11.08.2008

Divergences économiques de part et d’autre de l’Atlantique

Moins de 1,5 dollars : alors que l’euro avait dépassé les 1,6 dollars il y a quelques semaines, les récentes nouvelles économiques ont fait plonger la monnaie européenne, malgré la stabilité des taux décrétée par les banques centrales, qui maintient la prime sur l’euro.

Devant l’incertitude des conditions économiques, la Fed et la BCE ont décidé de maintenir leur taux stables, coincées qu’elles sont entre la montée de l’inflation et les menaces de plus en plus fortes de récession mondiale. Mais à 2% aux Etats-Unis contre 4,25% pour la zone euro, la politique de la Fed reste beaucoup plus expansionniste que celle de la BCE, ce qui devrait soutenir le cours de la monnaie unique contre le dollar. Dès lors, pourquoi l’euro a-t-il donc baissé de 10 cents en quelques semaines ? Tout d’abord, il faut noter que l’euro est déjà extrêmement surévalué par rapport au dollar, de 50% selon The Economist quand il était proche des 1,6 dollars.

Mais c’est surtout la divergence de croissance entre les deux zones qui explique ce brutal mouvement de dépréciation. D’une part, la zone euro semble être entrée en récession : le 14 août sera annoncé le chiffre de croissance pour le second trimestre, mais les premières données semblent extrêmement mauvaises. Le PIB italien a reculé et les résultats de l’Allemagne devraient être encore moins bons. En Espagne, l’économie subit l’effondrement de l’immobilier et de la consommation (avec une chute de plus de 20% du marché automobile). Pire, les indicateurs avancés laissent prévoir de mauvais chiffres pour le troisième trimestre également, ce qui signifie que l’Europe est en récession. Au contraire, les chiffres Américains sont bien meilleurs puisque la croissance a atteint 1,9% en rythme annuel au second trimestre, avec une consommation en hausse de 1,5% et des exportations de près de 10% !

Cette divergence économique est le résultat des divergences de politique économique. L’économie Américaine est soutenue par la faiblesse du dollar, qui soutient les exportations. Et la baisse des taux, couplée au plan de soutien à l’économie du deuxième trimestre, a permis d’amortir les effets de la crise et la baisse toujours aussi sévère des prix de l’immobilier (-15% en rythme annuel). Désormais, on peut se demander si l’économie Américaine ne va pas tout simplement échapper à la récession pour peu que les prix de l’immobilier finissent par se stabiliser en 2009, ce qui est rendu possible par l’ajustement sévère actuel et la probable baisse de l’inflation à venir. Au contraire, l’économie européenne, toujours pénalisée par le niveau de l’euro et des taux d’intérêt, pourrait s’enfoncer dans la récession.

Ces divergences économiques montrent la puissance des politiques d’inspiration keynésienne. Comme en 2001, les Etats-Unis les utilisent très largement pour amortir les effets de la crise financière. Comme en 2001, l’Europe et la BCE reste aveugles…

Source :  http://www.lemonde.fr/economie/article...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/08/paris-c...

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