03.09.2008
L’incroyable pari de John McCain
En choisissant Sarah Palin comme sa colistière pour l’élection présidentielle, John McCain démontre à nouveau son côté franc-tireur. Si les médias n’ont retenu qu’une tentative relativement malhabile d’attirer l’électorat d’Hillary Clinton, la réalité est plus complexe.
La problématique de John McCain pour le choix de son colistier était apparemment simple : étant le candidat le plus âgé pour un premier mandat de président, à 72 ans, il devait rassurer les électeurs en prenant une personne qui pouvait apparaître comme un bon remplacement au cas où. Son intérêt limité pour les questions économiques pouvait faire de Mitt Romney un Vice-Président idéal, dans la mesure où ce dernier était à la fois suffisamment jeune, et une bonne connaissance du monde des affaires. Au lieu de cela, le candidat républicain a fait un choix que personne n’avait anticipé : une femme de 44 ans, gouverneur d’Alaska, mère de cinq enfants, dont le dernier, handicapé, est né en avril. Elle est connue pour ses opinions conservatrices mais aussi ses croisades contre la corruption au sein de classe politique de son Etat.
Au premier abord, ce choix peut sembler absurde, comme l’a commenté la grande majorité des médias Français. John McCain risque d’effrayer les électeurs en choisissant une personne qui a si peu d’expérience pour le remplacer en cas de problème. "John McCain a mis l'ancien maire d'une ville de 9 000 habitants ayant zéro expérience à un battement de coeur de la présidence", a ainsi commenté le porte-parole de Barack Obama, comme le rapporte Le Monde. En outre, il paraît extrêmement paradoxal de vouloir chasser les électeurs d’Hillary Clinton avec une femme aux opinions franchement conservatrices. L’annonce de la grossesse de sa fille de 17 ans semble confirmer l’erreur que constitue ce choix. Mais cette présentation des faits oublie les avantages finalement importants de ce choix.
Tout d’abord, le candidat républicain a réussi à faire oublier la convention démocrate en une seule décision. Mais surtout, le débat qui se créé autour de l’inexpérience de Sarah Palin est à double tranchant pour les démocrates. Après tout, elle n’a que trois ans de mois que Barack Obama et une expérience finalement pas moins importante, puisque le sénateur de l’Illinois n’a été élu qu’en 2006… Critiquer son inexpérience peut revenir à émettre des doutes sur un candidat démocrate qui vise le poste au-dessus… Ensuite, ce dernier a axé sa campagne sur le changement. En choisissant quelqu’un d’aussi étranger à Washington, John McCain se positionne à nouveau comme le franc tireur qui peut également revendiquer ce thème. Enfin, même si la majorité des électeurs d’Hillary Clinton se tournera vers le candidat démocrate, le choix d’une femme peut faire venir la petite minorité qui pourrait faire pencher la balance en novembre.
Contrairement à la présentation de la plupart des médias, le choix de John McCain est beaucoup plus habile qu’on ne le croit : il créé un débat à double tranchant sur les capacités d’une quadragénaire peu expérimentée, tout en donnant une touche de changement et de féminité à son ticket.
Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/08/30/avec-s...
10:55 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mccain, palin, obama, hillary clinton




Commentaires
Enfin,
quoiqu'il en soit de la stratégie de McCain je constate l'incapacité des médias américain à élever le débat. Le comportement électoral nos pseudo-démocraties dans lesquelles on ne s'intéresse qu'a l'age des candidats, à leur vie sexuelle ou au comportement de leurs enfants, ne présage rien de bon quant à la capacité de ces individus à affronter la catastrophe économique en cours. Le prochain président des USA va faire face à la plus grande catastrophe économique depuis 1929 et tout ce que se demande les médias c'est est-ce qu'il est trop vieux, non mais franchement !!!!! Et c'est çà qui sert de référence en terme de démocratie. Si vous voulez mon avis à part Ron Paul aucun des candidats qui furent en liste n'avaient ne serait-ce que le début des qualités nécessaires pour monter au pouvoir. Cette campagne US ressemble à celle de la France de 2007 avec McCain dans le rôle de Sarko et Obama dans celui de Royale, c'est dire le peu d'espoir que l'on peut avoir concernant le prochain locataire de la maison blanche.
Ecrit par : yann | 03.09.2008
Je pense qu'il faut ajouter un point: le potentiel d'identification de l'américain moyen au couple Palin - le plus remarquable est le mari, sorte de Nascar driver des neiges. Les deux aînés ont déjà un profil à se retrouver dans n'importe quelle famille blanche de l'Amerique laborieuse: un fils en irak à 19 ans, une fille qui a 17 ans et vient déjà de foutre en l'air ses chances de réussir dans la vie... Or il apparaît de manière assez nette que GW Bush a du sa réelection en 2004, dans les Swing States de l'Amérique profonde (de part et d'autre des Appalaches), au fait que l'Amérique profonde a pu s'identifier à lui -- contre John Kerry, trop intellectuel, trop français, trop policé, trop technique, trop élégant, trop distingué, trop "Esat Coast liberal", "Taxachusetts", et Nantukett.
Si McCain a un parcours trop hors normes pour ressembler à l'américain moyen, le choix de Palin est à cet égard un coup de génie.
C'est, a contrario, la plus grande faiblesse d'Obama.
A noter que ce point rapproche la colistière de McCain de Mme Royal, nouvelle princesse des coeurs pour la ménagère française.
Enfin, la grossesse de Melle Bristol Palin ne relève pas d'une affaire privée, mais d'un niveau de négligence effrayant de la part de Mme Palin : on se moque qu'elle soit religieuse et pro-life; qu'en revanche elle ait été incapable d'éduquer sa fille au point de la protéger contre elle-même (une grossesse adolescente, dans ces conditions, c'est compréhensible dans une famille du white-trash ou du South Side, pas dans une famille qui accède à la classe dirigeante) devrait inquiéter les américains sur son sérieux.
Le principe qui devrait être guider l'action de redressement de l'économie américaine est le même que celui dont nous avons besoin en France : un plan d'action à 10-15 ans pour restaurer la compétitivité du pays, loin des solutions faciles et immédiates, basé sur l'effort collectif et justement partagé, qui verra des années difficiles pour ramener le niveau de vie des habitants à leur richesse réelle (compte tenu des dettes publique et privée, de la compétitivité réelle et de la parité de pouvoir d'achat réelle du pays). L'économie américaine souffre d'être trop grande, vouloir s'en inspirer en Europe est calamiteux.
Ce qu'il faudrait à l'Amérique, c'est un gaulliste à sa tête : une stature incontestable à même de fixer à la Nation des objectifs plus élevés que l'horizon borné et minable des individus. Les bons côtés d'Obama et McCain.
Remarquons que c'est aussi ce dont nous aurions besoin en France. Pour l'instant, nous avons les mauvais côtés d'Obama et McCain
Ecrit par : Géry | 03.09.2008
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