08.11.2008
Un autre regard sur la victoire de Barack Obama
La victoire de Barack Obama a souvent été réduite au rejet de l’administration Bush, à l’impact de la crise économique, à ses talents d’orateur et à sa couleur de peau. Il y a pourtant d’autres aspects de l’élection du sénateur de l’Illinois à la présidence des Etats-Unis qui méritent d’être soulignés.
Premier point qui n’a sans doute pas été suffisamment mis en avant : Barack Obama a mené sa campagne d’une main de fer dans un gant de velours, démontrant un leadership peu commun. Alors qu’il affrontait des machines électorales expérimentées et qui avaient démontré leur efficacité, il a réussi à constituer de zéro une organisation qui s’est révélée être la meilleure de la campagne. Non seulement Barack Obama avait le plus grand nombre de donateurs ou de militants sur le terrain, mais il a su également constituer une équipe redoutablement efficace, extrêmement cohérente et professionnelle, qui n’a jamais tremblé, même lors des moments difficiles (retour d’Hillary, déclaration du pasteur ou rebond de John McCain). Alors que la campagne a démontré les carences des équipes d’Hillary Clinton et John McCain, qui ont été sévèrement remaniées en cours de route, celle de Barack Obama a mené campagne de manière extrêmement fluide et organisée. En outre, il a su réunir un grand nombre d’experts de qualité.
Mais Barack Obama s’est également démarqué de ses concurrents à travers la tonalité moins négative de sa campagne. Même s’il a critiqué très fortement l’administration Bush et n’a pas hésité à lancer des attaques parfois abusives contre son concurrent John McCain, il est constamment resté moins négatif que ses adversaires, alors que les campagnes Américaines ont souvent tendance à devenir des combats de boue. Tant Hillary Clinton que John McCain sont allés beaucoup plus loin dans les attaques contre le futur vainqueur. Barack Obama a diffusé une moins grande proportion de spots publicitaires négatifs que ses rivaux et est allé moins loin dans les attaques abusives. En cela, il faut espérer que cette campagne marque une inflexion des pratiques détestables des campagnes Américaines.
En revanche, vu d’Europe, la victoire de Barack Obama n’est pas une victoire de la gauche. Bien sûr, les démocrates se situent à gauche du parti républicain, et Barack Obama a tenu des discours très fermes contre les banquiers et les financiers. Mais ces propos ne sont pas plus durs que ceux de Nicolas Sarkozy. En outre, sur un certain nombre de sujets de société, il ne faut pas oublier que le futur président a des positions qui le mettraient très à droite de l’échiquier politique Français, que ce soit pour le port d’armes ou pour la peine de mort. Un écrivain avait dit que « les Américains viennent de Mars et les Européens de Vénus » : il ne faut pas l’oublier quand on juge Barack Obama. De même, sur l’économie, il faudra attendre les premières mesures pour le juger. Si certaines parties de son programme sont encourageantes (couverture maladie, impôts), d’autres, notamment sur la régulation de la finance, le sont moins.
Beaucoup de politiques et de journalistes ont souligné que l’élection d’un métis à la tête des Etats-Unis représentait un exemple pour notre pays, soulignant notre retard dans la représentation des minorités au sein de la classe politique. Il est vrai que l’Assemblée Nationale et le Sénat ne présentent pas une grande diversité, à part pour les départements d’outre-mer… Cependant, n’oublions pas qu’au début de la Cinquième République, le second personnage de l’Etat, le président du Sénat, Gaston Monnerville, était noir, à une époque où la ségrégation était encore de mise aux Etats-Unis… Il faut donc relativiser le retard Français, même si l’uniformité actuelle de notre représentation nationale ne peut pas être considérée comme satisfaisante. En même si depuis 2007, notre gouvernement est plus divers, on peut s’interroger sur les limites d’un casting où la couleur de peau ou l’origine semblent passer avant la compétence.
Barack Obama est un homme politique très professionnel qui a mené une très bonne campagne et démontré des qualités qui semblent le qualifier pour le bureau ovale de la Maison Blanche. Espérons qu’il soit à la hauteur des espérances qu’il a soulevées, pour les Etats-Unis, comme pour le monde.
10:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, obama




Commentaires
Un beau billet, guidé par une analyse lucide, pertinente et surtout nuancée ! Le discours des partisans d'Obama est ici, en France, souvent si incisif, si arrogant, si frontal qu'il est agréable d'entendre un autre son de cloche, où le mot mesure prend tout son sens.
Écrit par : Villèle | 08.11.2008
Oui, je suis d'accord avec Villèle, l'analyse est originale.
Mais là où l'analyse est différente de celle de Sarkozy, c'est qu'Obama n'aurais jamais commencé son mandat par l'erreur magistrale d'accorder des diminutions d'impôts aux + riches.
Le retard "d'anti racisme" n'est pas le fait du peuple français.
C'est le retard exclusif d'un PS raciste à l'égard des Noirs et des Arabes, racisme qui provoque d'ailleurs, en réaction et par complexe le discours de la langue de bois bien pensante et pro immigration chère aux bobos.
Enfin le PS n'est certainement pas à gauche du parti Démocrate américain, puisqu'il cautionne depuis 1983 des aides sociales aux classes aisées que ne connaissent pas les USA !!
(Il me semble qu’en matière sociales le PS est à droite de De Gaulle, à l’exception peut-être de l’assistanat anarchique aux immigrés (mêmes illégaux).
De Gaulle n’était pas socialiste, mais au-delà des étiquettes, il était profondément humain. Il a donc toujours lutté pour REDUIRE LES INEGALITES. Non pas les inégalité de naissance, mais les inégalités de classe.
Il me semble que si deux êtres identiques en aptitudes et en courage devraient pouvoir bénéficier du même destin quelque soit le milieu social et ethnique de leurs parents.
Hors, subrepticement la démocratie, dans son innocence structurelle, à laissé se reformer les tares ataviques de l’homme, elle a lentement et hypocritement refondé les dynasties écartée en 1789. Les barons, les comtes et les ducs sont maintenant politiques, industriels, médiatiques et artistiques. Le chevaliers sont sportifs. Et quiconque n’appartient pas à ces dynasties, ne fréquente pas l’école des chevaliers de l’Insep, l’école des
Barons ou de l’ENA, les écoles des Contes du de Sciences PO (L'ancien diplôme "médias et journalisme" est intégré à l'école.) ou l’école des ducs de l’industrie d’HEC. Tous ces fils à Papa se préemptent et se co-optent, placés çà et là aux postes clefs par un piston omni-présent.
De Gaulle haïssait cela.
Écrit par : ozenfant | 09.11.2008
@ Ozenfant
Pour aller dans ton sens, le Général aurait dit qu'il "n'aimait pas les communistes, parce qu'ils sont communistes, qu'il n'aimait pas les socialistes, parce qu'ils ne sont pas socialistes et qu'il n'aimait pas les siens parce qu'ils aiment trop l'argent". Ton point rejoint ma note sur les inégalités et l'ascenseur social d'il y a quelques jours.
Un bémol cependant sur le ton de la fin de ton commentaire. Je ne crois pas tellement que le problème soit le piston, il s'agit plus du problème de l'accès des enfants de classes populaires aux meilleures études supérieures, qui, ensuite, continue à ouvrir les portes. Et, avec notre système de concours, être seulement fils à papa ne permet pas d'accéder à HEC ou l'ENA : il faut quand même beaucoup bosser !!! Attention à ne pas céder à un discours un peu trop facile qui risque de ne pas être écouté.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 10.11.2008
Bonjour Laurent,
Je suis américain et je veux ajouter quelque chose sur l'élection d'Obama.
L'histoire des États-Unis diffère fondamentalement de la France à propos des "minoritès" et des "immigrés".
"La minorité noire" est bien américaine "profonde", depuis trois siècles en fait. Émotionellement la patrie est la sienne, même si politiquement les noirs ont subi pleins d'injustices.
À utiliser du langage gaulliste, la sueuer et l'effort des noirs ont bâti les États-Unis. Et les fêtes de famille noir ("family reunions") dans le Sud compte des centaines d'individus. Regardez ce lien svp.
http://www.reedpuryearfamily.com/photogallery2/page2.htm
Aussi, Obama avait une mère et des grands-parents blanches qui l'ont élevé. Il n'a pas une mentalité séparatiste ou intégriste.
À continuer, merci d'avoir publié votre profil, ça aide un lecteur de mieux comprendre un blogueur.
J'ai trouvé forte intéressante cette phrase: " Je suis profondément attaché à ma patrie, que je vois comme une communauté solidaire qui permet aux citoyens de se dépasser."
Je vais y penser.
One more thing.
Le site Marianne a ajouté l'expression TINA dans l'introduction à votre article sur le rebond de Sarkozy.
Je ne l'ai pas du tout compris. J'ai recherché et LOL j'ai appris que l'expression est anglais et remonte à Thatcher et au néo-liberalisme. One learns something new every day.
Cheers, IRA in new york city
Écrit par : Ira | 13.11.2008
"by the sweat of their labor" sounds much better in English, oh well, j'ai essaye en francais, au moins
http://www.google.com/search?hl=en&safe=off&ie=ISO-8859-1&q=%22+by+the+sweat+of+their+labor%22&btnG=Search
Écrit par : ira | 14.11.2008
@ Ira,
Merci pour les précisions.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 14.11.2008
"Non seulement Barack Obama avait le plus grand nombre de donateurs ou de militants sur le terrain, mais il a su également constituer une équipe redoutablement efficace ..."
Laurent, est-ce vous connaissez http://dailykos.com ?
C'est un site très innovateur à propos de "cyber grassroots democracy" aux ÉU.
Ce n'est pas directement lié à Obama, mais la plupart de ses lecteurs/blogueurs lui ont donné leur soutien et le dialogue ouvert, très axé sur la tactique, représente bien la campagne d'Obama.
Écrit par : ira | 14.11.2008
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