15.11.2008

La crise (1/4) : le plus gros de la récession est devant nous !

Hier matin sur RTL, la ministre de l’économie Christine Lagarde s’est livrée à un exercice d’autosatisfaction assez incroyable à propos de la croissance. Outre le fait que cette présentation des faits ne résiste pas à une analyse un tant soit peu sérieuse, elle oublie le principal, à savoir que le pire est devant nous.

Le PIB de la France a progressé de 0,1% au 3ème trimestre, nous faisant échapper à une récession (deux trimestres de contraction de l’activité), contrairement à la zone euro. Mais le triomphalisme de Madame Lagarde est assez indécent. Tout d’abord, il rappelle celui de l’annonce du premier chiffre de croissance du 1er trimestre, alors 0,6%, mais qui a fini par être révisé deux fois à la baisse, pour ne plus atteindre que 0,4% aujourd’hui. En clair, le 0,1% de croissance pourrait bien se transformer en - 0 ,1% d’ici quelques semaines. Ensuite, un chiffre trimestriel a un sens limité, comme le montrent les fortes variations rapportées par Eurostat. L’Allemagne a ainsi connu une croissance assez incroyable de plus de 1% de son PIB au 1er trimestre. Globalement, il vaut mieux regarder la croissance sur un an. Et là, la position de la France est moins avantageuse puisque notre PIB a cru de 0,6%, mieux que l’Italie (-0,7%) ou le Royaume Uni (0,3%) mais moins bien que l’Espagne (0,8%) ou l’Allemagne (0,8% également).

Bref, le  principal fait à retenir des statistiques publiées cette semaine est le ralentissement considérable de l’activité dans l’ensemble des pays développés, et le bond du chômage impressionnant aux Etats-Unis ou en Espagne. Le FMI prédit qu’en 2009, pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale, l’activité se contractera au global dans les pays développés. La récession que nous traversons est d’une nature plus grave que toutes celles que nous avons connues depuis plusieurs générations. Et, malheureusement, les chiffres du 3ème trimestre ne sont sans doute qu’un petit hors d’œuvre par rapport à ceux du 4ème trimestre à venir. Tout le monde semble oublier que le calendrier de la crise financière n’a finalement que peu concerné ce 3ème trimestre déjà si mauvais. La faillite de Lehman a eu lieu le 15 septembre, le rachat d’AIG le 16 septembre et les marchés ne se sont vraiment effondrés que début octobre.

Il suffit de demander aux commerçants pour savoir que le gros de l’impact de la crise financière sur l’activité n’a eu lieu qu’à partir du mois d’octobre. D’ailleurs, les ventes d’automobiles se sont effondrées le mois dernier et le 4ème trimestre en France verra de nombreuses fermetures d’usine (Peugeot, Renault, Arcelor), qui auront un effet important sur la croissance. Il y a fort à parier que l’activité se contractera de 0,5 à 1% sur le seul 4ème trimestre, soit un rythme annuel de 2 à 4%, la plus forte récession du monde occidental depuis la Grande Dépression. Si la plupart des instituts continuent à prévoir une récession en forme de V (c’est-à-dire suivie d’une reprise rapide), le cas du Japon dans les années 80 fait craindre un L (une longue dépression). À titre d’exemple, le Nikkei se situe à moins de 25% de sa valeur de 1989 et la production industrielle actuelle équivaut à celle de 1991 ! V ou L ? À dire vrai, est-il possible de le savoir aujourd’hui ?

L’exercice indécent d’autosatisfaction du gouvernement pourrait se justifier dans un contexte moins difficile. Ici, il confine au ridicule, à la veille d’une chute bien plus brutale qui va provoquer des conséquences toujours plus douloureuses pour de nombreux Français.

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/11/14/la-zone...

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page?_pageid=1996...

Demain, ces casinos qu’on appelle des bourses

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