N, peu après vient l’interdiction faite aux forces américaines d’introduire des bombes atomiques en France. Il faut dit de Gaulle que la défense de la France soit française. Une nation comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que soit sa guerre; Il faut que son effort soit son effort.. Les propos du général ainsi que les premières mesures ont un vaste retentissement national et international. Cela entraîne de nombreuses visites parmi lesquelles celle de Foster Dulles secrétaire d’état américain. Pour lui, il s’agit de briser l’impérialisme américain et c’est bien entendu lui qui doit mener cette résistance. après avoir flatté le général, Dulles lui dit ceci : » Nous savons que vous êtes sur le point de vous doter d’armes atomiques, mais au lieu que vous les expérimentiez et fabriquiez vous même à grands frais, ne vaudrait-il pas mieux que nous vous en fournissions ». De Gaulle lui répond que la France se propose de travailler à la détente et, en même temps, elle ne néglige pas de se préparer au pire. Mais, ceci et en cela, sans aucunement renier son alliance avec vous, elle entend rester elle même et mener sa propre action. De Gaule n’approuve pas l’O.T.A.N., qui ne lui fait pas sa part dans les décisions et qui se limitent à l’Europe. C’est pourquoi la France va se pourvoir d’un armement atomique. Par là, notre défense et notre politique pourront être indépendante, ce à quoi nous tenons par dessus tout. L’explication fut franche et Dulles décédera quelques mois plus tard.
Après la disparition de Dulles de Gaulle et le président des Etats Unis se rencontrèrent à Paris en septembre 1959. Eisenhower repris les propositions de son ancien secrétaire d’état et offre à la France de lui céder des armes atomiques à condition que les américains en aient le contrôle, autrement dit qu’ils détiennent les clefs et ceci afin que les bombes ne puissent être utilisée que sur ordre du commandant en chef de l’O.T.A.N. DE Gaulle répond que précisément la France acceptent des bombes chez elle que si elle en dispose. La discussion n’aboutira pas car le général bien que fidèle à l’alliance n’admet pas pour la France l’intégration à l’O.T.A.N.
Le 13 mai 1960, la première bombe atomique française est expérimentée avec succès à Reggan.
Le 5 septembre 1960, le président de Gaulle donne, au Palais de l'Élysée, une conférence de presse au cours de laquelle il exprime son opinion sur la réforme de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et sur le rôle que la France peut y jouer.
Le 21 février 1966, le président de Gaulle donne, au Palais de l'Élysée, une conférence de presse au cours de laquelle il annonce le retrait de la France de la structure militaire intégrée de l'Organisation du traité de l'Alliance Nord (OTAN).
Le 7 mars 1966, le général de Gaulle, président de la République française, adresse au président américain Lyndon B. Johnson une lettre pour l'informer de la décision de la France de recouvrer l'entier exercice de sa souveraineté sur le sol national et de son intention de retirer ses forces des commandements intégrés de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN
Epilogue :
En France, seul le parti communiste approuve l’initiative du président de Gaulle. A ma connaissance et parmi les gaullistes historiques seul René Pleven, qui a rejoint de Gaulle à Londres et qui fut compagnon de la libération, s’opposa à cette décision de retrait. l'organisation militaire de L’O.T.A.N., dont le siège était depuis 1951 à Rocquencourt, quitte la France pour la Belgique et plus précisément Bruxelles le 26 octobre. En moins d’un an toutes les bases américaines seront évacuées.
A propos des Etats Unis de Gaulle, après avoir bien explicité sa conception, écrit : Mon dessein consiste donc à dégager la France, non pas de l’alliance atlantique que j’entends maintenir à titre d’ultime précautions, mais de l’intégration réalisée par l’O.T.A.N. sous commandement américain…….etc
Bien sûr pour comprendre, ce qui éviterait à certains journalistes d’écrire des âneries il faut bien faire la distinction entre l’alliance atlantique et O.T.A.N qui en est une composante.
Quelques liens
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dwight_David_Eisenhower
http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Foster_Dulles
http://www.kerleo.net/voyages/sahara/reggan1.htm
Sources
Ch de Gaulle : Mémoires d’espoir tome I : Le renouveau ( 1958-1962)
Ch de Gaulle : Discours et messages. Tome III: Avec le renouveau (1958-1962)
Ch de Gaulle : Discours et messages. Tome V: Vers le terme (1966-1969)
Ch de Gaulle : Lettres, notes et carnets (janvier 1964-juin 1966)
Ecrit par : flamant rose | 06.07.2008
@ Flamant rose,
Merci pour toutes ces précisions.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 06.07.2008
Il me semble que c'est un certain Jacques Chirac à avoir permis au pays de l'est très anglophiles et américanophiles d'entrer dans l'Union Européenne.
Ecrit par : Lisa | 06.07.2008
"Il me semble que c'est un certain Jacques Chirac à avoir permis au pays de l'est très anglophiles et américanophiles d'entrer dans l'Union Européenne"
J'avoue ne pas bien comprendre. Reprochez vous à Chirac d'avoir permis au pays de l'est d'entrer dans l'UE. La Pologne, la Hongrie, La Bulgarie...sont entrés en 2004 et 2005. Vous n'êtes pas sans ignorer que actuellement c'est le traité de Nice qui constitue la base du fonctionnement institutionnel de l'Union Européenne. Je vous rappelle par ailleurs que c'est Jacques Chirac qui s'est élevé contre ces pays lorsqu'ils ont publié une lettre de soutien aux Etats Unis à l'insu de tous les pays européens et ce, alors qu'ils n'étaient pas encore membres.
Par ailleurs sachez qu'il est très loin d'être anti-américain, bien au contraire il aime beaucoup les Etats-Unis. Il n'a jamais apprécié l'actuel locataire de la maison blanche et a entretenu avec lui des relations très conflictuelles qui tenaient à de profonds différents sur des questions de fond. Chirac a démontré lors du conflit en Irak qu'il était contre une politique étrangère menée par un pays mais pas contre ce pays.
Vous ne le savez probablement pas, mais Chirac a été à deux doigts d'épouser une américaine. Cela ne s'est pas fait.
Ecrit par : flamant rose | 07.07.2008
En 2004, cet élargissement n'était pas la décision de Jacques Chirac, mais celle de l'Union européenne dans son ensemble. Il avait su, aussi, marquer son opposition à ces pays lorsqu'ils avaient privilégié les intérêts américains aux intérêts européens, en matière de commande d'avions de chasse particulièrement.
Et puis, je pense en effet que notre ancien Président de la République a maintenu l'amitié franco-américaine, et que c'est une très bonne chose ! Il avait aussi effectué, d'ailleurs, un célèbre séjour aux États-Unis dans sa jeunesse.
Ecrit par : Philippe | 07.07.2008
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