07.07.2008
Crise économique : et si le pire n’était pas derrière nous ?
Il y a une dizaine de jours, j’avais un peu imprudemment avancé que, sur la crise économique, nous avions sans doute évité le pire, ce qu’un lecteur du blog, RST, avait très justement contesté. Les dernières nouvelles économiques montrent malheureusement que le pire n’est pas forcément derrière nous…
En effet, les dernières nouvelles du front économique se reflètent dans les cours de la Bourse, au plus bas depuis plusieurs années. La conjugaison de l’explosion des prix de l’énergie et de l’alimentaire, de la crise financière, de la crise immobilière et de la crise monétaire peut fait craindre le pire pour les années à venir. Tout est parti de la crise immobilière, consécutive à une appréciation irrationnelle de l’immobilier. En fait, les pratiques commerciales excessives des banques sont les responsables de la crise actuelle. En accordant des prêts à taux variables hypothécaires, basés sur la valeur des biens achetés, à des ménages modestes, elles ont enclenché un cercle particulièrement vicieux.
La baisse des prix immobiliers, qui avaient atteint des niveaux excessifs, plonge des millions de ménages modestes dans une situation de faillite personnelle, et provoque la saisie de leur maison du fait du mécanisme hypothécaire de leurs emprunts. Du coup, les difficultés de remboursement touchent les banques, qui voient les mauvaises créances se multiplier, d’où les dizaines de milliards de provisions passées depuis un an. C’est ainsi que le prix de l’immobilier dans les grandes villes aux Etats-Unis baisse de 14% en rythme annuel, soit 18% en prenant en compte l’inflation, une baisse plus rapide que sous la Grande Dépression des années 30.
Pire, cette baisse s’auto entretient puisque la baisse des prix et les difficultés des banques restreignent le crédit et donc la capacité des ménages à investir dans l’immobilier. La baisse consécutive de la demande de logements, conjuguée à la hausse de l’offre, résultat des saisies de biens à vendre et de programmes immobiliers commencés en des temps meilleurs, pousse les prix plus bas encore, ce qui renforce encore la prudence des banques… Ce mécanisme pervers s’est enclenché aux Etats-Unis, puis en Espagne et touche maintenant l’Irlande et le Royaume Uni , où les prix baissent désormais de 6%, alors qu’ils étaient encore en hausse de 10% il y a un an…
Mais le pire reste à venir puisque que Capital Economics, cité par The Economist, prévoit un ajustement aussi sévère qu’il y a presque vingt ans puisque la baisse pourrait atteindre 15% en 2008 et 12% encore en 2009, plongeant deux millions de ménages anglais en faillite ! Résultat, le nombre de mise en chantier s’effondre, ce qui pèse sur l’économie, sachant que la baisse des prix de l’immobilier a également un effet direct sur le niveau de la consommation outre-Manche. La situation est particulièrement délicate au Royaume Uni parce que le gouvernement n’a pas de marges de manœuvre budgétaires pour soutenir la croissance, contrairement à l’Espagne, qui tire profit des excédents engrangés depuis quelques années.
Malheureusement, cette crise a d’autres conséquences, que certains libéraux, dont The Economist, rechignent à accepter. L’effondrement de la valeur des biens immobiliers et des les actions poussent clairement les investisseurs à investir sur les matières premières et l’énergie pour trouver des valeurs dont le cours est orienté à la hausse. Bien sûr, il y a aussi un déséquilibre entre l’offre et la demande qui explique la hausse du prix du pétrole ou des céréales, mais ce phénomène est largement aggravé par la spéculation. La Banque Mondiale a récemment estimé que 75% de la hausse des cours venait de ces transferts de capitaux.The Economist a beau jeu de souligner que seulement 12% des contrats sont attribuables à la spéculation, mais ce chiffre a triplé en seulement quatre ans.
Le problème est que cette hausse des prix aggrave plus encore la situation des économies occidentales en opérant un prélèvement important sur les ménages, et pesant sur la consommation, principal moteur de la croissance. Pire, en faisant remonter l’inflation à des niveaux inconnus depuis plus de vingt ans, cela a provoqué un bien inutile raidissement de la BCE sur le front des taux. La politique restrictive de la banque européenne pèse doublement sur la croissance européenne en serrant le crédit et ayant provoqué un nouveau renchérissement de l’euro de 20% pénalisant nos exportations plus encore. Pire, Jean-Claude Trichet passe clairement le message que ce sont les ménages qui doivent absorber l’inflation supplémentaire et demande aux entreprises de ne pas monter les salaires. Et c’est ce qui se passe !
Mais cette réponse à la crise est profondément injuste socialement puisqu’elle fait peser sur le budget des ménages les ajustements de nos économies à des matières premières plus chères. Pire, comme l’énergie et l’alimentaire pèse plus lourd dans le budget des ménages modestes, cela revient à faire peser sur les ménages modestes les ajustements de nos économies à une crise, on le rappelle, provoquée par les excès des banques américaines… Pire, ces ménages se voient sommés par une BCE inhumaine de ne pas demander de hausse de salaire. Et ils pourraient perdre leur emploi, comme on commence à le constater aux Etats-Unis ou en Espagne. Pendant ce temps, les patrons du CAC 40 voient leurs revenus croître de plus de 40% en 2007…
Mais ce triste scénario global a des variantes régionales. Les Etats-Unis et le Royaume Uni devraient être les premières victimes de la crise car ce sont les pays où les consommateurs sont les plus endettés et où l’Etat n’a pas de marge de manœuvre budgétaire. L’Espagne, largement endettée elle aussi, pourra amortir la crise par l’intervention financière de l’Etat. Ceci montre bien le caractère en partie artificiel de la réussite de ces deux pays européens. Cela modère les jugements souvent catastrophistes à l’égard de notre pays puisque depuis dix ans, la France a connu une meilleure croissance que l’Italie ou l’Allemagne et que l’avance espagnole et britannique était en partie artificielle.
La France apparaît comme un peu plus protégée face à cette crise. Nos banques sont celles qui ont le moins perdu avec les subprimes. Les ménages français sont parmi les moins endettés d’Europe, qui plus est, à taux fixe, ce qui devrait éviter les scénarios dramatiques à l’anglo-saxonne. En outre, notre économie est une des moins dépendante à l’égard du pétrole et nous bénéficions de la hausse du prix des produits agricoles plus que nos voisins. Malheureusement, nous allons souffrir de la hausse de l’euro et du ralentissement économique mondiale, qui pèsera naturellement sur notre croissance. En outre, les marges de manœuvres budgétaires ont été dépensées l’an dernier avec le « paquet fiscal ».
Bref, le pire est malheureusement peut-être devant nous, même si la France (comme l’Allemagne d’ailleurs) devrait mieux s’en tirer. Mais ce qui est le plus choquant reste l’absence totale de réaction des politiques pour mieux réguler une économie libérale dont les chocs sont de plus en plus violents et montrent les limites.
Source : The Economist 5 juillet
10:53 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : economie, crise immobilière, subprimes




Commentaires
Dans cette affaire on a jamais vraiment expliqué pourquoi des pays qui encadrent le crédit de façon très restrictive ont été touchés.
Partout dans le monde un commercial se doit de vendre. Pour cela tous les arguments sont bons car la rémunération de base est souvent peu élevée et le commercial fait son salaire par les pourcentages qu'il touche sur les ventes.
Aux Etats Unis comme dans d'autres pays on appliquait les "primes" c'est à dire que le prêt ne pouvait excéder 95% du bien acquis (c'était le cas des maisons). Pour ceux qui avaient des difficultés les banques ont alors autorisé les prêts à 100% du bien voire au delà "les Sub-primes". La raison invoquée était que l'immobilier ne cessait de monter et que la revente du bien permettrait toujours à l'emprunteur de rembourser même en cas de difficultés. Or il se trouve que l'immobilier a cessé de monter.
A tout cela il y avait un mécanisme. Le commercial vendait un crédit "sub-prime". La banque acceptait la créance de son commercial mais elle s'en débarrassait aussitôt en la revendant à des investisseurs étrangers. Ces investisseurs se croyaient protégés car les prises de risques sont côtés. Les personnes chargées de cette cotation n'ont pas fait leur travail et c'est ainsi que les investisseurs qui ont acheté les créances des banques croyaient à un risque quasi nul alors que au contraire il était très grand. Ils se sont ainsi retrouvés avec des paquets de valeurs dont ils ne connaissaient pas très bien le contenu et surtout pas des sub-primes. Ces créances achetées et revendues de banques à investisseurs se sont propagées dans le monde et ont provoqué la crise dites des "sub-primes" la vente des biens ne suffisant pas à recouvrer les créances
Je suis d'accord avec vous sur le fait que la France s'est relativement bien protégée et que nous sommes moins touchés que bien d'autres. Malgré tout je pense que bien trop de personnes succombent à la société de consommation et utilisent leurs cartes de crédits un peu trop à la légère.
Ecrit par : flamant rose | 07.07.2008
Les plus touchés par la crise dans la population française, ce sont les salariés.
Ecrit par : Diana | 07.07.2008
J’avais effectivement remis en cause le fait que la crise était derrière nous.
Je ne suis pas économiste et je n’ai pas non plus de boule de cristal mais j’ai été convaincu que la partie était loin d’être gagnée (malgré les interventions, que vous avez mentionnées, des banques centrales notamment) à partir des avis argumentés de spécialistes ici http://www.stop-finance.org/ et là http://www.pauljorion.com/blog/ par exemple.
On peut raisonnablement anticiper que les choses vont se gâter dangereusement entre la fin de cette année et le milieu de 2009. Quelles seront les conséquences exactes de tout cela, je ne sais pas mais beaucoup de gens risquent de souffrir.
Comment en sommes nous arrivés à une telle situation ? Vous l’avez dit, les principaux coupables sont les banques mais aussi la financiarisation de l’économie. Les banques qui ont bénéficié durant les dernières décennies, d’une vague de dérégulation sans précédent et qui ont, de ce fait pris des risques totalement incontrôlés. Une abondante littérature existe sur le sujet et il est étonnant de constater l’aveuglement de certains "libéraux" qui refusent de voir la réalité.
Quant à l’absence de réaction des politiques dont vous parlez, elle est effectivement choquante mais elle résulte directement de la pensée unique qui a proclamé pendant des années qu’en dehors de la dérégulation et du libre-échange à outrance, point de salut.
Il reste à espérer que si, comme on peut s’y attendre, la crise est devant nous, elle permettra au moins à des idées nouvelles de faire leur chemin.
Ainsi, on pourra peut-être alors aborder le sujet de la monnaie de façon démocratique et avec une large audience et non plus seulement entre initiés : http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/06/le-casse-du-sic.html
On peut toujours rêver….
RST
Ecrit par : RST | 07.07.2008
D'après P. Artus, le pire est à venir :
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/le-pire-est-a-venir_156841.html
Ecrit par : RST | 07.07.2008
@RST
On ne peut pas oublier que le fond du problème est le privilège exorbitant du dollars qui permet aux USA de vivre avec une dette extérieure depuis plus de 40 ans. Indirectement la crise des subprimes est le fruit pourri de cet anomalie économique qui veux que la pseudo-première puissance économique du monde paie ses importations avec du simple papier. Elle est là l'origine du problème fondamental, bien plus encore que l'aberrante libéralisation financière et commerciale mondiale.
D'ailleurs la vrai crainte aujourd'hui des économistes c'est la purge finale des dizaines de milliers de milliards de dollars fantôme qui circulent un peu partout sur terre et dont la dépréciation concomitante à la valeur de la devise Américaine conduiraient à une déflation mondiale sans précédent.
Ecrit par : yann | 08.07.2008
Il me semble que le stade puremenent financier de la crise est bel et bien derrière nous. On est maintenant dans une crise économique mondiale. Les moteurs qui faisaient tourner la mondialisation se sont arrêtés : Récession aux USA, ralentissement en chine, érosion des exportations allemandes, ralentissement en Europe ...
Le tout dans un contexte de pétrole cher, ce qui n'arrange rien.
Il me semble qu'aujourd'hui, le pb se situe au niveau de la demande et que la solution passe par une initiative de croissance. Soit aller la chercher dans des exportations vers les nouveaux riches, les exportateurs d'hydrocarbures. Soit prendre une initiative européenne d'investissements gigantesques pour faire muter notre mode de vie vers l'après pétrole (transport, habitat, process ...)
Ecrit par : Malakine | 08.07.2008
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