24.07.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : le constat de Jean-Luc Gréau
Jean-Luc Gréau a fait parler de lui en soutenant le projet d’un nouveau protectionnisme européen et en annonçant la crise des « subprimes » dans son livre, « L’avenir du capitalisme », publié en 2005. Voici un résumé des constats de ce livre.
Un des points les plus intéressants avec Jean-Luc Gréau est le fait que sa critique radicale du néo-libéralisme n’est pas celle d’un anti-capitaliste mais bien d’un économiste qui accepte l’économie de marché. Il soutient par exemple que « l’entreprise capitaliste n’a pas vocation à créer l’emploi ni à le maintenir ». Il défend également le marketing qui permet de « vérifier méthodiquement si les produits ont une chance raisonnable d’être accueillis favorablement par les acheteurs ». Mais cette acception de certains postulats de l’économie de marché n’empêche pas une critique radicale du fonctionnement de l’économie mondiale, que ce soit l’économie américaine, les excès du marché ou la déflation salariale.
Ce livre a été écrit en 2005 mais il prend une dimension complètement différente aujourd’hui, un an après l’éclatement de la crise des subprimes puisque l’auteur consacre tout un chapitre aux excès de l’économie américaine. Il dénonce les déséquilibres majeurs d’un pays qui vit de plus en plus au-dessus de ses moyens et qui utilise le crédit pour amortir les crises économiques. Il dénonce un système où « la demande des particuliers n’est plus gouvernée par la distribution des revenus, mais par les facultés de crédit offertes sans limites apparentes par le système financier ». Il y explique notamment que les crédits hypothécaires poussaient à un endettement démesuré puisque la hausse de la valeur des biens immobiliers poussait les banques à proposer de nouveaux crédits aux ménages déjà lourdement endettés…
L’auteur se montre extrêmement critique à l’égard des marchés financiers, qui ne font plus leur travail. Citant « l’exubérance irrationnelle », d’Alan Greenspan, qui avait aboutit à des valorisations délirantes d’entreprises au tournant du siècle, il souligne la « déraison » des marchés financiers, dont le comportement moutonnier les conduit à passer d’un effet de mode à un autre (bulle asiatique, bulle Internet, bulle immobilière…). Il critique la pratique récente des rachats d’action qui fait que certaines entreprises finissent par s’endetter ou se décapitaliser pour rendre de l’argent au marché. Il souligne enfin le cas pour le moins paradoxal de la crise asiatique de 1997-1998, qui a vu des pays avec une situation budgétaire saine et un commerce excédentaire connaître une grave crise financière, du fait des mouvements de capitaux étrangers, qui leur avaient été imposés…
Mais le point sans doute majeur de ce livre est la partie sur la « déflation salariale » où Jean-Luc Gréau critique les excès du libre-échange actuel. Il revient sur la théorie des avantages compétitifs et de la spécialisation des pays, à la base de l’ouverture massive des échanges. Il souligne que le contexte actuel remet en cause cette théorie puisque la Chine devient l’usine du monde sans la moindre distinction et sans la moindre spécialisation : quel rapport en effet entre les produits électroniques, les jouets ou l’habillement ? Le transfert massif de la production vers l’Asie se fait uniquement sur la base d’un coût du travail égal au dixième de celui des pays occidentaux.
Les défenseurs de ces mouvements diront que cela permet de baisser les prix, mais c’est justement sur ce point que l’auteur montre les limites de ce raisonnement puisqu’il souligne que les hausses de salaires sont encore souvent calquées sur l’inflation, ce qui fait que cette modération des prix a provoqué une modération salariale qui interdit tout gain de pouvoir d’achat. Pire, il souligne que l’essentiel des gains de productivité sont aujourd’hui « confisqués » par des entreprises qui utilisent la menace des délocalisations pour faire pression sur les salaires. Cette pression entraîne une « déflation salariale », plus criante encore aujourd’hui qu’il y a deux ans avec la hausse des prix des matières premières, qui entraîne un appauvrissement des classes populaires occidentales, alors que les classes dirigeantes ont vu leur salaire exploser (les patrons des entreprises cotées ont vu leur salaire multiplier par vingt en vingt ans).
Le constat de Jean-Luc Gréau est sévère mais extrêmement bien argumenté. Je reviendrai demain sur les solutions qu’il propose pour corriger le fonctionnement du capitalisme.
Source : « L’avenir du capitalisme », Jean-Luc Gréau, NRF
11:26 Publié dans Economie, Livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gréau, l'avenir du capitalisme, subprimes, délocalisations, déflation, marchés financiers




Commentaires
la gauche et la droite, c'est comme windows millenium...c'est...périmé!
Ecrit par : rikou59 | 24.07.2008
@ rikou59
Ce n'est pas un gaulliste comme moi qui dira le contraire !
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 24.07.2008
@rikou59
Vous auriez pu en dire autant avec Windows Vista lol
@Laurent
On peut rapproché l'analyse de Gréau des conclusions d'un autre économistes qui lui est marxiste Michel Husson. Je ne partage pas la plupart de ses vues mais il a bien montré que la théorie selon laquelle les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain et l'emploi d'après demain est maintenant fausse.
Les profits ont explosé mais l'investissement n'a pas suivit.
Et Gréau nous donnes la solution à ce problème alors que les marxistes continuent une critique creuse pensant qu'il s'agit de la nature même du capitalisme d'en arriver à cette situation. C'est oublier comme le dit Gréau, que les marchés ne s'ouvrent pas tout seule, et que la dérèglementation a été faite par les états sans que personne ne les y obligent, et sans débat d'ailleurs. Si les entreprise française investissent si peu en France malgrès leur bonnes santé c'est que d'un point de vue concurrentielle rien ne remplace l'Asie.
On parle souvent des délocalisations, certains d'ailleurs s'évertue à les minimiser oubliant que les faillites sont souvent des délocalisations déguisé la production locale étant remplacé par la production chinoise. Mais on oublie que les frontières sont ouvertes depuis 74, c'est en effet en 1974 que la politique de préférence communautaire fut arrêté. Depuis l'emploi industriel n'a cessé de se dégrader (voir Maurice Allais). Et toute les nouvelles industrie les nouveaux emplois et les nouveaux investissement productifs se sont dirigé de plus en plus massivement vers l'Asie.
Le gens qui pensent que nous allons nous spécialiser dans la haute technologie se trompe lourdement et ne regarde pas la réalité en face. Les économie occidentale ont surtout créé des emplois de service, pas des emplois de haute technicité d'ou les déficits commerciaux d'ailleurs. On ne parle jamais des non-localisation de toutes ces secteurs de production qui ne seront jamais apparu pour cause de non-attraction du territoire national. C'est le grand mérite de l'œuvre de Gréau que de souligner ce point dans son livre.
Ecrit par : yann | 24.07.2008
Dès lors que la Chine s'est développée par une concurrence sur les coûts en pratiquant des formes de salariat proche de l'escalage, il est évident que cela ne pouvait qu'entraîner une forte déflation salariale.
L'autre grand problème du libre échange c'est la spécialisation productive qu'il implique pour tous les pays et tous les territoires. C'est un point qui est souvent négligé mais qui me semble fondamental. La théorie des avantages comparatifs peut être contestée sur ce point, sans même avoir recours à des arguments économiques. Le discours politique suffit. On n'est pas obligé de vouloir pour son pays une extrême spécialisation dans la "division internationale du travail". Concrètement, ça abouti à une ou deux métropoles compétitives et la quasi totalité du territoire ne vivant que de revenus de transferts. C'est ce que met en évidence l'affaire de la carte militaire.
Je reviendrais bientôt sur ce sujet à mon retour
Allez, on attends la suite ! :-)
Ecrit par : Malakine | 25.07.2008
@ Yann et Malakine,
Merci pour ces compléments !
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 26.07.2008
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