24.10.2008

Audiovisuel : ce qu’il y a de Berlusconi en Nicolas Sarkozy

Cette semaine, le gouvernement a avancé sur la grande réforme de l’audiovisuel voulue par Nicolas Sarkozy. Elle restera une des réformes les plus choquantes de l’équipe au pouvoir.

Début 2008, lors d’une conférence de presse, Nicolas Sarkozy annonce la fin de la publicité sur le service public. Après avoir demandé à une commission de travailler sur le sujet, le projet de loi a été examiné par le gouvernement et le moins que l’on puisse dire est que ce projet représente une anomalie démocratique, qui rapproche la France de l’Italie de Berlusconi. Car comment voir autrement la reprise en main direct du service public par un Nicolas Sarkozy qui en nommera désormais directement le président ? Pire, dans le même temps, la suppression de la publicité sur France Télévisions, couplée à l’augmentation de la durée de cette même publicité sur les chaînes privées, va se transformer en jackpot financier pour des chaînes, dont il faut rappeler que la première est possédée par le témoin de mariage du président.

Ce mélange des genres berlusconien n’est pas digne d’un pays démocratique. Avec la suppression de la publicité et la nomination de son président directement par l’Elysée, le Service Public sera plus que jamais sous la coupe de l’exécutif. La présence de la publicité garantissait une forme d’indépendance dans la mesure où ses ressources ne dépendaient pas complètement de décisions politiques. Demain, France Télévisions sera pieds et mains liés. Mieux, comment ne pas considérer que l’énorme avantage financier que Nicolas Sarkozy accorde aux chaînes privées ne constitue pas un traitement de faveur ? Comment les dirigeants de TF1, déjà proches de l’Elysée, ou de M6, ne pourraient pas être reconnaissants d’une telle décision qui va grandement améliorer leurs résultats ?

Pire, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système où Nicolas Sarkozy et ses affidés disposent de 3/4 du temps de parole médiatique. En effet, la règle des trois tiers (un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité et un tiers pour l’opposition) a été bouleversée par l’activisme présidentiel. Nicolas Sarkozy occupe à lui tout seul un quart de l’espace politique médiatique. Résultat, la règle des trois tiers s’est transformée en un quatre-quarts bien indigeste où la majorité dispose de 75% du temps de parole, alors qu’elle réunit au mieux 35% des voix… Et il faut être clair, les taxes mises en place pour financer le Service Public sans publicité ont toutes les chances de finir par être payées par les Français…

La richesse de l’actualité et l’activisme du président ne permettent pas l’émergence d’un véritable débat sur les médias. Pourtant, quand on met bout à bout tout ce qui se passe, il est difficile de ne pas voir un triste parallèle entre notre pays et l’Italie de Berlusconi.

Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/10/22...

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