10.10.2008
La méthode Trichet contre la méthode Sarkozy
Des péripéties de la réunion du G4 à l’Elysée à la décision spectaculaire des banques centrales de baisser les taux d’intérêt de manière concertée, ces deux dernières semaines ont permis une comparaison intéressante entre la méthode du président Français et celle des banquiers centraux…
D’un côté, les banques centrales se sont coordonnées dans la plus grande discrétion pour annoncer une baisse significative des taux d’intérêt de manière concertée dans la plupart des pays occidentaux (zone euro, Etats-Unis, Royaume Uni, Suède, Suisse…). Si cette baisse des taux n’a pas permis d’éviter la poursuite de l’effondrement des Bourses, la stabilisation d’hier semble indiquer qu’elle a peut-être permis de tempérer (momentanément) le pessimisme irrationnel et auto réalisateur des marchés. D’ailleurs, elle a sans doute permis d’éviter une baisse plus violente des Bourses puisque le CAC 40 perdait plus de 8% en début de matinée mercredi et que sa cotation avait été interrompue du fait d’un trop grand afflux d’ordres de vente. Au moins, d’un point de vue « militaire », cette opération aura été parfaite par la coordination qu’elle aura démontrée des banques centrales et leur capacité à agir par surprise.
Comment ne pas voir la différence flagrante avec la préparation du sommet du G4 de samedi dernier ? Si Nicolas Sarkozy a parfaitement raison de proposer une réunion aux grands pays européens, la réalisation a démontré un amateurisme inquiétant. En effet, l’Elysée a laissé filtrer son désir de mettre en place un équivalent du plan Paulson sans même s’assurer que nos partenaires étaient sur la même longueur d’onde. Christine Lagarde a même avancé le chiffre de 300 milliards d’euros dans un journal Allemand, ce qui a provoqué un mini incident diplomatique avec Angela Merkel qui a contraint la France à revenir sur sa position. C’est ainsi que le résultat de la réunion a été bien inférieur à ce à quoi pouvaient s’attendre les marchés. Cet échec, dû à une mauvaise préparation, explique sans doute en bonne partie l’effondrement des Bourses à partir de lundi.
Mais si sur la méthode, Jean-Claude Trichet a été bien meilleur que Nicolas Sarkozy, il n’en va pas de même sur le fond. Tout d’abord, la baisse des taux de la BCE est la première… 15 mois après le déclenchement de la crise : bonjour la réactivité ! Si les taux avaient été baissés plus rapidement et plus fort, les banques européennes seraient sans doute en meilleure situation aujourd’hui, par la baisse du coût du crédit que cela aurait permis en Europe. En outre, le différentiel de taux des deux côtés de l’Atlantique reste stupéfiant avec 3,75% en Europe et 1,5% aux Etats-Unis. Si la Fed a pris la mesure de la crise, la BCE ne l’a pas encore fait, comme en 2001. En outre, les récentes prévisions du FMI montrent que la baisse rapide des taux de la Fed n’empêchera pas la baisse de l’inflation l’an prochain aux Etats-Unis au même niveau qu’en Europe. La BCE a donc maintenu ses taux pour rien.
À force de privilégier les effets d’annonce et de vouloir communiquer pour montrer qu’il agit, le président finit par privilégier la posture à l’action, comme le montre la préparation catastrophique de la réunion de samedi dernier. La méthode Sarkozy n’est malheureusement pas adaptée à la crise que nous vivons.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/10/09/le-chan...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, sarkozy, trichet, fed, bce, taux d'intérêts




Commentaires
Une question: à force de baisser les taux, ne sont-ils pas en train de nous préparer la prochaine crise (en supposant qu'on survive à celle la) à base d' hyperinflation par exemple ?
Je rappelle quand même qu'à l'origine de cette crise il y a la baisse des taux aux USA après le 11 septembre.
Écrit par : RST | 10.10.2008
@ RST
Je pense qu'il n'y a aucun risque d'hyperinflation dans les années à venir tant que la bulle financière va se dégonfler. Son dégonflement devrait au contraire provoquer un risque de déflation comparable à celui qu'a vécu le Japon. Je parie que dans 6 mois, on parlera de ce risque de déflation... D'ailleurs la baisse agressive des taux aux USA n'a pas provoqué de hausse de l'inflation.
Résultat, je crois qu'il faut pousser la baisse des taux beaucoup plus rapidement et qu'un plan de soutien ambitieux ne présentent que le risque de sauver l'économie productive.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 10.10.2008
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