04.11.2008
Inégalités et ascenseur social
Il y a dix jours, The Economist a publié la synthèse d’une étude de l’OCDE sur les inégalités et la mobilité sociale. Une nouvelle pièce à charge contre un système économique dont la justice est à nouveau remise en cause.
Cette étude mesure les inégalités de revenus et la mobilité sociale, estimée par le rapport entre les revenus des parents et ceux des enfants. Ses conclusions sont doubles : depuis 20 ans, les inégalités de revenus sont en hausse dans les pays de l’OCDE. Et la comparaison des pays montre un très fort lien entre le niveau des inégalités et la mobilité sociale : plus les inégalités sont fortes, moins la mobilité sociale l’est. Assez logiquement, une distribution des revenus très inégalitaire complique l’ascension sociale des citoyens comme le montre le cas Américain où le coût désormais exorbitant des études supérieures complique grandement l’accès des classes populaires et moyennes aux meilleures universités. Mais, au-delà de la situation Américaine, cette étude montre à nouveau que les sociétés occidentales ont tendance à se fossiliser et qu’une nouvelle aristocratie de l’argent se met en place.
La situation est différente par pays. Les Etats-Unis, le Royaume Uni ainsi que l’Italie sont à la fois les pays les plus inégalitaires et les pays où la mobilité sociale est la plus faible, battant en brèche l’idée du « rêve Américain ». Contrairement aux idées reçues, la société Américaine est une des sociétés où il est le plus difficile de monter l’échelle sociale. Ensuite, viennent l’Allemagne, la France et l’Espagne, dans une position médiane, l’Espagne restant assez inégalitaire, contrairement à la France et l’Allemagne. Enfin, le Danemark, la Norvège et le Canada sont, dans l’ordre, les pays les plus égalitaires et surtout ceux où le lien entre les revenus des parents et des enfants sont les plus faibles, signe que l’ascenseur social fonctionne à plein. Ces chiffres confirment les idées reçues sur la différence entre le modèle anglo-saxon et le modèle européen ainsi que le caractère égalitaire des pays scandinaves.
Cette augmentation des inégalités et cette fossilisation des sociétés occidentales n’est pas un bon signe pour l’avenir, car elle porte en elle les ferments d’une remise en question plus profonde de leur unité. Car peut-on espérer que les classes populaires et moyennes acceptent durablement et sans se révolter des sociétés où ils ne voient presque jamais les fruits de la croissance économique ? Peut-on espérer qu’ils accepteront à jamais un modèle économique qui ne leur permet quasiment pas d’espérer que leurs enfants vivent mieux qu’eux demain ? Il y a un vrai risque de désespérer nos sociétés si nous n’arrivons pas mieux à les organiser pour que les fruits de la croissance soient mieux partagés. Il ne s’agit pas de stigmatiser les classes aisées ni même forcément de monter leurs impôts : elles doivent le plus souvent leur position à leur dur travail et profitent d’une situation qu’elles n’ont pas forcément voulue.
Mais il revient à l’Etat et aux politiques de mieux organiser nos sociétés pour que le travail et l’éducation permettent aux plus méritants, quelques soient leur origine sociale de s’émanciper et de permettre un meilleur partage des fruits de la croissance, comme pendant les 30 Glorieuses.
Source : The Economist 25 octobre
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ocde, the economist, inégalités, mobilité sociale




Commentaires
@Laurent,
La panne de l'ascenseur social est un de mes dadas !
Et l'on ne peut qu'approuver ce que tu dis.
Je fais précisément mon texte du jour sur l'aspect endoctrinement du sujet, pour la sortie de la traduction en Français du livre de Noam Chomsky qui pire que pour Emmanuel TODD a été l’objet de campagnes de disqualification d’autant plus vives et régulières qu’il a su détailler, calmement, l’imposture d’un discours à géométrie variable sur les "droits de l’homme", lequel, souvent, couvrait les forfaits de l’Occident. Bêtises et calomnies : comment interdire de débat la pensée de Noam Chomsky.
www.acrimed.org/article1416.html
Ecrit par : ozenfant | 04.11.2008
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