03.11.2008

La bonne blague de l’euro protecteur

Les défenseurs du « laisser faire ! laisser passer » ont été désarçonnés par l’ampleur de la crise financière et la nécessaire intervention de l’Etat. Ils ont donc trouvé un autre mythe auquel se rattacher : la monnaie unique européenne, sa banque et son président, qui nous auraient sauvés de plus grands malheurs.

Cette petite musique commence à se répandre dans les médias qui avaient jadis défendu la supériorité de la déréglementation et du libre marché. Alors qu’Alan Greenspan aurait fait n’importe quoi, l’Europe aurait la chance d’être protégée par Jean-Claude Trichet et la BCE, ainsi que le soutient cette tribune du Monde. Première idée reçue à laquelle il faut tordre le cou : la politique de la Fed a été excessivement laxiste par rapport à celle de la BCE. Bien sûr, Alan Greenspan a baissé les taux plus rapidement que Jean-Claude Trichet en 2001 comme en 2007, mais il les avait également monté plus rapidement, au point d’aborder la crise de 2001 avec des taux à 6,5% aux Etats-Unis contre 5% en Europe et celle de 2007 à 5,25% contre 4%. Si la Fed agit plus fermement pour relancer l’économie, elle a agi plus fermement que la BCE pour dégonfler les bulles (d’où le fait que tout se déclenche aux Etats-Unis).

Deuxième idée reçue : la BCE nous protège économiquement. On se demande bien de quoi ! L’inflation a dérapé des deux côtés de l’Atlantique et les citoyens y ont perdu autant de pouvoir d’achat. Pire, alors que la crise est partie des Etats-Unis, c’est sur le continent européen que la récession est arrivée en premier puisque le PIB recule dans la zone euro depuis le 2ème trimestre alors qu’il n’a commencé à baisser qu’au 3ème trimestre aux Etats-Unis. La baisse rapide des taux de la Fed a permis une dépréciation du dollar qui a soutenu les exportations Américaines et amortit le début de la crise. Au contraire, les psychopathes de Francfort ne veulent rien savoir et maintiennent des taux délirants (3,75% contre 1% aujourd’hui encore), renchérissant le coût du crédit pour les banques à un moment où elles n’en ont pas besoin et entretenant la surévaluation de l’euro qui provoque des délocalisations massives.

Le seul argument qui pourrait être valable serait la stabilité monétaire évoquée dans l’article du Monde, encore que… Le journaliste soutient que l’euro nous a permis de ne pas être attaqué par les marchés. Pourtant, en trois mois, l’euro s’est déprécié de 20% par rapport au dollar. En outre, si certains pays ont eu besoin du soutien de la BCE, il faut noter qu’il s’agit de petites économies, sans rapport possible avec la taille de la France. En outre, on peut se demander en quoi il aurait été gênant de voir notre monnaie se déprécier de 30% au lieu de 20. En fait, cela aurait contribué à un plus grand rééquilibrage des parités monétaires. L’euro est encore surévalué de plus de 20% par rapport au dollar. Un réajustement plus brutal aurait été à l’avantage de nos exportations. Qui plus est, cela nous aurait sans doute permis de baisser les taux plus rapidement et de stimuler l’économie.

Dans cette crise, l’euro ne nous a pas protégé de l’inflation. Pire, la monnaie unique a pénalisé notre croissance par le maintien de taux trop élevés qui ont entretenu une surévaluation dévastatrice de l’euro pour nos exportations. Il n’y a aucune raison de remercier Monsieur Trichet.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/11/01/l-euro-...

Commentaires

Non seulement l'Euro ne nous a protégé de rien, mais même si la politique de Trichet avait été la bonne, rien ne nous aurait empêché de la copier, avec le franc.

Écrit par : ozenfant | 03.11.2008

Oui ! Soyons en colère ! Revenons à l'écu !

Pfff...

Euro, Francs, etc... le résultat face à la crise sera le même, arrêtez un peu !

Écrit par : Mr CioL | 10.11.2008

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