25.11.2008
La France en retard d’un plan de relance
Nicolas Sarkozy s’agite beaucoup depuis le début de la crise mais la réunion d’hier avec Angela Merkel révèle à nouveau les carences d’une présidence qui privilégie encore et toujours la communication sans rien véritablement régler.
Le moins que l’on puisse dire est que le couple franco-allemand est au point mort. Nicolas Sarkozy ne sait décidemment pas y faire avec la chancelière allemande. Elle obtient beaucoup (traité de Lisbonne identique au TCE, normes environnementales pour les constructeurs automobiles allemands ou Union pour la Méditerranée qui comprend toute l’Union Européenne) et lui pas grand-chose, à part la lumière des projecteurs. Encore une fois, la France et l’Allemagne se séparent sur un constat de désaccord puisque l’Allemagne refuse d’envisager un plan de relance plus ambitieux. Pourtant, aux Etats-Unis, Barack Obama préparerait un plan de 700 milliards de dollars, qui serait le plus important depuis le New Deal. En Grande-Bretagne, Gordon Brown annonce une baisse de la TVA de 2,5 points, qui va coûter la bagatelle de 15 milliards d’euros et devrait présenter un plan total de 24 milliards.
L’Allemagne a, il est vrai, annoncé un petit plan de relance, mais la plupart des économistes le jugent très timide, eu égard à la bonne situation des finances publiques allemandes. En revanche, l’Espagne a annoncé un plan de relance plus ambitieux, notamment basé sur des dépenses d’investissements. Nicolas Sarkozy n’a pour l’instant pas fait grand chose. En fait, le président a grillé une partie de ses cartouches avec le « paquet fiscal », qui a démontré son inefficacité puisque la croissance Française en rythme annuel reste équivalente à celle de nos voisins. On attend encore et toujours un véritable plan qui permettrait d’amortir la crise, et pas des effets d’annonce démagogiques et inapplicables comme le suivi des emprunts aux PME que les préfets se sont vus chargés de faire tous les mois et dont on se demande comment ils pourront le faire, que ce soit d’un point de vue agenda ou compétences…
Il y a en revanche un point intéressant dans le sommet franco-allemand : la dénonciation du plan anglais de baisse de la TVA. Cette mesure, qui est pourtant la colonne vertébrale du plan Brown, est une fausse bonne idée. Relancer la consommation par la baisse des prix peut être séduisant, mais cela a deux immenses limites. D’une part, la relance de la consommation peut se faire sur des produits importés, ce qui ne relancera pas l’économie anglaise. Pire, devant la hausse plus limitée des prix, les entreprises pourraient limiter encore davantage la hausse des salaires. Concrètement, imaginons que cette mesure fasse baisser l’inflation de deux points. Il est possible que les entreprises, dans un contexte aussi difficile, réduisent également les augmentations de salaires de deux points, dans un jeu à somme nulle pour le consommateur, mais bien cher pour le budget britannique…
Qui plus est, il est toujours difficile de revenir sur des baisses d’impôt. Résultat, la perte de recettes pourrait bien se révéler permanente. Car comment le Trésor britannique pourra passer une hausse de la TVA dans deux ans si le contexte économique ne s’est pas très nettement amélioré ? Cela représenterait un coup d’arrêt brutal à l’éventuelle relance, ou, pire, ne permettrait pas à l’économie de sortir du marasme si elle y est toujours plongée, ce que l’on ne peut pas exclure. Les baisses d’impôt ne représentent sans doute pas la solution à la crise et montrent un dangereux tropisme libéral qui montre bien que rien n’a vraiment changé malgré la crise. La solution passe beaucoup plus par des programmes d’investissements publics additionnels, qui stimuleront l’économie et l’emploi dans le secteur sinistré du BTP, tout en ne représentant pas des engagements financiers permanents pour l’Etat. En outre, certains investissements (notamment dans les économies d’énergie) rapporteront de l’argent dans le futur.
Les réponses à la crise de beaucoup de dirigeants et de Nicolas Sarkozy en particulier montrent une incompréhension sidérante des mécanismes économiques. Les milliards pleuvent de manière désordonnée, sans grande réflexion, et en suivant le même logiciel qui nous a mené dans le mur.
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/24/04001-20...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : plan de relance, nicolas sarkozy, angela merkel, barack obama, gordon brown




Commentaires
Salut Laurent !
Je ne sais pas si l'on peut tout de même reprocher à Sarkozy la psychorigidité allemande ...
Sur le fond, tu as raison de souligner l'impossible relance de l'appareil productif qui a été sinistré par deux décennies de libre échange qui ont poussé les économies occidentales à se spécialiser dans une économie de la consommation. Soutenir le pouvoir d'achat on sait faire, par contre relancer l'investissement productif, ça on ne sait pas. Enfin si, nous on sait, mais la solution, eux, n'en veulent pas ...
Il y a un point intéressant dans les plans de relance anglais et américains, c'est un retour, certes modéré, à la redistribution fiscale. C'est peut être la seule prise de conscience du système libéral. L'accroissement infini des inégalités finit par avoir un effet dépressif sur la demande et donc l'économie en général. venant des pays les plus financiarisés et inégalitaires c'est intéressant ...
Écrit par : Malakine | 25.11.2008
@ Malakine,
Très juste ! Il est intéressant qu'aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, un retour à un peu plus de redistribution soit mis en place, même s'il reste assez limité (à juger dans le détail). Il faut noter que la France a fait le chemin inverse l'an dernier....
Sur Sarkozy et Merkel, je crois que Nicolas Sarkozy a une grande responsabilité dans leur mauvaise relation. Il a fait beaucoup d'annonces sans la consulter, ne se comporte pas de manière très diplomatique. Il n'a pas su créer un bon climat sans pour autant savoir être ferme quand il le faut. Angela Merkel a bien sûr de la responsabilité, mais notre président aussi.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 25.11.2008
S'il était indispensable de financer les banques pour ne pas que la population vienne demander son dû au guichet et provoque l'écroulement du château de carte bancaire… il ne fait pas oublier qu’in fine, nous (les contribuables) allons payer la note, donc voir notre niveau de vie baisser d’autant. Il est donc d’un naïverté absolue de parler de redistribution : ce n’est qu’un appauvrissement programmé.
Angela Merkel à raison de dire que la baisse de la TVA n’est pas pour la France et l’Allemagne et heureusement qu’elle est là, pour avoir convaincu le petit président de ne pas suivre l’idée de Lagourde à ce sujet.
Pourquoi ?
Parce que c’est déjà une mauvaise idée pour -the UK- qui comme tu le dis Laurent, va creuser son déficit et permettre aux produits importés de rentrer encore plus facilement. C’est une encore plus mauvaise idée en France puisque notre industrie existe encore un peu, contrairement à la Grande Bretagne. Si l’on veut relancer l’économie, c’est, bien sûr par la diminution de la pénalisation du travail la plus élevée au monde, qu’il faut commencer, (quitte à compenser par un taxe sur le chiffre d’affaire). Cela fait 30 ans que les PME le demandent… mais qui, en France parle pour les PME ?
Écrit par : ozenfant | 25.11.2008
Qui en France parle de la prioroté nationale absolue, donc pour le premier employeur de France entrain de crever ?
Écrit par : ozenfant | 26.11.2008
Écrire un commentaire