14.07.2008

Barack Obama en route vers la Maison Blanche ?

Crise de l’économie, recentrage politique alors que John McCain semble s’égarer vers la droite : quelques semaines après sa victoire pour la candidature démocrate, Barack Obama semble se rapprocher tous les jours davantage de la présidence des Etats-Unis.

En général, le parcours des candidats Américains est balisé d’avance : gagner les primaires en s’appuyant sur les activistes du parti (syndicats pour les démocrates, aile droite religieuse pour les républicains) avant de re-centrer leur discours pour gagner au niveau national. C’est ainsi qu’en 2000, Georges Bush avait alors barré la route de John McCain par la droite avant de se recentrer avec le concept de « conservatisme compassionnel » face à Al Gore. Mais le scénario des élections de cette année est différent. En effet, les deux protagonistes de l’élection de novembre sont passés malgré l’opposition des activistes de leur parti qui leur préféreraient Hillary Clinton pour les démocrates et Mitt Romney ou Mick Huckabee pour les républicains. Cependant, si Obama recentre son discours, McCain semble s’égarer à droite.

Si Barack Obama peut volontiers apparaître comme un idéaliste, l’après primaire révèle un pragmatique pas toujours encombré d’idéaux. C’est ainsi qu’après avoir promis d’utiliser le financement public, qui fixe néanmoins une limite aux dépenses des candidats, il a fini par y renoncer devant sa capacité à lever beaucoup plus de fonds que son rival. Mais ce n’est pas tout, le candidat qui dénonçait la guerre en Irak et promettait de faire revenir toutes les troupes Américaines en 18 mois, a mis de l’eau dans son vin et y met désormais une condition de stabilité qui lui permet d’adopter un discours plus sécuritaire, à la Clinton. Sur les questions de société, le candidat démocrate entend également recentrer son discours, quitte à ne pas remettre en question la liberté de possession des armes.

Mais le candidat démocrate n’est pas le seul à modifier son discours. De manière beaucoup plus surprenante, le candidat du « franc-parler », John McCain, droitise ses positions. Cette surprise de campagne a fait titrer The Economist « Revenez au centre » dans un message au candidat républicain, qui semble égarer sa campagne et abîmer son image d’honnêteté intellectuelle qui était sans doute son principal atout. C’est ainsi que l’opposant aux baisses d’impôts de Georges Bush a finalement déclaré qu’il souhaitait les prolonger, que l’avocat des accords de Kyoto a fini par proposer une extension de l’exploration pétrolière ainsi qu’une baisse des taxes sur l’essence. Il a même mis de l’eau dans son vin sur l’utilisation de la torture alors qu’il avait fait passer une loi au Sénat sur le sujet !

Et alors que l’économie Américaine semble devoir rentrer en récession, les programmes économiques des deux candidats divergent dans un sens qui devrait être fatal au candidat républicain. John McCain a ainsi adopté un programme dans la continuité de Georges Bush, confirmant les baisses d’impôts de l’actuel président, et y ajoutant une baisse de dix points de l’impôt sur les sociétés. Barack Obama propose un programme plus redistributif puisqu’il propose de revenir sur les réductions d’impôts décidées en 2001, et propose une augmentation de la taxation sur les revenus du capital. Résultat, une étude du Tax Policy Center citée par Alternatives Economiques, montre qu’à l’horizon 2012, les mesures du programme d’Obama augmenteraient de 6% les revenus des 10% les plus pauvres et ferait perdre 3% à ceux des 1% les plus riches contre une hausse respective de 1% et 9,5% pour celui de McCain.

Le virage sur la droite de John McCain est doublement suicidaire : il remet en cause son premier atout, son franc-parler, tout en collant à un Georges Bush plus impopulaire que jamais. Et avec un retournement économique qui favorise les démocrates, Barack Obama semble ne pas pouvoir perdre l’élection.

Source : The Economist 5 juillet, Alternatives économique, http://www.lefigaro.fr/international/2008/07/03/01003-20080703ARTFIG00589-obama-mccain-le-matchdes-programmes.php

Commentaires

Un parfait résumé de la situation. Mais McCain bénéficie d'un joker : les médias. Les médias américains ne sont pas neutres, et les retournements de veste, les bourdes, les plaisanteries de mauvais goût, les colères, les insultes grossières de McCain reçoivent un traitement privilégié : on évite d'en parler, ou, si on doit le faire, on le fait avec beaucoup d'indulgence (car ce type a souffert, c'est un héros, bla bla bla). Pendant ce temps, la moindre rumeur sur Obama, ou sa femme, fut-elle la plus folle, la plus dénuée de fondations, le moindre fait négatif qu'on puisse mettre en relation, même ténue, avec le candidat démocrate fera les choux gras de la presse et de la télévision, et sera reprise en boucle.

Écrit par : ZapPow | 14.07.2008

@ ZapPow

J'ignorai ce point concernant les médias à dire vrai. Néanmoins, je pense qu'Obama est bien parti car il a bien résisté à la primaire démocrate et je ne pense pas que les républicains seront forcément plus durs contre lui que l'était Hillary Clinton, qui pouvait se permettre des choses qui leur seront plus difficiles. Il a l'air très solide.
En outre, je crois que l'accession d'Obama à la Maison Blanche représente un message d'espoir très positif pour les Etats-Unis auquel beaucoup d'Américains souhaiteront souscrire, surtout en des temps si incertains.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 14.07.2008

Tout à fait d'accord. Les Américains sont fatigués de l'administration républicaine, et les Républicains eux-mêmes en sont conscients, au point qu'ils se présentent maintenant dans maintes élections locales sous des étiquettes fumeuses destinées à faire oublier qu'ils sont républicains (on a vu ainsi, dernièrement, un tout nouveau parti du saumon et de l'arbre dont le candidat n'a jamais été connu pour ses convictions écologistes).

Mais le fait même qu'il soient acculés les rend plus dangereux. Ils feront flèche de tout bois, n'hésitant pas à inventer s'il le faut. Rien que cette dernière semaine, ils ont dit de B. Obama qu'il se fichait que les immigrants apprennent l'anglais, qu'il voulait que les Américains apprennent l'espagnol, qu'il voulait offrir l'assurance santé gratuite aux immigrants illégaux. La semaine d'avant, il voulait que les Américains abandonnent leur style de vie pour celui des Européens (des sous-développés dénués de valeurs morales pour beaucoup d'Américains). On a aussi dit qu'il s'en était pris violemment à son staff pour une interview familiale lors de l'anniversaire de sa fille. Bien entendu, tout cela est faux.

Heureusement, Obama est sur ses gardes, et bien décidé à ne pas se laisser faire (encore que même ça lui est reproché), contrairement à John Kerry en 2004. Il a appris la leçon. Mais il doit jouer finement, et il n'est pas exempt d'erreur. Je pense qu'il devrait être plus agressif. Ce qui s'est passé pour l'anniversaire de sa fille est un exemple, selon moi, d'erreur à ne pas commettre.

Écrit par : ZapPow | 14.07.2008

Obama est aux antipodes des anciens candidats.
Que ne sait-on pas de lui ? Son profil avait semblé le "pire" qu'on puisse imaginer pour briguer la présidence, à tel point qu'Hillary ne s'en était pas vraiment préoccupée.
Une mère incroyable, une femme libre, Stanley Ann Dunham, anthropologue, mariée à un kenyan dans les années 60 à une époque où les Noirs n'avaient aucun droit civique. De cette union nait Barack Jr, marqué à jamais par cette mère plus forte que les préjugés de son époque.
Son père, Barack Obama senior est musulman et polygamme. Barack a grandi dans une famille indonésienne recomposée après le divorce de ses parents... Bref une photo de famille impensable pour un candidat à la présidence américaine !
Si Obama est élu, on peut dire que ce sera envers et contre tous les préjugés raciaux, religieux et politiques de l'Amérique puritaine, un bond en avant dans la tolérance ! Une sorte de réconcliation avec le reste du monde et une prise de conscience que l'Amérique fait partie d'un ensemble plus vaste, via un vrai "citoyen du monde". Barack Obama, n'est-il pas un trait tiré sur la théorie du Choc des civilisations ?
Toutefois il y a 2 choses à craindre : la 1ère, qu'il ne soit pas à la hauteur des espérances car il est jeune et avec peu d'expérience, la Sde plus terrible, qu'il finisse comme Malcolm X ou Martin Luther King ; il est aujourd'hui protégé comme un homme d'état et reçoit des menaces très sérieuses. La route vers la présidence est encore longue. En tout cas cette élection aura changé à jamais la politique américaine. L'Amérique change à toute vitesse, la démographie propulse le pays de l'oncle Sam vers un profil plus hispanophone, plus métisse ; les mentalités doivent changer elles aussi à l'image de ce que fut la vie de Stanley Ann Dunham Soetoro, une femme qui s'appelait Stanley parce que son père avait voulu un garçon.

Écrit par : Benoîte | 15.07.2008

C'est bien vrai ça : la mère de Barack Obama était une femme hors du commun qui mériterait qu'on tourne un film sur elle.

Écrit par : ZapPow | 15.07.2008

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