11.11.2008
L’incroyable résurrection de Gordon Brown
Si la crise économique a contribué à l’élection de Barack Obama aux Etats-Unis, ses conséquences ne se sont pas arrêtées à l’Océan Atlantique. En Europe, elle a provoqué un sursaut des gouvernements en place, notamment en Grande-Bretagne, où le rebond de Gordon Brown est spectaculaire.
Le Premier ministre anglais est décidemment le spécialiste du grand huit dans les sondages. Ayant succédé à Tony Blair sans élection, le terne ministre des finances avait connu une brève lune de miel dans les sondages pendant l’été 2007, qui avait permis aux travaillistes de repasser devant les conservateurs. Les bons sondages et la possibilité d’y gagner une onction démocratique lui avait fait envisager des élections législatives anticipées à l’automne. Mais, après quelques atermoiements et cafouillages gouvernementaux, Gordon Brown y avait finalement renoncé, entrant dans un cycle infernal qui a fait de lui le Premier ministre le plus impopulaire depuis John Major. Le plongeon des travaillistes dans les abîmes des sondages est d’autant plus fort que les conservateurs ont réussi à se réformer de manière spectaculaire sous la houlette de David Cameron, qui s’inspire ouvertement des méthodes de… Tony Blair en recentrant son parti.
Il y a quelques semaines, la question était plutôt de savoir si Gordon Brown allait pouvoir terminer son mandat ou s’il allait carrément subir les affres d’un putsch interne pour le renverser. Cet été, le ministre des affaires étrangères, David Miliband, un des favoris pour lui succéder, avait entretenu la polémique à travers une tribune ambiguë. Mais finalement, la convention des Travaillistes fin septembre s’était bien passée pour le Premier ministre, malgré un retard de plus de vingt points dans les sondages par rapport aux conservateurs. Le parti au pouvoir hésitait alors à lancer une guerre civile avant les élections qui auront lieu au plus tard en 2010. Puis, la crise financière s’est brutalement amplifiée et après quelques hésitations, Gordon Brown a mis au point le plan qui a inspiré tous les autres leaders, à savoir nationalisation partielle ou totale des banques en difficulté et garantie des échanges interbancaires. Il a également remanié le gouvernement en y faisant entrer Peter Mendelson, son ancien ennemi.
Et depuis l’annonce de ce plan, la popularité du Premier ministre est tellement remontée dans l’opinion que certains travaillistes se demandent s’il ne faudrait pas convoquer des élections anticipées, même si les conservateurs ont toujours près d’une dizaine de points d’avance dans les sondages. Après tout, les conséquences de la crise risquent de rendre à nouveau les travaillistes impopulaires alors que le retour en grâce de l’Etat les favorise sur le moment. L’expérience de Gordon Brown peut également apparaître comme plus rassurante que la jeunesse de David Cameron, même si ce dernier a réussi à radicalement transformer l’image des conservateurs. Pour soutenir cette option, malgré tout improbable, les travaillistes peuvent s’appuyer sur le beau résultat d’une élection législative partielle en Ecosse qui a vu le candidat travailliste l’emporter avec plus de 50% des voix.
Malgré tout, le formidable recentrage politique des Tories rend quasiment impossible une victoire de Gordon Brown aux élections législatives. L’envie de changement des Britanniques devraient être renforcée par la crise, même si sa bonne gestion permettra sans doute une défaite honorable au Labour.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/22/le-gouvernement-britannique-opte-pour-une-relance-keynesienne_1109760_1101386.html#ens_id=1110013
09:55 Publié dans Actualités, International | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grande-bretagne, gordon brown, david cameron, labour, tories




Commentaires
Le passé de ministre des finances de Gordon B. lui a permis de prendre un métro d'avance sur les autres dirigeants Européens.
La profonde implication de la perfide Albion dans la finance, en fait aussi la plus importante victime immédiate de la crise.
La NON prise de décision de Christine Lagourde concernant notre économie réelle sinistrée aura des répercussions moins immédiates, mais plus lourdes encore... à long terme.
Écrit par : ozenfant | 11.11.2008
@ Ozenfant
Complètement d'accord : la France est un des derniers pays à ne pas avoir annoncé de vrai plan de relance de l'économie, contrairement aux Etats-Unis, à l'Espagne, la Chine, la Grande-Bretagne, et, il me semble (mais je ne suis pas sûr), l'Allemagne...
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 11.11.2008
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