30.09.2008

Crise financière : et si nous n’avions pas évité le pire ?

Vous avez aimé les subprimes ? Vous allez adorer les CDS (Credit Default Swaps) ! Malheureusement, les premiers ne sont qu’un glaçon de 1 000 milliards de dollars par rapport à l’iceberg de plus de 50 000 milliards de dollars que représentent les CDS…

Patrick Artus et Marie-Paule Virard expliquent bien dans leur livre prémonitoire sorti en juillet, « Globalisation, le pire est à venir » les mécanismes de transmission de la crise financière à partir des subprimes, ces emprunts hypothécaires qui sont adossés à  la valeur de l’immobilier. « Pour améliorer leurs ratios de fonds propres, les banques ont cédé leurs risques à des investisseurs non bancaires, en émettant des centaines de milliards d’euros de titrisation (…), non comptabilisés dans leur bilan ». L’idée des banques était de sortir de leur bilan les emprunts immobiliers, de manière à améliorer leurs ratios financiers. Cette pratique, qui consiste à vendre l’emprunt sous la forme d’un titre de créance à d’autres investisseurs, permet également d’augmenter l’effet de levier en augmentant les actifs par rapport au capital détenu, et donc la rentabilité, tant que la valeur des actifs monte… Ces titres étaient vendus à d’autres institutions financières, mais pouvaient également revenir dans les banques, par le biais  des placements…

Ce découpage a donc répandu le risque de manière peu lisible dans les institutions financières. Les banques, rassurées par la vente de ces créances, se sont donc permises de prêter n’importe comment à n’importe qui, en prenant des risques inconsidérés. C’est ainsi que les ménages qui avaient acheté une maison à 200 000 dollars se sont vus proposer une rallonge équivalente à la hausse de la valeur de leur bien. Les banques Américaines ont même créé des emprunts dont les premières mensualités étaient minorées pour attirer le chaland, sans vraiment vérifier que leurs clients pourraient rembourser les mensualités majorées. En outre, les taux variables ont encore accru les difficultés des ménages. Résultat : près de trois millions de ménages ont perdu leur maison, faute de pouvoir payer leur emprunt !

Le problème de ce château de carte est que, dès que le prix des actifs baisse (ce qu’il a déjà fait de 20% aux Etats-Unis), la crise s’auto entretient, dans un remake de la Grande Dépression. En effet, la baisse de la valeur des actifs et les difficultés de remboursement des ménages pousse les institutionnels à vendre les biens qu’ils possèdent pour trouver des liquidités, ce qui amplifie encore la baisse de la valeur des actifs. En outre, la mise en place des nouvelles règles comptables, où tous les actifs sont valorisés à la valeur actuelle du marché (avant ils étaient valorisés à la valeur d’achat), amplifie encore le phénomène. En effet, la baisse de la valeur des actifs dégrade les ratios financiers, ce qui force les investisseurs à vendre, amplifiant à nouveau la baisse des cours. Bref, la réglementation actuelle amplifie les chocs du marché.

Et malheureusement, les subprimes ne sont que la partie visible de l’iceberg financier que l’économie mondiale pourrait rencontrer. Toujours de manière à augmenter leur rentabilité, les banques ont créé les Credit Default Swaps, des contrats financiers bilatéraux de protection où un acheteur verse une prime annuelle à un vendeur pour compenser un éventuel défaut de paiement sur un actif. Ces contrats, qui garantissent aujourd’hui plus de 50 000 milliards de dollars d’actifs, posent de nombreux problèmes. Tout d’abord, ils ne requièrent pas la moindre mise de fonds de protection pour garantir l’actif de la part du vendeur. Une banque peut ainsi garantir des milliards de dollars sans mettre le moindre cent de côté. C’est justement tout l’intérêt de ce type de contrat puisqu’il augmente les revenus des banques sans alourdir leur bilan, ce qui permet, à nouveau, d’augmenter la rentabilité.

Malheureusement, si les défauts de paiement se multiplient, cela provoque des pertes nettes pour les vendeurs, qui n’ont pas mis le moindre argent de côté en face de ce risque. En fait, ce sont les CDS qui ont provoqué la chute de Lehman et d’AIG. Et si les autorités publiques font aujourd’hui tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter la moindre faillite (même Lehman a fini par être racheté), c’est pour éviter l’effet boule de neige que provoqueraient les CDS. En effet, la faillite d’un établissement exposerait tous les autres établissements à des pertes qui s’ajouteraient à celles des subprimes et de la baisse de valeur des actifs immobiliers ou boursiers. Il est donc obligatoire de sauver les établissements financiers pour que le système ne s’effondre pas complètement en quelques semaines, ce que les républicains ont du mal à comprendre…

La corbeille a pris un pouvoir auquel les politiques ont bien accepté de renoncer. Il est grand temps de rentrer plus avant dans le détail de la re-réglementation nécessaire pour assainir le monde de la finance. C’est pourquoi les digressions sur des coupables qui ne seront jamais punis sont plus qu’inutiles.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/22/les-hed...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Credit_default_swap

Patrick Artus, Marie-Paule Virard, « La globalisation, le pire est à venir », La découverte

Commentaires

ouhla !! tout ça est compliqué pour moi !

Pour le dire plus simplement, on peut les CDS ont eu pour effet de nourrir les actifs des banques par des titres virtuels gagés sur la confiance accordée à diverses dettes ? Quand la confiance s'erode, l'actif fond. C'est un peu ça ?

Écrit par : Malakine | 01.10.2008

@ Malakine,

J'ai un peu creusé la question pour mieux comprendre ce qui se passe. En fait, les CDS génèrent des revenus (compte d'exploitation) sans avoir d'impact sur le bilan puisque ces assurances ne nécessitent pas de mettre de côté de l'argent. Normalement, elles devraient faire croître le bilan, puisqu'il y a un engagement, mais elles ne le font pas, ce qui permet à nouveau d'augmenter la rentabilité des capitaux.

Ces engagements ne présentent de danger que quand il y a faillite qui impose à l'assureur de rembourser alors qu'il n'a pas mis d'argent de côté. C'est pourquoi les autorités cherchent à éviter toute faillite, dont la contagion serait sans doute rapide...

Clairement, cela montre à nouveau que la maladie du "capitalisme financier" est le leverage : cette manière, pour les banques, d'augmenter leur rentabilité par rapport à leurs capitaux, non en augmentant la rentabilité de chaque investissement, mais en augmentant la taille de leurs engagements par rapport à leurs capitaux en trouvant des combines pour que cela ne tombe pas dans leur bilan, de manière à respecter des ratios prudentiels.

En espérant avoir été clair.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 01.10.2008

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