30.08.2008

Contre la privatisation de la Poste

Dans la plupart des secteurs de l’économie, il n’y a pas de raison pour que l’Etat possède des entreprises. Mais dans le cas de « monopoles naturels », c’est alors la privatisation qui n’a pas de sens, du moins vis-à-vis de l’intérêt général. C’est le cas aujourd’hui de la Poste.

Curieusement, personne ne se pose la question aujourd’hui de savoir pourquoi La Poste va être en partie privatisée, par-delà les contraintes réglementaires européennes, acceptés par le PS comme l’UMP. La méfiance spontanée vis à vis de l’intervention publique dans l’économie explique cette apathie intellectuelle. Mais si l’intervention de l’Etat conduit parfois à l’échec, elle est aussi la source de grands succès, comme le développement économique des pays d’Asie du Sud-est ou les plus grandes réussites technologiques de notre pays (Airbus, Ariane, TGV, filière nucléaire). Le cas de La Poste est particulier dans la mesure où la distribution du courrier peut être considérée en théorie économique comme un « monopole naturel », une activité qui repose sur l’utilisation d’un réseau au coût très élevé, donnant un avantage déterminant à l’entreprise dominante. Parce que les monopoles privés deviennent pour leurs propriétaires des rentes au détriment des consommateurs, ces monopoles sont en général publics.

Dès lors, pourquoi faut-il libéraliser le marché de la distribution du courrier ? Les pressions viennent comme toujours du dogmatisme libéral de Bruxelles. Pourtant, cette ouverture se fait dans des conditions bien peu équitables. Pour contourner l’avantage du réseau de la Poste, les opérateurs privés, vont déployer leur activité sur les créneaux les plus rentables du marché postal (entreprises notamment), laissant à La Poste les activités les moins rentables. La Poste SA va donc se retrouver défavorisée dans le nouveau cadre concurrentiel. Résultat, à terme, les coûts devraient grimper pour les particuliers et baisser (dans un premier temps seulement sans doute) pour les entreprises. Le service du public deviendra toujours moins la priorité de la nouvelle Poste. Qui plus est, davantage de valeur sera désormais extraite du marché postal pour les actionnaires, au détriment des consommateurs.

Mais comment peut-on alors arriver à ouvrir des marchés qui ne semblent pas vraiment en avoir besoin ? Il semble que la seule explication possible soit le « fanatisme du marché » pour reprendre l’expression de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. C’est un dogmatisme étroit et rejetant tout pragmatisme qui explique cette ouverture incessante de marchés dont la libéralisation n’est pourtant pas pertinente. Il suffit pourtant de comparer la situation du transport ferroviaire en France et en Angleterre pour comprendre qu’il y a des marchés pour lesquels la libéralisation n’apporte aucune solution mais plutôt des problèmes (sous investissements dans des activités hautement capitalistiques ou baisse de service).

Encore une fois, les moines soldats du néolibéralisme gagnent une bataille dans l’ouverture des marchés avec la libéralisation à venir du marché postal Français. Mais cette victoire des investisseurs est une défaite du citoyen et des consommateurs.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/29/la-post...

Commentaires

C'est exactement ce qui a fait de moi un déçu de l'Europe, cette soumission aveugle à une idéologie, la pauvreté du projet européen, qui n'est plus, depuis longtemps, l'organisation d'une communauté européenne.

Ecrit par : ZapPow | 30.08.2008

La libéralisation du marché du courrier est héla une réalité depuis logntemps. Mais La Poste française a les atouts pour résister. Certains concurrents étrangers comme le néerlandais TNT ont revu leurs ambitions à la baisse.
Mais La Poste est un groupe, avec plusieurs branches et, d'ores et déjà, se profilent les grandes manoeuvres autour de La Banque Postale que les concurrents tentaient d'abattre avant sa création officielle tout en lui faisant les yeux doux par derrière en vue de partenariats juteux.
Ce qui est sûr, c'est que la mise à mort du service public postale est programmée.
Je suis postier depuis toujours (cadre supérieur) mais je ne me reconnais plus - et je ne suis pas le seul - dans ce qui fut une grande entreprise (gérée comme telle, et jamais une administration, malgré son statut) dont la France pouvait être fière.

Ecrit par : Quiet Man | 03.09.2008

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