16.09.2008

Le monde malade de sa finance

Décidemment, la crise des subprimes n’en finit plus avec le coup de semonce provoqué par la mise en faillite de Lehman et le rachat de Merrill Lynch par Bank of America. Les bourses mondiales ont à nouveau plongé hier, risquant d’enfoncer toujours plus l’économie mondiale dans la dépression.

Alan Greenspan n’a pas eu peur d’affirmer que la crise actuelle est la plus forte depuis cinquante ans, voir un siècle. Et il est vrai que cette crise financière n’en finit plus de s’amplifier à tel point qu’on se demande jusqu’où elle pourra aller malgré les interventions répétées des Etats et des banques centrales. Il y a déjà dix jours, les Etats-Unis avaient été contraints à une nationalisation de facto de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux principaux organismes de crédit hypothécaires Américains. Pour sauver ces entreprises, dont l’encours de crédit dépasse les cinq mille milliards de dollars, pour un capital de seulement 88 milliards, l’Etat Américain s’est engagé à hauteur de deux cents milliards de dollars. C’est cette absence d’intervention financière de l’Etat qui a poussé Lehman à la faillite en l’absence de repreneur après l’échec des négociations avec Barclays. Déjà, l’assureur AIG semble devoir être la prochaine victime…

Nous sommes sans doute en présence de la plus grave crise financière depuis 1929, puisque malgré les interventions massives des autorités publics, nous n’arrivons pas à en sortir. Malheureusement cette crise illustre les immenses limites de la libéralisation de la finance. Tout d’abord, ces interventions, si elles sont sans doute nécessaires pour éviter un effondrement encore plus violent, créent ce que Joseph Stiglitz appelle un « aléa moral », qui fait que le système financier prend trop de risques parce qu’il sait que l’Etat viendra à la rescousse. L’étendue des dangers que fait courir la finance au monde est bien illustrée par cette crise, uniquement Américaine au début, et qui fait pourtant plonger l’Europe dans la récession. Enfin, on peut tout de même se demander pourquoi l’Etat Américain est prêt à dépenser des centaines de milliards pour sauver des entreprises, mais pas grand-chose pour aider les millions de ménages qui ont perdu leur maison. Cette hiérarchie est assez effrayante.

Mais le plus grave est sans doute l’absence totale de réaction des politiques, notamment en Europe et en France. Si les autorités publiques cherchent à combattre a posteriori les effets de cette crise, il faut noter que les politiques semblent à peine concernés sur le vieux Continent et que pas grand monde ne semble chercher des solutions pour corriger le système a priori. Pourtant, de nombreuses pistes existent : de nombreux économistes plaident pour une taxation de tous les mouvements de capitaux, qui aurait le double bénéfice de dégonfler la bulle financière et de faire davantage contribuer la finance à la collectivité. Une révision en profondeur des ratios financiers semble également nécessaire. Avec des capitaux propres qui représentaient moins de 2% de ses engagements, il était évident que Fannie Mae et Freddie Mac étaient des châteaux de carte. Et même les ratios de Bâle 2, à 8% ne sont pas suffisants en cas de baisse sévère de la valeur des actifs, comme nous le voyons aujourd’hui…

Si l’ampleur de la crise financière est effrayante, on peut se demander si l’absence de réflexion politique sur les conséquences à y donner ne l’est pas encore plus. Car outre le sauvetage du système, il faut également réfléchir à son meilleur encadrement pour éviter de refaire les mêmes erreurs.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/08/cinq-qu...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/13/freddie...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/15/lehman-...

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bâle_II

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