17.07.2008

Traité de Lisbonne : la course de l’Europe contre les peuples

Avant-hier, Nicolas Sarkozy aurait prévenu les Irlandais qu’ils devront revoter sur un traité modifié, prenant pour exemple les précédents danois et irlandais, déjà. Cette annonce, qui a scandalisé l’Irlande, est révélatrice de la course contre la montre pour faire passer ce traité aux forceps.

Car l’avenir du traité de Lisbonne est aujourd’hui assez incertain, même s’il reste malheureusement probable qu’il arrive à passer. En effet, les difficultés s’accumulent depuis quelques semaines. Après le « non » des Irlandais, se sont ajoutés les doutes tchèques, le challenge institutionnel en Allemagne et les doutes des Lords anglais. Et cela ne prend pas en compte la remise en cause des votes français et néerlandais de 2005. Bref, si le traité de Lisbonne continue d’avancer, il avance contre l’avis des peuples, encore et toujours. Mais il y a un plus grand risque encore pour le traité : le changement de majorité probable au Royaume-Uni en 2010.

En effet, la situation de Gordon Brown et des travaillistes en Grande Bretagne devient chaque jour plus difficile et il y a outre-Manche le même parfum de fin de règne que celui de la fin du mandat de John Major avant l’arrivée de Tony Blair. Le parallèle est saisissant : dans les deux cas, un leader peu charismatique a succédé à un chef longtemps incontesté trois fois vainqueurs d’élections générales et qui s’est retiré suite à la pression de son parti et non une défaite électorale. Dans les deux cas, le Premier Ministre affronte une crise économique qui ruine l’image de compétence qu’il avait dans l’opinion. Et dans les deux cas, un jeune leader charismatique a su redonner espoir à l’opposition en recentrant son discours et en devenant à nouveau audible après une série de lourdes défaites.

Mais quel est le rapport avec le traité de Lisbonne ? C’est The Economist qui l’explique dans son édition du 12 juillet : malgré leur recentrage global, les conservateurs britanniques seraient aujourd’hui les plus eurosceptiques depuis 1973 : plus encore que sous Margaret Thatcher ! Il n’y a plus d’aile favorable à la construction européenne telle qu’elle est conduite aujourd’hui. Résultat, le discours de David Cameron fait frémir les partisans du traité de Lisbonne, qui ont bien compris qu’il faut impérativement trouver une solution avant 2010 pour garder tout espoir de ratification du traité. Le leader des conservateurs a annoncé qu’il soumettrait à référendum le dit traité s’il n’était pas validé (The Economist soutient qu’il appellerait alors à voter « non ») et pourrait même le renégocier en arrivant à Downing Street, ce dont doute l’hebdomadaire.

Bref, les partisans du traité de Lisbonne ont démarré une course contre la montre pour éviter le jugement du peuple britannique. C’est pourquoi Nicolas Sarkozy souhaite faire revoter les Irlandais le plus rapidement possible, comme il avait été fait pour le traité de Maastricht avec les Danois en 1992 et celui de Nice, déjà pour l’Irlande en 2001. Comme précédemment, l’idée est d’accorder quelques concessions pour justifier un nouveau vote. Pour l’instant, la proposition de conserver un commissaire par pays semble un peu courte, mais les Irlandais sont en position de force pour négocier de nouvelles concessions.

Tout cela illustre à nouveau l’éloignement de l’Europe telle qu’elle est construite aujourd’hui avec les peuples européens. Il n’est pas normal que les dirigeants de l’Union continuent à avancer malgré les votes négatifs de trois pays. Heureusement, le traité de Lisbonne a encore des occasions de dérailler.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/07/15/01002-20080715ARTFIG00409-sarkozy-les-irlandais-devront-revoter-le-traite-.php

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