12.08.2008
Barack Obama à la recherche d’un second souffle
49-45 : le dernier sondage Gallup pour USA Today donne désormais quatre points d’avance à … John McCain. La victoire de Barack Obama lors des primaires démocrates ne semble pas avoir créé de dynamique forte en sa faveur malgré un contexte très favorable.
Car le contexte actuel est extrêmement favorable au sénateur de l’Illinois. L’administration Bush bat tous les records d’impopularité puisque la cote de confiance du président est aujourd’hui inférieure à celle de Richard Nixon après le Watergate ! L’économie Américaine, si elle a évité la récession jusqu’à présent, souffre de l’effondrement du marché immobilier, dont les prix reculent plus vite que sous la Grande Dépression, et de la hausse de l’inflation. Les Américains expriment, élection après élection, leur désir de confier à nouveau aux démocrates la conduite du pays, après leur victoire aux élections de mi-mandat de 2006. Mieux, John McCain, de l’avis de tous les observateurs, y compris de ses soutiens, mène une campagne médiocre, voir « amateur » selon le jugement sévère de The Economist, soutien traditionnel des républicains.
L’hebdomadaire anglais ose se demander si les démocrates n’auraient pas mieux fait de choisir un homme blanc pour cette élection plutôt que d’hésiter entre une femme et un noir… Mais cette explication est un peu facile et ne doit pas camoufler certaines faiblesses de la candidature de Barack Obama. Tout d’abord, même si sa campagne ne semble guère convaincante, il ne faut pas oublier que les républicains ont choisi le seul candidat qui peut sérieusement l’emporter après deux mandats de Georges Bush, John McCain, parce qu’il a exprimé maintes fois ses désaccords avec l’administration sortante, et parce que sa longue histoire politique plaît aux électeurs indépendants, voire démocrates.
Plusieurs phénomènes semblent affaiblir la position de Barack Obama. Tout d’abord, la folie médiatique qui l’entoure semble finir par devenir contre-productive dans une campagne aussi longue. Le candidat attire toute l’attention, tous les articles, de telle sorte que 76% des Américains déclarent avoir davantage entendu parlé de lui, contre seulement 11% du candidat républicain. Mais surtout, 48% des interviewés déclarent avoir trop entendu parler de lui, signe qu’une certaine lassitude commence à se ressentir. En outre, les Républicains ont fini par trouver un angle d’attaque qui semble faire mal : le statut de star du candidat. Plus que n’importe quel autre candidat depuis longtemps, Barack Obama est sorti du cadre purement politique pour devenir une star, ce qui permet au camp McCain d’attaquer son ego et de suggérer qu’il est surtout au service de ses ambitions personnelles et pas tellement du pays, contrairement à leur candidat.
Malgré tout, Barack Obama conserve de grandes chances de devenir président des Etats-Unis. Les campagnes Américaines sont très longues et comportent par conséquent des hauts et des bas pour chaque candidat. Sa candidature conserve d’immenses forces : un professionnalisme dont même The Economist reconnaît qu’il est largement supérieur à celui de son rival. Sa victoire véhiculerait également un message optimiste pour les Américains comme pour le monde. En outre, il ne faut pas oublier qu’il a réussi à gagner des primaires démocrates plus serrées que jamais et qui représentaient donc une bonne répétition pour la campagne finale. Pour se relancer, The Economist lui suggère de davantage se concentrer sur les préoccupations concrètes des électeurs, des sujets sur lesquels les Républicains sont discrédités.
Si cette faiblesse passagère dans les sondages n’est pas grave en soi pour le candidat démocrate, elle révèle sans doute qu’une deuxième phase de la campagne devra être engagée lors de la convention, ce qui a sans doute été prévu.
Source : The Economist, 9 août
11:44 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : obama, mccain, présidentielles, etats-unis




Commentaires
C’est vrai que la couverture médiatique de BO est exagérée, mais celle de McCain l’est tout autant, dans un autre genre. Si McCain passe encore aujourd’hui pour un "maverick", c’est que les médias ont fait un énorme battage sur ses rares désaccords avec Bush, ont évité de parler de ses alignements consécutifs sur la ligne bushiste, et ont glissé sur le fait qu’en 2007, McCain a voté à 90 % en faveur de Bush, et en 2008, à 95 %.
Une enquête a d’ailleurs révélé que la couverture médiatique de BO est plus négative que positive, (il s’appelle Hussein, c’est un musulman, il est né à l’étranger, il est raciste, sa femme est raciste, son pasteur est raciste, il est trop maigre*, c’est un snob, un élitiste, etc.) et surtout bien plus négative que celle de son adversaire dont on excuse les gaffes, les plaisanteries stupides, les bourdes géopolitiques, l’ignorance en économie et bien d’autres domaines. Il y a de nombreuses illustrations du "deux poids, deux mesures" qui est aujourd’hui la norme des médias américains dont le gros, rappelons-le, se partage entre quelques grands groupes de communication (certains étant des filiales du complexe militaro-industriel) dont tous les patrons penchent du côté Républicain, quand ils ne sont pas eux-mêmes des Républicains déclarés.
Quant au racisme, il ne faut pas se voiler la face. Les organisations suprémacistes blanches ont vu le nombre de leurs adhérents augmenter plus que jamais depuis que BO est le candidat désigné des Démocrates, et les abonnements à des sites racistes ont augmenté exponentiellement.
* Le surprenant argument de la maigreur a été exprimé pour la première fois dans le très sérieux, et très droitiste Wall Street Journal, récemment racheté par Murdoch. On pouvait y lire que dans un pays où 66 % de la population est en surpoids, un homme aussi mince qu’Obama n’était pas représentatif.
Ecrit par : ZapPow | 12.08.2008
@ ZapPow
Je suis d'accord, les médias conservateurs mènent des attaques ridicules sur BO mais je crois que cela varie énormément en fonction des idées des différents médias, qu'ils soient pro-républicains ou pro-démocrates. Nous avons une élection très polarisée où les critiques sont souvent excessives.
Je crois qu'il est important de ne pas caricaturer John McCain. Certes, il a voté avec les républicains la plupart du temps, mais il a exprimé de nombreux désaccords sur des sujets essentiels depuis huit ans :
- opposition à la conduite de la guerre en Irak
- opposition à la politique environnementale de Bush puisqu'il était favorable à Kyoto
- opposition à la torture et à Guantanamo Bay : sur le premier sujet, il a fait voter une loi la faisant interdire
- opposition à la politique fiscale du gouvernement en 2001
Cependant, sur les 2 derniers sujets, il a fini par changer de positions, ce qui remet en cause son franc parler. Au global, je pense quand même qu'il est le républicain de loin le plus acceptable. Cela ne remet pas en cause que le programme économique de BO est de loin le plus adapté à ce dont ont besoin les Etats-Unis.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 12.08.2008
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