05.09.2008
Divergences économiques, ou comment les Etats-Unis font mieux que l’Europe
L’information est passée discrètement dans la plupart des médias, mais si le PIB de l’Union Européenne était en baisse de presque 1% en rythme annuel au deuxième trimestre, celui des Etats-Unis a cru de 3%, un rythme que la zone euro peine à trouver, même quand tout va bien…
Cette information a tout pour surprendre quand on connaît le contexte économique actuel outre-Atlantique. Les Etats-Unis sont en plein cœur de la crise des subprimes, les prix de l’immobilier baissent de 15% en rythme annuel, soit 20% en tenant compte de l’inflation. Près de trois millions de ménages ont perdu leur logement. Et alors que l’inflation a atteint temporairement 5%, la hausse des salaires atteint péniblement 3%, réduisant par conséquent le pouvoir d’achat des ménages. En comparaison, la situation européenne, est beaucoup plus favorable puisque les prix de l’immobilier se tiennent (à part en Espagne et au Royaume Uni, avec une baisse néanmoins moins forte qu’outre-Atlantique). L’inflation y est même un peu plus mesurée puisqu’elle est retombée à 3,8% en août. Dès lors, il est proprement incroyable que l’économie Américaine semble déjà sortir la tête de l’eau alors que l’Europe s’enfonce dans la crise.
Des Etats-Unis keynésiens, une Europe monétariste
L’explication est malheureusement simple. Alors que l’Europe s’interdit quasiment toute mesure de relance de son économie (Espagne à part), les Etats-Unis ont déjà utilisé tous les leviers de la politique économique pour amortir la crise. C’est au second trimestre que les ménages Américains ont reçu un chèque du gouvernement qui a permis de stimuler la consommation. Mais surtout, les Etats-Unis profitent à plein de la politique monétaire de la Fed, qui a baissé ses taux de 3,25 points en un an. Cette politique a un double effet positif : un abaissement du coût du crédit (y compris à long terme) et surtout une baisse de la valeur du dollar qui pénalise les importations et favorise les exportations. Résultat, sur les 3,3% de croissance du second trimestre, 3,1 sont directement attribuables au commerce extérieur puisque les importations ont baissé de plus de 7% alors que les exportations ont progressé de 13% (plus que la Chine !!!).
On pourra objecter que la hausse récente du dollar (qui s’explique par la résistance de l’économie Américaine par rapport à l’économie européenne) devrait modérer l’impact du commerce extérieur. Cependant, malgré les mouvements récents, le dollar reste largement sous-évalué par rapport à l’euro… En fait, les Etats-Unis exportent leur récession vers les autres pays. Mais le plus triste est de constater que la BCE laisse faire cela alors que si elle avait baissé ses taux elle aussi, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Le pire est que cette issue, parfaitement comparable aux suites de l’éclatement de la bulle Internet (où la Fed avait rapidement baissé les taux et la BCE avait tardé), était prévisible, comme le montre cette note de février… Je vais me risquer à une nouvelle prévision : dans quelques mois, avec la baisse de l’inflation et l’effondrement de la croissance, la BCE va finir par baisser ses taux, trop tard, comme en 2002…
Ce nouvel exemple montre que ce ne sont pas les politiques qui ne peuvent plus rien faire puisque les Etats-Unis arrivent à modérer une crise pourtant extrêmement forte. Cela montre surtout qu’il y a une démission des responsables européens pour protéger les peuples européens de cette crise.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/08/29/l-econo...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : récession, croissance, fed, bce, europe, etats-unis




Commentaires
Article intéressant sur la position de la CNUCED :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/05/les-banques-centrales-montrees-du-doigt-par-la-cnuced_1091728_3234.html
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 05.09.2008
@Laurent
Bien qu'étant moi même keynésien je ne suis pas d'accord avec vos propos.
En premier lieu il faut savoir que le calcul du PIB aux USA est relativement plus laxiste qu'en Europe, bon nombre d'économiste pensent que ces derniers sont déjà en récession. Ensuite le modèle américain n'est pas keynésien, la seule chose que les américain ont retenu de Keynes sont les plans de relance mais ils ont oublié que le keynésiannisme ne fonctionne que si l'augmentation de la demande intérieures se fait sur la consommation de produit locaux, et malgré la dévaluation du dollars le déficit commercial reste abyssale toujours de l'ordre de 700Md$ il faut le rappeler.
La relance de la demande va à nouveau accroitre le déficit commerciale sans relancer la production, en fait les USA usent de la même technique depuis 1974 mais cette fois çà ne marchera pas. Le risque majeur pour les USA est une explosion de l'inflation et l'effondrement pure et simple du dollars. Or vous dites que le dollars est sous-évalué par rapport à l'euro c'est faux l'UE a un excédent commerciale avec les USA et non un déficit. Le vrai problème est plutôt que les asiatiques ont collés leurs monnaie le Yen et le Yuan sur la valeur du dollars, si l'euro est surévalué c'est surtout face aux monnaies d'Asie, il faut regarder la balance commerciale pour savoir si telle ou telle monnaie est surévalué.
Donc pour conclure faire des relances c'est évidement nécessaire mais il faut au préalable faire en sorte que ce soit les produits locaux qui soit consommé. Il faut surtout des politiques protectionnistes pour que les relances ne nous mettent pas dans la situation catastrophique des USA de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne.
D'ailleurs à une période ou les USA était protectionnistes 1% d'accroissement de la dette produisait 4% de croissance du PIB. Aujourd'hui c'est l'inverse il faut 4% de croissance de la dette pour obtenir seulement 1% de croissance du PIB, c'est bien la preuve qu'une politique keynésienne sans le cadre conceptuel protectionniste qui va avec peut s'avérer dangereuse. Dans le premier cas la richesse nationale croit toujours plus vite que la dette, dans le deuxième cas la dette croit toujours plus vite que le PIB condamnant le pays au surendettement et au paiement des intérêts qui vont avec.
Au fait à voir l'interview de Jacques Sapir sur le site de DLR:
http://www.debout-la-republique.fr/Georgie-La-position-de-L-Union.html
Ecrit par : yann | 05.09.2008
@ Yann,
Je suis d’accord sur le point qu’une relance doit se faire en s’assurant que le surplus de demande sera dépensé en produits locaux, sinon, cela ne sert à rien. Mais c’est justement ce que réalisent les Etats-Unis. Ils relancent après avoir provoqué une forte dépréciation de leur monnaie, ce qui permet d’éviter que ce plan de soutien soit dépensé en produits importés. C’est ainsi qu’ils ont réussi ce paradoxe de soutenir la consommation tout en réduisant leurs importations de 7% en deuxième trimestre, prouvant que ce plan a servi les productions locales.
Le fait de relancer la demande en période de récession économique est un précepte keynésien clé, issu des erreurs de la Grande Dépression. Et pour le coup, les Etats-Unis l’appliquent. Mais ils stimulent également la demande par la dépréciation du dollar (en dynamisant les exportations) et la baisse des taux.
Je ne suis pas d’accord sur la sous-évaluation du dollar. Certes la balance commerciale des Etats-Unis est largement déficitaire, mais cela ne signifie pas que le dollar soit surévalué. Cela signifie surtout que les Américains consomment beaucoup plus que les autres pays puisqu’ils n’épargnent pas. A 1,6 dollars l’euro, The Economist estimait que l’euro était surévalué de 50%. À parité de pouvoir d’achat, on peut estimer que la valeur de l’euro tournerait plutôt autour de 1,1 dollars. Juger la valeur du monnaie par rapport au commerce extérieur me semble difficile : comment juger du niveau de l’euro quand on sait que l’Allemagne a un énorme excédent et l’Espagne un énorme déficit…
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 05.09.2008
@laurent
"Juger la valeur du monnaie par rapport au commerce extérieur me semble difficile : comment juger du niveau de l’euro quand on sait que l’Allemagne a un énorme excédent et l’Espagne un énorme déficit…"
Vous touchez là du doigt le principal problème de la conception de l'euro, c'est bien parce qu'il n'y a qu'une seul monnaie pour plusieurs économie qui diverge que la zone euro est en panne. L'Allemagne devrait relancer sa demande intérieure, et l'Espagne devrait dévaluer mais ni 'lune ni l'autre ne peuvent agir. Les européeistes n'ont tout simplement pas pensé à ce problème cruciale d'adaptation de la malheur monétaire aux performances du commerce extérieur et c'est une erreur qui a mon humble avis sera fatal à la construction européenne.
Pour ce qui est des USA je diffère de votre avis dans le sens ou je ne perçois pas les USA comme capable de controler la valeur de leur propre monnaie. Pour contrôler la valeur d'une monnaie il faut avoir des réserve dans d'autre monnaies couramment utiliser sur les marchés internationaux. Par exemple si la chine veut faire baisser le dollars elle écoule son surplus monétaire en achetant des euros ou du yen. Mais elle peut le faire parce que son commerce extérieur est largement excédentaire et qu'elle possède d'énormes réserves. A l'inverse si elle veut faire monter la valeur du dollars elle achète des bons du trésor américain et la rareté momentanné sur le marché mondiale va faire grimper la valeur du dollars. MAIS LES USA n'ont pas de réserve, leur monnaie est par définition la monnaie de réserve mondiale mais ils ne peuvent pas la faire monter, seulement la faire descendre donc ce n'est pas vraiment un contrôle. En réalité la baisse du dollars est inéluctable ses rebonds sont juste le fruit des manipulations bancaire chinoise, européenne ou japonaise et des grands acteurs économiques internationaux les américains ne contrôlent rien. Et puis demandez vous de combien il faudrait dévaluer le dollars pour équilibrer la balance US face à la chine! Ce que nous risquons de bientôt voir c'est la remise en cause du droit de monnaie de réserve des USA, et comme la valeur du dollars n'est garantit par rien d'autre que la convention qui date de Bretton-Woods cette monnaie finira par ressemblez au rouble des années 90.
Ecrit par : yann | 05.09.2008
@ Yann
Complètement d'accord sur le jugement concernant l'euro : l'Europe n'est pas une Zone Monétaire Optimale et nous en payons le prix depuis trop longtemps...
Concernant les Etats-Unis, je pense qu'ils maîtrisent en partie le cours de leur monnaie par le jeu des taux d'intérêts, qui orientent en partie le cours du dollar (comme la dépréciation brutale consécutive à la baisse des taux commencée l'été dernier). Bien sûr, le rôle du marché est important, mais ils conservent une influence certaine.
Sur la fin du dollar, je suis circonspect. Si les ratios Américains rendent un tel scénario a priori inévitable, cela fait depuis tellement longtemps qu'on nous l'annonce et que rien ne se passe que j'avoue avoir des doutes...
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 05.09.2008
C'est pas gagné pour les USA.
Les chiffres du chômage ne sont pas bon.
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/le-chomage-americain-au-plus-haut-depuis-5-ans_162009.html?xtor=RSS-123
Ecrit par : RST | 05.09.2008
Ecrire un commentaire