26.10.2008
Ces vices du marché qu’il faut corriger
« Le laisser faire ! Le laisser passer ! appliqué à l’économie (…) a souvent, (…) donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Ce constat du Général de 1965 est plus que jamais d’actualité.
C’est sans doute le principal bienfait de cette crise que de désarmer durablement les ayatollahs du tout marché. Bien sûr, un grand nombre d’entre eux continuent à défendre l’efficience du marché libre, rejetant la crise actuelle sur des comportements individuels (traders, Alan Greenspan…). Ceux-là somment les Etats de déverser des centaines de milliards pour sauver le système tout en exigeant que les banques qui seraient nationalisées soient privatisées le plus rapidement possible. Mais le parallèle saisissant entre les milliards déversés pour sauver les banques et une crise économique qui s’annonce dure montre bien que le marché a de graves vices qui seront difficiles à oublier.
Le premier vice du marché est sa tendance à l’alignement par le bas. Même si la globalisation a permis une hausse des salaires en Chine, il faut bien reconnaître qu’elle a provoqué une stagnation des revenus des classes populaires en Occident et une forte hausse des inégalités puisque les hauts salaires, eux, en ont beaucoup profité. Comme le montre Jean-Luc Gréau dans « L’avenir du capitalisme », le libre-échange non régulé provoque une « déflation salariale » pour les emplois qui peuvent être délocalisés. De même, l’euro pousse à une concurrence malsaine entre les pays européens puisque chaque point de hausse de salaire de moins est un point de compétitivité prix de mieux. De même, en matière de norme, le marché peut pousser à un alignement par le bas, comme le montrent les délocalisations d’activités polluantes dans les pays peu regardants…
Le second vice du marché est son caractère cyclique et les rudes secousses qu’il provoque depuis toujours. De la crise de la Tulipe au 17ème siècle au krach actuel, en passant par la crise de 1929, le krach de 1987, l’effondrement de l’immobilier au début des années 90, la crise japonaise, la crise asiatique de 1997 ou l’éclatement de la bulle Internet, l’histoire démontre « l’exubérance irrationnelle » des marchés, à la hausse comme à la baisse. Bien plus que la politique monétaire de la Fed, la responsabilité de la crise actuelle repose sur l’incapacité des marchés à correctement évaluer le prix des biens puisqu’ils cèdent trop souvent à des mouvements moutonniers de hausse comme de baisse. Le problème est que la libéralisation des marchés a augmenté la fréquence des crises et leur impact sur l’économie réelle, ce qui appelle à une re-réglementation pour protéger les citoyens des conséquences de ces crises.
Le troisième vice du marché est son fonctionnement imparfait. Comment ne pas comprendre aujourd’hui que le système actuel est aberrant puisque les banques pouvaient proposer des crédits à des ménages peu solvables, leur faisant prendre de gros risques, tout en sachant qu’elles pouvaient s’assurer contre tout impayé, créant une asymétrie complètement anormale ? De même, les dirigeants des grands banques et les traders ont touché des milliards de bonus sur des transactions qui ne reposaient sur rien, et qui ont plongé le monde dans sa plus grave crise depuis 1929, imposant aux Etats d’injecter des centaines de milliards pour éviter un cataclysme financier. « La privatisation des profits et la collectivisation des pertes », dénoncé par The Economist démontre un disfonctionnement majeur.
Ce fonctionnement imparfait se retrouve également dans les oligopoles ou les rentes de situation que certaines entreprises arrivent à obtenir, parfois grâce au lobbying. En outre, comme le montre Robert Reich dans « Supercapitalisme », le marché n’a pas la moindre moralité et si Yahoo a besoin de dénoncer des internautes pour faire du business en Chine, il le fera. Bref, le « laisser faire, laisser passer » n’est pas la solution. Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter le capitalisme : l’économie de marché a tout de même démontré une capacité à stimuler le développement économique grâce à l’ingéniosité humaine. En revanche, il doit être beaucoup mieux encadré par l’Etat, seul garant de l’intérêt général pour éviter au maximum tous les excès qu’il provoque.
S’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, comment ne pas constater que le capitalisme dirigé des 30 Glorieuses s’est transformé en un monstre dangereux à cause de la déréglementation.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/18/les-imb...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, libéralisation, charles de gaulle, robert reich




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