19.07.2008

Ode à la France républicaine

Les récentes décisions judiciaires sur le mariage annulé pour défaut de virginité et le récent refus de nationalité du Conseil d’Etat pour « défaut d’assimilation » ont provoqué des réactions qui montrent que l’esprit républicain est très solidement ancré dans notre société.

Il faut dire que les réactions ont été assez unanimes dans ces deux cas. L’ensemble des médias, la gauche, la droite et les Français (via les commentaires laissés sur les articles traitant de ces deux évènements) se sont retrouvés pour dénoncer dans un premier temps la décision d’un tribunal d’accorder l’annulation d’un mariage pour défaut de virginité de la mariée puis pour approuver la décision du Conseil d’Etat de refuser la nationalité française à une Marocaine qui menait une vie recluse et sous la domination de son mari. Il ne s’est pas trouvé une personne pour défendre une autre position, si ce n’est Rachida Dati dans un premier temps sur l’annulation de mariage, avant de tourner casaque devant l’unanimité des réactions.

Ces deux évènements montrent que les Français sont très largement unis dans la même vision d’une République une et indivisible, laïque et égalitaire. Nous nous retrouvons pour ne pas trouver normal que la virginité d’une femme soit considérée comme une « qualité essentielle » au mariage, pratique inégalitaire et relevant d’un obscurantisme religieux qui rejette la femme dans une position secondaire dans le couple. Nous nous retrouvons pour refuser la nationalité à une personne qui vit en dehors des principes et idéaux de la République. Nous refusons que l’Etat et la loi offrent la moindre brèche qui permettrait aux pratiques religieuses dégradantes d’être reconnues par la République, comme il y a quelques années à propos du voile.

Le communautarisme a perdu deux batailles, très largement. Certains craignaient que la France ne devienne perméable aux pratiques anglo-saxonnes, qui tolèrent volontiers des comportements religieux pourtant contradictoires avec certains principes fondateurs de leur Nation. Des vigies se sont constituées pour prévenir cette grave dérive (via le site Observatoire du Communautarisme notamment). Heureusement, le risque semble aujourd’hui faible : la France n’est pas les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Cela ne veut pas dire qu’il faille baisser la garde, au contraire. Toute brèche pourrait être exploitée pour une remise en cause du contrat républicain. Mais, aujourd’hui, ce contrat semble solide.

Il est dans un sens très rassurant de constater que la communauté nationale se retrouve soudée sur des valeurs aussi fortes. Cela montre que notre cher et vieux pays dispose d’un axe commun et fondateur fort, bien plus que dans d’autres pays.

Source : http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2343908&rubId=4076

Commentaires

Si j'ai changé d'avis au sujet du refus de nationalité, ce n'est pas le cas pour l'annulation du mariage.

Je constate à ce sujet une certaine désinformation, comme d'ailleurs pour le refus de nationalité. Le mariage n'a pas plus été annulé pour non virginité de la mariée que la nationalité n'a été refusée pour port de la burqa.

Belle victoire pour les républicains en effet, que de forcer à rester mariés (et à divorcer, vu que c'est ce qui arrivera à ce beau mariage bâti sur un mensonge) deux personnes d'accord pour une annulation, le mari pour une raison complètement idiote, l'épouse avec certainement de meilleures raisons (ne serait-ce que de ne pas rester mariée à un tel crétin arriéré), alors que la décision du tribunal était parfaitement exposée, claire, et intelligente en plus. Belle victoire, vraiment !

Je regrette qu'on n'en sache pas plus sur cette femme et ses motivations, d'ailleurs. Pourquoi diable a-t-elle menti ? Pourquoi voulait-elle se marier ? Le voulait-elle ?

Ecrit par : ZapPow | 19.07.2008

@ ZapPow

Complètement d'accord à propos de la burqa : le traitement de la plupart des journalistes est très suprenant car le jugement parle de "défaut d'assimilation" et non pas de "burqa" et la commissaire de la république évoque beaucoup plus que ça.

Concernant l'annulation de mariage, j'avais fait une note sur le sujet, indiquant que cette annulation venait du fait que la virginité de la mariée était considéré comme une "qualité essentielle" et que la tromperie sur une qualité essentielle justifiait l'annulation, selon le tribunal.

Je ne suis pas d'accord pour deux raisons. Tout d'abord, cela institue de facto une discrimination entre les hommes et les femmes (on ne demande pas à un homme d'être vierge au mariage et cela ne se repère pas), ce qui contredit le principe d'égalité.

Ensuite, cela revient à reconnaître une pratique religieuse discriminatoire par la République, ce qui ne me semble pas acceptable. Bien sûr, cela revient à les laisser mariés pour l'instant, ce qui n'est pas agréable pour la mariée, mais céder une fois peut entraîner d'autres compromissions avec nos principes républicains.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 20.07.2008

Intéressante argumentation, mais qui ne me convainc pas.

Le problème de la qualité essentielle, c'est qu'elle se définit, en gros, comme une condition sine qua non du mariage, autrement dit une condition qui doit être remplie pour que le mariage se fasse. Dans le cas du conjoint, c'était la virginité de l'épouse. Aussi stupide que soit cette exigence, elle est légitime, juridiquement, car le droit, pour autant que je sache, ne définit pas la qualité essentielle, c'est aux conjoints de le faire.

Dire que cela revient à reconnaître une pratique religieuse discriminatoire c'est oublier que cette pratique est plus culturelle que religieuse. On rencontre encore assez d'hommes prêts à exiger de leur future épouse qu'elle soit vierge, et ils ne sont pas tous musulmans, loin de là. De plus, on rencontre beaucoup de musulmans qui ne s'en soucient guère, en particulier en France, où la communauté musulmane est la mieux intégrée d'Europe.

Ecrit par : ZapPow | 20.07.2008

@ ZapPow

Oui, mais je ne crois pas qu'il faille accepter que la virginité d'une femme puisse constituer une qualité essentielle du moment que ce n'est pas non plus demandé à l'homme car cette pratique devient de facto discriminatoire pour les femmes. Par delà la question religieuse, je pense que l'aspect inégalitaire de cette exigence justifie la non annulation. Si les deux époux souhaitaient être les deux vierges et que l'un avait menti, là, ce serait différent.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 20.07.2008

Très juste, mais tant que la qualité essentielle reste en fait définie par l'individu, et non par le droit, il n'y a aucune raison qu'il y ait réciprocité.

Il est regrettable qu'il n'y ait pas une jurisprudence en la matière. Cela aurait été plus simple si une femme avait obtenu une annulation parce que son mari portait une moumoute alors qu'elle avait fait d'une belle chevelure naturelle une qualité essentielle, ou un mari parce que l'épouse aurait des implants mammaires, ou n'importe quoi d'autre.

Il est regrettable aussi qu'on n'en sache pas plus sur cette femme, je l'ai déjà dit, mais aussi sur cet homme, finalement. Il aurait été bon de savoir, même si ce n'est pas vérifiable (on ne pourrait jamais avoir qu'une présomption), si lui était vierge lui aussi, si sa demande de virginité était due à sa dévotion de musulman (le Coran demande aussi aux garçons d'être vierge, encore qu'il ne fasse une histoire ni de la virginité de l'un, ni de celle de l'autre. Mahommet, après tout, a eu douze épouses, dont une seule était garantie vierge, vu son âge, et dont plusieurs étaient certifiées non vierges).

Mais je comprends votre position, et elle donne à réfléchir (et je vais y réfléchir), car elle va au-delà des deux individus concernés, alors que la mienne s'y arrête.

Ecrit par : ZapPow | 20.07.2008

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