28.08.2008
Russie : l’Occident aussi est responsable !
Le président russe, Dmitri Medvedev, a déclaré qu’il n’avait pas peur d’une nouvelle « guerre froide » après la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Si le comportement des dirigeants russes est choquant, l’Occident porte une part importante de responsabilité.
Bien sûr, les dirigeants russes vont beaucoup trop loin quand ils envoient des troupes en Géorgie, qu’ils bombardent et tuent des innocents lors de cette invasion et qu’ils occupent des villes. La reconnaissance des provinces rebelles se fait également dans des conditions bien particulières puisque la Russie a accordé à de nombreux ressortissants géorgiens un passeport russe, de manière à permettre ensuite d’évoquer la défense de ses citoyens pour justifier l’intervention. Le non-respect de la parole donnée sur la scène internationale est également choquant et rappelle, en plus limité certes, Munich. Plus globalement, l’évolution du régime russe dans une direction de plus en plus autocrate et nationaliste est également très préoccupante, d’autant plus qu’il défend à l’ONU de nombreux régimes totalitaires.
Malheureusement, le comportement de la Russie aujourd’hui est en partie une conséquence de la façon dont l’Occident a traité l’ancienne URSS depuis la chute du mur de Berlin. Les Géorgiens semblent également avoir une part de responsabilité dans cette crise. Mais, la reconnaissance du Kosovo a également créé un précédent difficile à ignorer concernant le détachement de provinces d’un Etat. Ensuite, comment ne pas évoquer l’influence de la politique de l’OTAN dans la région ? Les Etats-Unis, en enrôlant les uns après les autres les anciens pays du bloc communiste dans une alliance militaire conçue contre l’URSS, qui n’était jamais que la forme impériale et communiste de la Russie, complique grandement les choses. En cherchant à encercler la Russie comme l’URSS jadis, il n’est pas étonnant que les dirigeants russes finissent alors par se comporter comme les dirigeants soviétiques.
Pire, comme le montre bien Joseph Stiglitz dans son livre « La grande désillusion », la Russie d’aujourd’hui est aussi le produit de la Russie qui s’est construite après la chute du mur de Berlin, avec les conseils de l’Occident. Et, la richesse d’aujourd’hui nous a fait oublier les effroyables années 90 que la Russie a traversées, où sa richesse nationale a baissé de près de moitié, où l’espérance de vie a diminué. La potion économique que nous avons fait ingurgiter aux Russes était amère. Nous en récoltons aujourd’hui les fruits. C’est l’Occident qui a imposé ce programme de libéralisation dont l’échéancier était absurde. Les privatisations ont été réalisées en dépit du bon sens, profitant uniquement à quelques oligarques qui avaient les bonnes relations. Si l’Occident avait lancé un grand plan Marshall pour faciliter la transition économique de la Russie (et des autres pays communistes), nul doute que nos rapports auraient été meilleurs.
Si le pays s’est spectaculairement redressé dix ans après l’humiliant défaut de paiement de 1998, c’est uniquement parce que le prix des matières premières, que la Russie possède en abondance, a explosé : en 1999, le prix du baril de pétrole était tombé à dix dollars suite à la grave crise des pays émergents. L’Occident a jeté la Russie dans le grand bain de l’économie libérale sans la moindre bouée et sans leçon. Après avoir frôlé la noyade, la Russie a été sauvée par les bouées que sont ses matières premières. Mais elle se comporte aujourd’hui comme nous lui avons appris à se comporter : seule, en suivant la loi du plus fort, faisant fi de toutes solidarités. Il se trouve qu’aujourd’hui, la Russie est plus forte, alors elle prend ce qu’elle sait pouvoir prendre, avec autant d’âme que la façon dont nous l’avons traitée.
Bien sûr, le comportement de la Russie est inacceptable et il faut sans doute faire quelque chose, pour la Géorgie, et surtout pour l’avenir. Mais il faut également se poser la question de notre responsabilité et réfléchir aux moyens de corriger en partie les erreurs du passé.
Source : Joseph Stiglitz, « La Grande désillusion », http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/26/01003-200...
10:50 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : russie, géorgie, stiglitz, otan




Commentaires
Bel article de Malakine sur Marianne2 à ce sujet.
Mon commentaire : L'Occident a distribué les cartes, et se plaint aujourd'hui du jeu de la Russie, à qui il a donné tous les atouts.
Écrit par : ZapPow | 28.08.2008
Qui a attaqué le premier la Géorgie ou la Russie . Vous avez une mémoire très sélective surtout sur de évènements qui viennent de se produire . A la place de la Russie j'aurai envahi la Géorgie tout entière car elle est dirigée par un émule d'hitler.
Écrit par : Linéand | 28.08.2008
@ Linéand,
Je suis le premier à reconnaître que l'attitude de la Russie est aussi la conséquence de nos excès, mais je pense qu'il ne faut pas tomber dans des excès inverses.
Les circonstances du déclenchement des opérations ne sont pas encore très claires, d'après ce que j'ai lu, et si la Géorgie a lancé des opérations, c'était sur des provinces qui font partie de son territoire, alors que la Russie intervient non seulement dans ces provinces qui veulent une indépendance sous tutelle russe, mais également en dehors de ces provinces...
Si les dirigeants géorgiens ne sont pas exempts de toute critique, je crois que la comparaison avec Hitler est totalement abusive et il ne faut pas oublier tout de même que le régime de Moscou n'est pas tout rose...
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 28.08.2008
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