18.07.2008
Le quitte ou double de Nicolas Sarkozy sur les Institutions
Lundi, l’interminable feuilleton de la réforme des Institutions va se terminer sur un coup de poker du président tant l’issue du vote du Congrès lundi semble incertaine. Finalement, le Parti Socialiste s’opposera à cette réforme malgré les dernières propositions de Nicolas Sarkozy.
Cette modification de la Cinquième République, cinquante ans après sa création, a fait coulé beaucoup d’encre. Il y a très exactement un an, la Commission Balladur se réunissait pour la première fois. Le 29 octobre, les conclusions étaient remises au président de la République. Les principales mesures proposées étaient le non-cumul des mandats, l’instauration d’une dose de proportionnelle pour les législatives, un rééquilibrage du mode de scrutin du Sénat, un partage de l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale en faveur du Parlement, une évolution du statut du président (limitation à deux mandats, possibilité de s’exprimer devant l’Assemblée, réécriture des articles 5 et 20…), la limitation de l’usage de l’article 49-3 ou le référendum d’initiative populaire.
Après de longs débats à l’Assemblée Nationale et au Sénat, le projet a sensiblement évolué puisque les idées de proportionnelle, de non-cumul des mandats ou de réforme du mode de scrutin du Sénat ont été abandonnées par des parlementaires sans doute soucieux de défendre leurs acquis sociaux… Après avoir envisagé de modifier le texte sur l’adhésion de nouveaux pays à l’Union Européenne, finalement, les Assemblées se sont entendues sur un texte proche de celui adopté sous la présidence de Jacques Chirac. Au final, les mesures principales de ce texte sont le partage de l’ordre du jour de l’Assemblée entre le gouvernement et les parlementaires et la limitation du nombre de mandats du président.
La réforme finale apparaît donc comme une mauvaise réforme. Le partage de l’ordre du jour dénature les choix faits en 1958 d’un exécutif fort où le gouvernement propose les lois et le Parlement les discute. Offrir une partie de l’ordre du jour législatif au Parlement, c’est remettre en cause la prééminence de l’exécutif, qui ne maîtrisera plus l’agenda politique. Les limitations de mandat ou de l’usage du 49-3 sont également de mauvaises réformes car elles apportent une rigidité inutile dans le système. La possibilité pour le président de s’adresser devant le Congrès est complètement anecdotique et montre bien que le président n’a rien compris à la dyarchie entre le Premier Ministre et le Président de la République, ce que la réforme des articles 5 et 20 confirme malheureusement. Enfin, le mode de scrutin du Sénat reste choquant par son manque de prise en compte de la réalité électorale Française.
Bref, il y a clairement des arguments pour refuser cette mauvaise réforme qui a détourné nos parlementaires de travaux plus utiles depuis des mois (mise en pratique du Grenelle de l’environnement, repoussé à l’automne, ou meilleur encadrement du monde financier). Le Parti Socialiste avait mis plusieurs conditions à son soutien du texte : la réforme du mode de scrutin du Sénat et une meilleure prise en compte du temps de parole du Président (aujourd’hui, la majorité dispose des trois-quarts du temps de parole politique). Le Président a fini par y répondre à la dernière minute, mais ces réponses ne sont que très partielles et non inscrites dans le marbre de la Constitution, contrairement à ce que demandait le PS.
Résultat, même Manuel Valls, qui semblait prêt à voter la réforme il y a quelques semaines, a annoncé qu’il voterait contre, comme l’ensemble de son parti, du PC et des Verts. Une dizaine d’élus UMP font encore de la résistance en évoquant le travestissement des principes gaullistes de la Cinquième République et une réforme inutile. Grâce à leur concours, le destin de la réforme est incertain. Tout va se jouer avec les centristes et les radicaux. Les premiers, qui se sont abstenus au Sénat, devront voter « oui » lundi pour que la réforme ait une chance de passer. Les radicaux de gauche sont l’objet de toutes les attentions et le président essaie de les acheter en baissant le seuil pour former un groupe et en nommant leur ancien président au Conseil d’Etat, mais certains ont annoncé qu’ils voteront « non ».
Cette mauvaise et inutile réforme va conclure cette session du Parlement. Une victoire de Nicolas Sarkozy lui donnerait un certain élan pour essayer de rebondir alors qu’un échec après tant d’efforts serait une défaite majeure pour lui et l’UMP.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/07/17/01002-20080717ARTFIG00422-institutions-ce-que-les-deputes-vont-voter-lundi-.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Comité_de_réflexion_et_de_proposition_sur_la_modernisation_et_le_rééquilibrage_des_institutions
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : institutions, congrès, sarkozy, commission balladur




Commentaires
Oui, tout ce qui était novateur dans le travail de la Commission a été supprimé.
Je ne parle pas d'acquis sociaux mais de "rente de situation".
On devrait interdire le cumul des mandats et plus de trois mandats consécutifs.
De plus, je trouve indécentes les pressions de NS sur les parlementaires. C'est une atteinte grave à la démocratie.
Quant à Lang, il cherche à se montrer partout et désire faire parler de lui.
Je ne parle même pas du PRG dont les députés sont élus grâce aux socialistes. Ont-ils perdu la mémoire?
Ecrit par : Marco | 18.07.2008
La cuisine politicienne, oubliant les fondements de la Veme !
Voila pourquoi, dans notre ville (Beuvry 62660) des citoyens réagissent suite au séisme "anti-Sarko" qui a secoué notre ville.
Quelques personnes, qui n'ont jamais fait de politique sont en train de résister.
Beuvrygeois de toutes convictions, consultez notre Blog :
http://beuvrygeois.over-blog.fr
Ecrit par : BEUVRYGEOIS | 19.07.2008
Des fidèles de Villepin vont voter oui pour que celui-ci ait un non-lieu!
Indigne!
De plus, NS veut la peau de Giesbert car Le Point n'est pas assez sarkozyste!
Quelle démocratie! Je ne vote que depuis 12 ans mais franchement...
Ecrit par : Marco | 19.07.2008
Jean-Pierre Grand, dans le Midi Libre, à quelques heures de la réunion de Versailles:
« C'est perdant - perdant », affirme Jean-Pierre Grand. Voilà qui a le mérite d'être clair ! « Je ne vois pas d'avancée réelle (...) Que le Président vienne parler devant le Congrès, pourquoi pas ? Qu'il ne puisse effectuer que deux mandats, d'accord. Tout le reste est inutile et parfois même dangereux », affirme l'élu héraultais. On le voit, le villepiniste Grand n'est pas tendre avec le « grand œuvre » de Sarkozy. « La V e République a fait ses preuves », estime-t-il, jugeant que sous prétexte de modernité, « on revient à des principes de la III e et de la IV e qui ont fait beaucoup de dégâts ». Car, souligne-t-il, « le Parlement dispose déjà d'assez de pouvoirs. Il suffirait que le gouvernement laisse une réelle liberté d'expression à sa majorité pour que ce pouvoir s'exerce vraiment ».
L'élu est affligé par le spectacle de ces parlementaires opposés ou critiques envers le texte mais qui voteront pour : « C'est vrai qu'il y a un découpage électoral à l'horizon... Quant à moi, je ne transigerai pas avec mes convictions. »
Ecrit par : Républicain | 21.07.2008
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