27.10.2008

Paradis ou enfers fiscaux ?

La semaine dernière, une polémique a commencé sur ce qu’on appelle les « paradis fiscaux », ces trous noirs de la finance. Il semble que la crise financière pourrait enfin remettre en question l’existence de ces zones de non droit qui n’ont pas lieu d’être.

Le simple choix du terme « paradis » indique le rapport ambigu que beaucoup ont avec ces territoires. Il est d’ailleurs absolument incroyable qu’un tel terme soit employé par les médias pour définir des lieux dont 40% des capitaux seraient d’origine criminelle. Le terme « paradis » indique après tout que les autres pays seraient des « enfers fiscaux », faisant basculer la notion de bien du côté de ces territoires qui abritent l’argent de la drogue alors que le mal serait du côté des Etats démocratiques ! Il est grand temps de trouver un autre nom à ces lieux qui sont la lie de l’humanité : « enfers fiscaux », « zones de non droit fiscal », « trous noirs fiscaux » seraient des termes plus appropriés à la réalité de ce que sont ces territoires qui n’ont été tolérés que trop longtemps par les Etats démocratiques.

Car quelle est la réalité de Monaco, du Liechtenstein, d’Andorre, voire de la Suisse ou du Luxembourg ? Le Monde cite un rapport affirmant que 40% des quelques 10 000 milliards de dollars qui s’y trouvent seraient d’origine criminelle. Ces enfers de la morale sont les endroits où les criminels de toute la planète peuvent recycler leur argent en toute impunité. En un sens, en permettant de financer la criminalité internationale, ces territoires sont des complices de ces criminels. Bien sûr, une part importante de leur activité (60% selon le même rapport) sont de la « simple » évasion fiscale. Néanmoins, l’évasion qu’ils entraînent sape la solidarité des pays démocratiques en leur faisant perdre des milliards (30 à 40 pour la France) et ces zones de non droit ont contribué à la crise financière, comme l’ont montré les faillites de Bear Sterns et Northern Rock, plombés par les pertes de filiales situées dans ces zones qui échappent à la réglementation.

C’est Angela Merkel qui a montré la voie à suivre il y a quelques mois en menant une opération coup de poing contre le Liechtenstein. La semaine dernière à Paris, la France a également montré sa volonté de lutter contre ces zones de non droit dans une réunion où le Luxembourg s’est abstenu de paraître. Il est proprement incroyable que tant de petits pays en Europe puissent encore continuer leurs pratiques. Par delà la nécessaire levée du secret bancaire dans ces pays, on peut se demander si la solution ne consiste pas à une interdiction pure et simple de tout mouvement de fond vers ces pays tant qu’ils n’ont pas accepté de se soumettre à un minimum de règles de bon sens. Les Etats européens ont les moyens de faire pression sur ces anomalies fiscales. La question est : en avons-nous vraiment la volonté ?

La question de la réforme de ces « enfers fiscaux » n’est qu’une question de volonté. Ces micro Etats ne possèdent pas les moyens de résister au blocus que nous pourrions leur imposer. Il est positif que la question de leur réforme avance, mais on peut s’interroger si cela n’est pas juste un affichage.

Source : http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/artic...

 http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0,49-1109294,0.html

Commentaires

On entend effectivement beaucoup parler en ce moment de ces "zones de non droit financières" Je suppose qu'on ce qu'on entend et ce qu'on lit surprendra beaucoup de gens. Personnellement j'avoue avoir découvert l'ampleur du phénomène, que je sous estimais totalement. Cela pose une question : Comment se fait-il que les Etats aient laissé faire cela si longtemps ??

Il me semble ques les opinions publiques ne vont pas tarder à se dire que les gouvernants occidentaux de ces 20 dernières années ont oublié toute notion d'intérêt général pour faire la politique des élites oligarchiques mondialisées.

Écrit par : Malakine | 27.10.2008

Tout l'intérêt du sujet se concentre en ce moment sur le Luxembourg, il suffit de regarder la tête de Jean-Claude Juncker, pour voir qu'il n'en mène pas large après le discours de Sarkozy.
Amusant : Clearstream vient de gagner contre Denis Robert !
Décidemment les paroles et les actes !!!

Écrit par : ozenfant | 27.10.2008

Une association comme ATTAC dénonce depuis très longtemps les paradis, pardon les "enfers" fiscaux. Laurent a raison, le mot "paradis" est tout à fait inapproprié.

Une fois n'est pas coutume, je suis tout à fait d'accord avec Ozenfant. Ce qui arrive à D.Robert est indigne. C'est un vrai scandale. Il se bat seul depuis des années contre une machine totalement opaque qui permet aux capitaux de s'échanger en toute discrétion. En plus ce type est persécuté par la justice.

Pour plu de détail on peut lire ici : http://www.volle.com/opinion/robert.htm

Écrit par : RST | 27.10.2008

@Laurent

Et bien pour une fois je vais faire le contradicteur face à ce que je trouve être une accusation mal placé. Je vais vous posez une question est ce que vous trouvez normale laurent qu'un état impose sa fiscalité, ou plutôt sa vision de la fiscalité à un autre état?

Personnellement je répondrais par la négative, croyant profondément en l'indépendance des nations. De ce fait je n'en veut pas aux suisses ou aux luxembourgeois de faiblement taxée les riches ou les entreprises. Par contre suivant ce même principe il est effectivement anormale que ces nations nous imposes leurs propres fiscalité pour cause de concurrence à la baisse fiscale. Le cœur du problème n'est donc pas l'existence de région où la fiscalité est basse, de même que le problème du libre-échange n'est pas l'existence d'état rémunérant peu les salariés. NON, le problème c'est l'ouverture des frontières qu'elle soit commerciale ou financière, c'est l'ouverture des frontière pour les capitaux qui est responsable de la concentration des grands groupes dans les "paradis" fiscaux. C'est à la liberté de circulation des capitaux qu'il faut s'attaquer et non au bouc émissaire des paradis fiscaux, contre lesquels d'ailleurs nous ne pourrons rien faire de concret, Londre est par exemple le plus grand paradis fiscale de la planète comptez vous attaquer la Grande-Bretagne? Il nous faut faire dans la circulation de capitaux la même chose que dans la circulation des marchandise, les règlementer et les limiter par exemple aux investissements directes, c'est comme cela qu'il faut s'y prendre sinon nous nous lancerons dans des luttes stériles sans effets concret chaque paradis fiscale éliminer menant probablement à la création d'un nouveau.

Écrit par : yann | 28.10.2008

@ Yann,

Point très juste concernant l'indépendance nationale, auquel je ne peux que souscrire. Et il est vrai que la restriction des mouvements de capitaux est une solution (que j'évoque dans mon papier).

En revanche, je ne trouve pas normal le secret bancaire et la protection des capitaux issus de la criminalité. Il y a pour moi une complicité criminelle qui n'est pas acceptable. Les rapports évoquent une part de capitaux sales de 40% : c'est énorme et n'est pas normal.

Je ne propose pas de faire la guerre loin de là. Ce que j'évoque dans la note est une interdiction des mouvements de capitaux ou une forme de blocus. Je crois qu'il est important d'agir pour ne pas encourager plus encore l'harmonisation par le bas provoquée par la globalisation.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 28.10.2008

Je suis d'accord avec Yann, sauf que le qualificatif de nation ne me semble pas vraiment s'appliquer aux iles caïman, à Andorre ou au Lichtenchein.

Écrit par : Malakine | 29.10.2008

Des solutions pour remettre de l'ordre dans le monde de la finance. Cela inclut la lutte contre les paradis fiscaux.

C'est une synthèse très bien faite selon moi et c'est ici, :

http://www.chomage-et-monnaie.org/Documents_html/Edito.html

Écrit par : RST | 31.10.2008

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