14.09.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : le constat et les solutions de Lionel Jospin
Il y a quelques jours, Lionel Jospin a publié une tribune intéressante avec François Morin, économiste, ancien membre du conseil de la Banque de France, au sujet de la crise financière. Cette tribune brille néanmoins davantage par son constat que par les esquisses de solution.
Le constat, à défaut d’être nouveau, a le mérite d’être clair. Les auteurs expliquent assez bien la mécanique de la libéralisation. Dans un premier temps, ont été libéralisés les marchés monétaires et financiers. Mais, les variations consécutives des taux et des cours des monnaies ont poussé les entreprises à chercher à se protéger avec des produits dérivés garantissant les cours. Les auteurs soulignent l’ironie que représente le fait « de libéraliser les prix pour se protéger ensuite contre leurs variations ». Mais ces produits se sont transformés ensuite en placements financiers, dont les transactions atteignent aujourd’hui 1,4 million de milliards de dollars, plus de 30 fois le PIB mondial. Les auteurs notent que les transactions liées à l’économie réelle ne représentent plus que 2,2% des échanges monétaires.
Ils soulignent justement, dans une analyse proche de Joseph Stiglitz, que les débordements de l’économie financière ont de plus en plus tendance à influencer l’économie réelle. La crise financière actuelle, qui vient essentiellement des Etats-Unis, a ainsi tellement bouleversé les marchés financiers mondiaux que l’Allemagne, où les prix de l’immobilier sont stables depuis 10 ans, est également affectée. On pourrait ajouter que la crise boursière de 1987 n’avait pas eu d’impact sur l’économie réelle. Ils soulignent très justement que le développement anarchique de la sphère financière influence de plus en plus la sphère productive. En outre, le développement de ces outils a permis l’enrichissement considérable d’une petite élite puisque les près de cent mille personnes qui détiennent plus de trente millions de dollars ont un patrimoine équivalent au quart de la richesse annuelle mondiale !
La partie sur les solutions est moins convaincante car les idées ne sont pas suffisamment développées. Les auteurs proposent en vrac une régulation des agences de notation par le FMI, l’augmentation de la transparence (notamment dans les « paradis fiscaux »), la fusion FMI-BRI en vue du développement d’une monnaie internationale, enfin, la taxation sur les mouvements de capitaux. S’il faut réformer le mode de notation des entreprises, on peut se demander en quoi la confier aux bureaucrates du FMI assurera une meilleure évaluation. Une meilleure séparation des intérêts des agences de notation semble une voie plus sûre. De même, la gestion d’une monnaie internationale par des bureaucrates ne ferait que renforcer les travers du système. Enfin, l’augmentation de la transparence des « paradis fiscaux » (quel nom détestable !) est bien timide : il faudrait plutôt mettre fin à ces anomalies du système économique !
Si le constat sur les dangers du système néolibéral est bien illustré, les solutions restent timides, limitées et parfois bien peu pratiques, malgré les innombrables livres récemment sortis sur le sujet. Une nouvelle illustration de l’incapacité des socialistes à penser la réforme du système néo-libéral.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/05/faire-f...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, le monde, jospin, joseph stiglitz




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