16.11.2008

La crise (2/4) : ces casinos qu’on appelle des bourses

Il y a encore un peu plus de deux mois, le marché était roi. Il convenait forcément de le « laisser faire » pour reprendre un qualificatif du Général. L’amplification de la tempête financière aura au moins permis de montrer des limites que beaucoup refusaient simplement de voir.

Car les bulles spéculatives sont aussi vieilles que l’existence des libres marchés. Le premier cas de  bulle spéculative rapportée par les livres d’économie concerne les bulbes de tulipe aux Pays Bas au 17ème siècle. Un bulbe de tulipe a pu valoir jusqu’à l’équivalent de deux maisons (!!!) avant de s’effondrer… Plus près de nous, le krach de 1929, dans des économies très peu régulées, a provoqué une violente dépression économique qui a mis un quart de la population Américaine au chômage et a poussé l’Allemagne dans les bras d’Hitler. Depuis 20 ans, dans les pays occidentaux, à cause d’une déréglementation massive des marchés financiers, les chocs se sont faits plus nombreux : krach boursier de 1987, dépression du Japon depuis 1990, effondrement des marchés immobiliers au début des années 90 (qui ont perdu un tiers de leur valeur dans de nombreux pays), éclatement de la bulle Internet en 2001, puis la crise d’aujourd’hui..

Comment ne pas voir les limites de marchés qui valorisaient une action France Telecom 219 euros en 2000, puis seulement 7 un an après ? Comment ne pas voir les limites d’un système où les banques proposaient des prêts à des ménages pauvres tout en se séparant du risque, ce qui ne les poussait pas à prendre beaucoup de précautions sur la capacité de remboursement des emprunteurs ? Bref, au lieu de pacifier les hommes comme le prétendaient les théoriciens libéraux du 18ème siècle, les marchés semblent avoir une fâcheuse tendance à exacerber les problèmes. Finalement, c’est bien Alan Greenspan qui avait raison en parlant « d’exubérance irrationnelle ». De nombreux penseurs soulignent également le côté moutonnier du marché, à savoir que la hausse nourrit la hausse et la baisse la baisse, menant à des excès dans les deux sens, avant que l’ancre que représente la réalité ne finisse par mettre fin à l’exubérance.

Le problème vient des conséquences de la formation, puis de l’explosion de ces bulles. Aux Etats-Unis, trois millions de ménages ont perdu leur maison sans intervention de l’Etat alors que presque toutes les banques ont été sauvées. La crise actuelle montre à nouveau à quel point les soubresauts complètement irrationnels du marché affecte l’économie réelle, contraignant les gouvernements à déverser des centaines de milliards pour éviter un effondrement total du système financier. Mais, entre temps, ce sont des hommes et des femmes qui sont les victimes de ces soubresauts. Et ces mouvements irrationnels des marchés compliquent de nombreux investissements. Le prix du permis d’émission de CO2 varie tellement en Europe, où le marché a été mis en place, que les industriels hésitent à investir tant la rentabilité de leur projet se retrouve bouleversée par les mouvements du marché, ce qui a fait dire à The Economist (!!!) qu’un système de taxe était peut-être préférable pour permettre certains investissements.

Bien sûr, il ne s’agit pas de remettre en cause le fonctionnement des marchés financiers, mais leur folie intrinsèque nécessite à la fois un encadrement très strict et sans doute une réduction radicale de leur taille pour protéger l’économie réelle. Des pistes trop radicales pour le G20…

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/11/12/la-bourse-ou-la-vie-le-chantage-des-marches-par-les-gracques_1117671_3232.html

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