10.11.2008

Le divorce franco-allemand

Depuis près de cinquante ans, le rapprochement entre notre peuple et le peuple allemand est une des plus belles réussites de nos classes politiques. Mais en seulement 18 mois, Nicolas Sarkozy a provoqué un refroidissement inédit de nos relations avec notre voisin d’outre-Rhin.

C’est le Général de Gaulle qui avait compris avant tout le monde que notre pays devait se rapprocher de notre principal adversaire d’hier pour transcender les guerres et les morts et poser les fondations d’une forte amitié franco-allemande. Il avait compris que le projet de Communauté Economique Européenne n’était pas suffisant et qu’il fallait aller plus loin. C’est ainsi qu’il a conclu le pacte franco-allemand avec le chancelier Adenauer, qui fut le seul dirigeant politique à avoir les honneurs d’être reçu à la Boisserie. Bien sûr, en 1963, le parlement allemand avait délayé l’accord signé par ces deux grands hommes en rappelant l’importance du lien avec les Etats-Unis, mais le temps a fait son œuvre et les dirigeants suivants ont mis leurs pas dans ceux du Général et du Chancelier pour œuvrer à un rapprochement inédit de nos peuples.

Que ce soit Valéry Giscard d’Estaing, avec Helmut Schmidt, François Mitterrand, avec Helmut Kohl ou Jacques Chirac avec Gerhard Schröder, les dirigeants de nos deux pays ont su passer outre leurs différences politiques pour faire du couple franco-allemand le pilier de l’Europe, pour le meilleur (la réaction contre la guerre en Irak) ou le pire (Maastricht). Mais en tout cas, ces dirigeants, qui n’étaient pas du même bord politique, ont su apporter leur pierre au rapprochement entre nos deux peuples. Cet acquis diplomatique a toujours été considéré comme un des piliers de notre diplomatie, dans un consensus que personne n’a semblé vouloir remettre en question. Bien sûr, il y a eu des périodes de tensions, mais au global, le couple franco-allemand, initié il y a 45 ans, est resté une priorité diplomatique pour l’ensemble de nos présidents.

Et dans ce domaine également, Nicolas Sarkozy a apporté une détestable rupture. Pire, cette rupture est notamment une conséquence du comportement assez léger du président Français. Cela a commencé par des embrassades très tactiles, qui sont diversement appréciées selon les cultures. Cela a continué avec la mention de « Monsieur Merkel » lors de la remise du prix Charlemagne, alors que c’était le nom du premier mari de la chancelière allemande, et des allusions douteuses sur la proximité du président avec la chancelière. Imagine-t-on la réaction des médias Français si Angela Merkel avait appelé Carla Cécilia ? Par-delà ces anecdotes triviales, il y a aussi le comportement du président français qui lance des idées sans consulter sa partenaire (fonds de soutien pour la crise, présidence de l’Eurogroup…) ou qui cherche à récupérer toute la gloire des sommets européens (Lisbonne).

L’Allemagne, discrètement, mais fermement, obtient en général gain de cause : le traité de Lisbonne est un décalque du TCE, l’Union pour la Méditerranée a vu ses ailes rognées, l’accord sur les émissions polluantes automobiles favorise les constructeurs allemands. En fait, les deux partenaires d’hier ne sont plus que deux pays comme les autres au sein de l’Union Européenne. Nicolas Sarkozy a provoqué un refroidissement historique de nos relations. Il a mis entre parenthèse une des plus belles réussites de notre diplomatie, à un moment où justement, nous aurions pu aller encore plus loin sur de nombreux sujets. En effet, la guerre d’Irak a refroidi durablement la relation de l’Allemagne avec les Etats-Unis et la crise financière remet en cause un capitalisme anglo-saxon auquel nos deux pays n’ont jamais complètement fait confiance. Le colbertisme Français et le modèle rhénan Allemand pourraient s’unir pour définir un nouveau capitalisme tourné vers les hommes et non vers une déréglementation dogmatique.

Par la faute de Nicolas Sarkozy, le couple franco-allemand s’est durablement éloigné au moment même où il pouvait participer plus que jamais à la réécriture du modèle économique et diplomatique mondial. Certes, il y aura un après Sarkozy, mais que de temps perdu, au pire des moments !

Commentaires

Allez, je vais me faire l'avocat du diable...

Selon moi, les torts sont partagés!


Le divorce est bien visible dans la crise avec les solutions "nationales" de la République fédérale... Or c'est bien de l'Allemagne dont nous avons besoin pour réaliser un véritable protectionnisme européen.

Merkel semble prise dans des considérations politiciennes et avec les élections du Bundestag 2009, elle ne veut surtout pas apparaître de "gauche". Les prochaines élections seront donc fondamentales.

"La femme la plus puissante de la planète" à la diplomatie impeccable ne fait pas forcément preuve d'une grande habileté dans le gestion de cette crise car elle semble prisonnière de sa base "CDU".

Et avec son rival Steinmeier aux affaires étrangères et vice-chancelier dans les pattes, Merkel se trouve dans une situation délicate.

Sans cela, nous n'aurons plus qu'à abandonner l'euro avec les italiens...

Écrit par : René Jacquot | 11.11.2008

Écrire un commentaire