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08.07.2008

Le suicide économique européen de la BCE

Suite aux déclarations de Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Trichet a défendu sa politique lors des rencontres économiques d’Aix en Provence en justifiant la remontée des taux de la BCE par sa volonté de lutte contre l’inflation. Mais, malheureusement, cet argument n’est pas juste.

« La stabilité des prix protège les plus démunis et les plus défavorisés de nos concitoyens » : ce n’est pas sans un certain culot que le président de la BCE a justifié la politique d’euro cher de la Banque Centrale Européenne. En effet, c’est aussi lui qui demande aux entreprises de ne surtout pas céder aux revendications de hausse des salaires alors que la hausse de l’inflation provoque des pertes de pouvoir d’achat (2,7% de hausse des salaires au premier trimestre en France, contre une inflation à 3,3% en mai). Pire, ces chiffres ne sont que des moyennes qui ne prennent pas en compte le fait que les ménages modestes subissent une inflation sensiblement plus forte (sans doute 4 à 5%) puisque la part de leurs dépenses consacrée à l’énergie et à l’alimentaire est plus grande que la moyenne nationale. C’est bien la situation actuelle qui frappe les plus démunis.

Pire, de nombreux économistes contestent clairement la politique de la BCE. Si en théorie classique, la hausse des taux, par l’effet dépressif qu’elle induit sur la demande, contribue à faire baisser les prix, la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est complètement différente. La hausse des prix est concentrée sur quelques produits bien spécifiques et n’a pas provoqué la moindre course entre salaires et prix, scénario qui avait prévalu dans les années 70. En outre, ce n’est pas la demande européenne qui est responsable de la hausse de la demande. Résultat, en l’absence d’action sur les raisons de la hausse de la demande (qui vient d’Asie), ce resserrement des taux est un inutile garrot sur une économie européenne déjà asphyxiée par le niveau de l’euro.

Encore pire, plusieurs économistes affirment que la politique de la BCE contribue au contraire à augmenter l’inflation ! Un double mécanisme est à l’œuvre. Tout d’abord, la divergence de politique monétaire entre l’Europe et les Etats-Unis contribue à maintenir un euro cher et un dollar bon marché. Comme le pétrole est payé en dollar, cela pousse les pays producteurs à faire monter son prix pour compenser la baisse du dollar. Mais surtout, la politique de taux restrictive de la BCE contribue à déprimer les marchés financiers en plus des marchés immobiliers. Résultat, les investisseurs réorientent leur placement vers les matières premières, seul marché leur offrant des perspectives de hausse, poussant donc les prix à la hausse, et donc l’inflation ! Si la BCE avait baissé ses taux, alors la reprise des marchés financiers auraient diminué la spéculation sur les matières premières et donc l’inflation !

La meilleure preuve de cette théorie réside dans les chiffres d’inflation des deux parts de l’Atlantique. Les dernières statistiques font état de 4,2% d’inflation aux Etats-Unis et de 4% dans la zone euro. En clair, l’inflation ne s’emballe pas plus des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant, les politiques suivies divergent fortement puisque, depuis un an, la Fed a baissé ses taux de 3,25 points à 2% alors que la BCE les a montés de 0,25 point à 4,25%. Résultat, le dollar s’est déprécié de 20%, augmentant le prix des produits importés. La divergence de politique monétaire aurait donc dû provoquer un dérapage beaucoup plus fort de l’inflation aux Etats-Unis, où tout se conjugue pour une hausse plus forte. Mais l’absence de différence montre bien que la politique de taux n’influe pas, ici, sur l’inflation.

Depuis plus de quinze ans, Jean-Claude Trichet asphyxie inutilement les économies européennes. Il serait grandement temps de faire le bilan de cette BCE, ce que Nicolas Sarkozy sait faire, et surtout, d’en tirer toutes les conséquences, ce qui ne l’avait pas beaucoup intéressé à Lisbonne...

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/07/critique-par-paris-m-trichet-defend-la-politique-de-la-bce_1067178_3234.html#ens_id=951246, Alternatives économique juillet 2008

Commentaires

Vis à vis de la BCE Nicolas Sarkozy n'a pas varié son discours et il a été beaucoup critiqué pour ses prises de position y compris par certains de ceux qui tiennent aujourd'hui et à peu de chose prés le même discours mais que cela ennuie de le reconnaître.

A t-il raison, a t-il tord ? Il est un fait certain, c'est que la France est totalement isolée dans ses critiques envers la BCE. Les critiques émises par la France restent lettre morte puisque le commissaire européen aux affaires économiques Joaquim Almunia a demandé à ce que soit respectée l'indépendance de la BCE. Il a même ajouté et il est évident que cela s'adressait à la France " Je pense que c'est une position sage pour tous les hommes politiques"

Même la Hollande, l'Espagne et l'Italie ont encouragées la BCE. La France est par conséquent isolée. La réalité paraît lui donner raison. Christine Lagarde a fait ressortir que la hausse des taux freinait la croissance sans pour cela empêcher la tendance inflationniste. 2 logiques s'affrontent.

L'autre tendance (celle de nos voisins européens) voudrait que la position de la BCE soit à la fois logique et justifiée.
Tout d'abord logique parce qu'elle a pour mandat essentiel de contenir l'inflation dans la zone euro. Ce n'est pas moi qui le dit mais le traité "le traité instituant la Communauté européenne a pour objectif principal de maintenir la stabilité des prix ". Si on n'est pas d'accord et on en a le droit on peut alors modifier ou élargir ce mandat et demander à la BCE de tenir également compte du facteur croissance voire mettre ce facteur prioritaire. Je dis donc que la position de la BCE est logique car elle tend vers l'objectif qui lui a été fixé.
Ensuite justifié car il faut briser ce cercle inflationniste qui, personne ne l'ignore, est de l'inflation importée (pétrole, matières premières....)

Par ailleurs que ce soit sur les blogs ou ailleurs on ne nous dit nulle part ce qu'est la croissance. Ce que l'on appelle la croissance économique c'est la variation du produit intérieur brut (le PIB) exprimée en volume et en aucun cas en prix. Cela signifie que en économie, et pour être clair, la croissance n'est pas liée à l'augmentation des prix mais à l'augmentation de la valeur ajoutée. L'économie réelle ce n'est ni de la gestion,ni de la comptabilité.

Alors c'est sûr et ce que vous dites est vrai à savoir que plus nous connaîtrons d'inflation et moins nous aurons de croissance. c'est imparable. Je reprends une définition de l'inflation:

"L’inflation pose un problème aux économistes puisqu’elle modifie la valeur apparente de la production alors même que les quantités produites peuvent rester identiques, et qu’elle se répercute logiquement sur les salaires sous forme de danger sur le pouvoir d’achat. Pour observer l’évolution réelle de l’activité économique, de la production comme de la consommation, il est donc nécessaire de tenir compte des effets de l’inflation, c’est à dire déflater."

La solution serait donc de déflater en valeur le PIB si on veut obtenir de la croissance économique.
Je vous propose les 2 liens ci dessous

http://www.google.fr/search?hl=fr&q=deflater&btnG=Recherche+Google&meta=

http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/SES/reserve/dico-methodo/metho-deflater.html

Cette seconde tendance permet d'affirmer par exemple que le prix du pétrole et de ses dérivés ne baissera pas. En effet il est évident que plus l'euro est fort, plus le dollar est faible et comme le prix du baril se paie en dollars les pays producteurs ne tiennent pas à ce que son prix baisse. De plus la spéculation sur les matières première va continuer. En misant sur un euro fort et sur son corollaire, la baisse de la croissance JC Trichet fait un pari risqué. Le réussira t-il ?

Enfin, tout ceci me persuade que la BCE ne doit malgré tout pas tomber entre les mains des politiques.

Ecrit par : flamant rose | 08.07.2008

@ Flamant rose,

Je suis d'accord, Nicolas Sarkozy n'a pas varié dans sa critique de la BCE depuis qu'H.Guaino l'a rejoint. En revanche, pourquoi n'a-t-il rien tenté lors de la négociation du traité de Lisbonne ?

La position de la France n'est pas isolée, loin de là. J'ai fait une note sur ce sujet (nous sommes tous des alter-européens). Au contraire, dans les 4 principales économies de la zone euro, des voix discordantes se font entendre. JL Zapatero s'est exprimé contre la hausse des taux. En Allemagne, le ministre des finances aussi (même si celui de l'économie a soutenu la BCE). Enfin, en Italie, la BCE et l'euro n'ont pas vraiment bonne presse puisqu'un ministre s'était même posé la question de revenir à la lire il y a 2/3 ans.

Beaucoup de preuves aujourd'hui montrent que la politique de la BCE n'a pas d'effet sur l'inflation. Je pense qu'elle fait fausse voie. Malheureusement, son indépendance lui garantit qu'il n'y aura aucune conséquence à ses erreurs. Cela me choque car le pouvoir doit aller avec la responsabilité, devant le peuple. En cela, je suis contre l'indépendance des banques centrales.

Si la politique monétaire ne doit pas tomber entre les mains des politiques, pourquoi ne le faudrait-il pas pour le budget ?

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 08.07.2008

@ Laurent

Je ne suis pas membre du conseil écofin ( Conseil pour les affaires économiques et financières).
Pour savoir ce qui s'y dit et être informé sur un sujet qui m'intéresse je dois donc lire la presse spécialisée. C'est ce que j'ai fait ce jour en lisant la tribune.


http://www.latribune.fr/info/Hausse-des-taux---la-France-isolee-dans-ses-critiques-contre-la-BCE-~-IDC3207F1BBBBA3AD5C12574800016609A-$Channel=Economie-$SubChannel=Internationa

Ecrit par : flamant rose | 08.07.2008

@ Flamant rose,

En effet, dans mon papier "Nous sommes tous des alter-européens", je faisais référence à un article du Monde qui évoquait les positions de JL Zapatero et du ministre allemand des finances :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/29/la-probable-hausse-des-taux-de-la-bce-critiquee-par-plusiquers-dirigeants-europeens_1064234_3234.html#ens_id=951246

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 08.07.2008

Une question :

Si la Politique de la BCE est la "seule possible", pourquoi l'Europe est t'elle a seule région économique au monde a pratiquer une telle politique ?

Le G8 ne vient t'il pas de demander à la Chine de ré-évaluer sa monnaie, et donc ... dévaluer l'€uro ?

Le problème de la Pensée unique est qu'elle confond le conjoncturel avec le struturel. Là où telle ou telle politique peut être un moyen à un moment donné, elle devient un dogme sans aucun débat.

Ecrit par : Michel | 09.07.2008

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