12.11.2008
Le cocktail Sarkozy : un tiers Chirac, un tiers Mitterrand et un tiers Giscard
Nicolas Sarkozy a construit sa candidature et sa victoire en 2007 en s’appuyant sur une volonté de rupture avec les politiques menées pendant les trente dernières années. Pourtant, à y regarder de plus près, sa « rupture » est une compilation inspirée de ces trois prédécesseurs.
Le premier de ses inspirateurs était sans doute… celui contre qui il avait dirigé la « rupture », à savoir son principal mentor en politique, Jacques Chirac. Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy a été formé par ce dernier, qui l’a repéré en 1975. En 1981 et 1988, l’actuel président fut le président des jeunes du RPR et à ce titre un des premiers soutiens du candidat Chirac. Bien sûr, il y a eu 1993, mais pendant près de vingt ans, Nicolas Sarkozy fut d’abord un chiraquien, et même un intime de la famille. Les plus jeunes ne s’en souviendront pas, mais il y a du Jacques Chirac des années 80 (alors surnommé le bulldozer…) dans son activisme forcené. Son affrontement avec le président en exercice n’était pas sans rappeler l’opposition entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing jusqu’en 1981. Enfin, l’incroyable variabilité des discours du président (du défenseur du libéralisme au dénonciateur de la spéculation, du communautariste au républicain) rappelle aussi la plasticité de Jacques Chirac, qui avait également utilisé les services d’Henri Guaino lors de sa campagne victorieuse de 1995…
Mais, Nicolas Sarkozy a également pris à François Mitterrand, avec qui il partage la formation d’avocat. On retrouve chez lui aussi la variabilité du discours, le président socialiste étant passé du centre-gauche sous la Quatrième République (avec le soutien de l’extrême droite pour sa première campagne en 1946 !) à la gauche toute pour 1981 avant de revenir vers le centre en 1988 avec le « ni ni ». D’ailleurs, le virage à droite de Nicolas Sarkozy ressemble au virage à gauche de François Mitterrand en 1981, dans un but de rassembler son camp. On retrouve également chez le président en fonction le même cynisme qui permettait au président sortant en 1988 de mentir les yeux dans les yeux du candidat Chirac lors du débat d’entre deux tours. Après tout, Nicolas Sarkozy, qui dénonçait l’idée de François Bayrou de mettre au gouvernement des personnes de gauche et de droite pendant toute la campagne a fini par s’y rallier en faisant comme s’il avait promis l’ouverture pendant sa campagne. Le président actuel a la même capacité à dire tout et son contraire avec la même incroyable capacité de conviction.
Enfin, Nicolas Sarkozy a beaucoup repris à Valéry Giscard d’Estaing, l’inventeur de l’hyper présidence. Les férus d’histoire politique le savent : le président actuel n’est pas le premier à refuser le partage traditionnel du pouvoir avec le Premier ministre et le gouvernement. Déjà sous la présidence Giscard, un président avait complètement concentré tous les pouvoirs, passant par-dessus la tête de son Premier ministre, rendant des arbitrages sans forcément le tenir au courant. Valéry Giscard d’Estaing avait également voulu incarner une forme de rupture avec l’engoncement des précédents présidents en communiquant tous azimuts, faisant du sport sous les caméras, s’invitant chez les Français, changeant radicalement le style de la photo du président. Enfin, on retrouve également chez lui une hypertrophie incroyable de l’ego qui fait de lui le centre du monde et qui a une si large influence sur leur politique. Au final, c’est peut-être de lui dont il est le plus proche, ayant également gagné à sa première candidature.
Nicolas Sarkozy a repris les recettes de ces prédécesseurs parce qu’ils sont arrivés à l’Elysée. Ce faisant, il n’a malheureusement pas choisi leurs meilleurs côtés. Il aurait été bien inspiré de prendre le sens de l’Etat et de la représentation de Jacques Chirac et de ne pas oublier l’importance du couple franco-allemand.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, jacques chirac, françois mitterrand, valéry giscard d'estaing




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