15.08.2008

Sarkozy 15 mois après : une gestion économique hasardeuse

Dans ce bilan d’étapes, vous ne retrouverez pas de papier sur l’omni-présidence, sur la diplomatie, sa vie privée ou son style, sujets très courants sur le président. Je vais donc essayer de me focaliser sur des angles un peu moins traités. Aujourd’hui, l’économie.

Même s’il a été un bref ministre de l’économie, ce domaine n’a jamais été le thème de prédilection de Nicolas Sarkozy. On ne peut pas dire que le candidat, puis le président, ait montré une aisance particulière sur ces questions. Instinctivement, on ressent une adhésion globale aux principes libéraux, teinté cependant d’un grand pragmatisme quand l’intérêt national est en jeu (négociations commerciales, rachat d’entreprises Françaises), ce qui le rend finalement peu lisible pour la presse internationale qui a parfois du mal à le comprendre. Mais lors de sa conférence de presse de la rentrée 2007, le président avait annoncé qu’on pourrait juger sa conduite de l’économie aux résultats de la croissance Française en 2008, et surtout 2009, puisque ses réformes sont censées accélérer la croissance hexagonale.

Si on se base sur les résultats du premier semestre 2008, le bilan est très mauvais. Après 0,4% de croissance au premier trimestre, le PIB Français a reculé de 0,3% au deuxième trimestre. On pourra objecter que le contexte mondial n’est guère favorable, du fait de la hausse du prix des matières premières et du ralentissement conjoncturel global. Néanmoins, on peut répliquer que la France est plutôt mieux placée que ses camarades européens, du fait d’une moindre consommation de pétrole et de ses exportations de produits agricoles. Mais, au contraire, la performance de la France n’est nullement meilleure que ses voisins puisque le PIB Allemand a progressé de 0,5% sur un semestre (+1% au premier trimestre, -0,5% au second) ou que l’Espagne arrive a croître de 0,1% au second trimestre malgré une crise immobilière sévère. Au contraire, notre pays est plutôt en queue de peloton. Je ne parle même pas des Etats-Unis qui ont réussi à enchaîner deux trimestres de croissance, malgré l’effondrement du marché immobilier…

Cette épreuve des faits est cruelle pour le président qui avait investi beaucoup d’argent dans le paquet fiscal de l’été dernier pour accélérer la croissance du pays. Malheureusement, une telle conclusion était prévisible. Ce plan était mal conçu, trop précoce (car conçu avant la crise) et destiné à mauvaise cible, à savoir les ménages aisés. Les déductions fiscales sur les heures supplémentaires sont un coûteux cadeau pour les entreprises et pour les personnes qui ont l’opportunité de faire des heures supplémentaires. La déduction des intérêts d’emprunts immobiliers est un coûteux amortisseur à la baisse des prix qui profite aux ménages aisés, tout comme le bouclier fiscal et la baisse des droits de succession. Résultat, les 15 milliards ainsi dépensés n’ont absolument pas réussi à dynamiser la croissance, soit un coûteux gâchis.

Plus généralement, Nicolas Sarkozy empile les mesures qui complexifie inutilement notre droit fiscal, comme ce « paquet fiscal » qui créé de nouvelles exonérations alors que justement notre système fiscal et social souffre d’un trop grand nombre de niches et qu’il faudrait au contraire les réduire pour baisser les taux et simplifier son administration. La gestion du dossier de la hausse des prix du pétrole a également montré les limites du raisonnement économique du président qui a proposé de compenser directement la hausse du prix de l’essence par une baisse de la TVA (proposition refusée par Bruxelles). Une telle mesure reviendrait à stimuler inutilement la consommation et à freiner l’adaptation des agents économiques à un pétrole cher. La solution passe sans doute par des aides directes plutôt que des subventions pour l’achat de pétrole…

En fait, les décisions économiques du président semblent davantage dictées par des motifs idéologiques ou de communication électorale que par une analyse économique sérieuse. Les résultats de la croissance Française au second semestre et en 2009 devraient malheureusement s’en ressentir.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/08/14/04001-20080814...

Commentaires

Je ne discute pas l'analyse que vous faites en citant des chiffres ou des pourcentages. Je ne le fais pas parce que par expérience je sais que l'on fait dire aux chiffres ce que l'on a envie qu'ils disent afin de faire passer le message que l'on veut envoyer et l'un des moyens pour cela est de faire des comparaisons soigneusement choisies (d'un mois sur l'autre, d'un trimestre par rapport à un autre, d'une année avec une autre, de la France par rapport à tel (s) autre (s) pays voire l'Europe ou en dehors de celle ci.....etc ou faire des comparaisons qui n'ont aucun sens). Par exemple comparer les balances commerciales des pays n'a aucun sens si on ne les rapportent pas au Produit Intérieur Brut des dits pays. Et se plaindre d'un déficit commercial ou au contraire se réjouir d'un excédent n'a pas plus de sens si on ne fournit pas un minimum d'explications. En ce qui concerne les chiffres je fais donc mes propres analyses.

"Cette épreuve des faits est cruelle pour le président"dites vous. Ce n'est pas certain. Ses adversaires se sont gargarisés devant les sondages d'impopularité. Outre sa légère remontée, le sondage de "Marianne" publié ce jour fait ressortir qu'en cas d' élections présidentielles il améliorerait son score de 2 à 4points par rapport à 2002 soit de à 33 à 35% et Royale la meilleure candidate face à lui reculerait de 4 points à 26%. Son socle électoral est donc quoiqu'on en dise solide, mais en ce qui me concerne je n'en ai jamais douté. A moins de considérer que ce socle est constitué de cocus qui s'ignorent, argument que certains n'hésitent pas à avancer, c'est la preuve que nos concitoyens savent faire la part des choses.

Enfin je crois que vous êtes réellement dans l'erreur lorsque vous écrivez que Sarkozy prend des décisions pour des motifs idéologiques. Vous savez que ses adversaires, et vous en êtes, disent de lui qu'il n'a aucune conviction et que tout ce qu'il fait c'est pour montrer sa différence. On ne peut dire à la foi une chose et son contraire. En effet s'il n'a aucune conviction, il ne peut pas être un idéologue. En fait la seule culture de Nicolas Sarkozy c'est celle du résultat et lui même avoue ne pas être un idéologue. Dans un interview au journal le Monde le 11 juillet 2004 il déclarait je cite " Il n'y a plus de prêt à penser idéologique, je me sens pragmatique". C'est aussi ma façon de voir les choses.

Ecrit par : flamant rose | 15.08.2008

Je suis d'accord sur les interprétations de chiffre. Néanmoins, sur la croissance au premier semestre en Europe, il n'y a que l'Italie pour faire moins bien que nous parmi les grandes économies, ce qui n'est pas bien glorieux étant donné qu'il y a le "paquet fiscal", ce qui montre, selon moi, son inefficacité prévisible.

Concernant le renforcement de son score au premier tour, il ne m'étonne pas tant l'opposition est nulle. Plus que de faire la part des choses, je crois que les Français sont à la fois déçus par Nicolas Sarkozy mais également sans alternative crédible. Le spectacle donné par le PS "protège" NS.

NB : si SR est à 26%, cela signifie qu'elle est stable (ce qui reste un très mauvais score étant donné le contexte et qui montre sa nullité...)

Je persiste sur les choix idéologiques concernant le "paquet fiscal". Beaucoup d'économistes soulignent que pour un plan de relance, il vaut mieux cibler les ménages plus populaires qui ont une plus grande propension à dépenser l'argent qu'il leur est restitué alors que les ménages aisés ont tendance à le thésauriser, ce qui n'a aucun impact pour la croissance. En ce sens, le "paquet fiscal" est un plan plus idéologique que pragmatique. Je ne conteste pas que NS soit également un pragmatique (ce que l'on a pu voir lors de négociations pour le traité de Lisbonne), mais dans le cas présent, ses choix me semblent dicter par l'idéologie.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 16.08.2008

Ecrire un commentaire