29.11.2008
Ségolène Royal, ou la perdante qui sourit
Ségolène Royal est incroyable, notamment quand elle perd. En 2007, son discours de « défaite » ressemblait plus à un discours de victoire. Cette semaine, elle a cherché à faire oublier sa défaite pour prendre le contrôle du Parti Socialiste par l’annonce de sa candidature pour 2012.
Le moins que l’on puisse dire est que la présidente de Poitou-Charentes fait bonne figure dans la défaite. Elle apparaît toujours rayonnante, souriante, sans la moindre trace de déception ou de doute, à tel point qu’on se demande quelle pourrait être la différence de comportement si elle avait gagné. Le contraste avec Martine Aubry était saisissant à l’annonce de la décision du Conseil National du PS : en regardant les images sans le son, n’importe qui aurait pensé que c’est la maire de Lille qui avait perdu et que Ségolène Royal était devenue première secrétaire. Nous sommes à mille lieues de l’élégance du discours de défaite de John McCain, qui a chaleureusement félicité son adversaire, assumé toutes les erreurs de sa campagne et appelé les républicains à aider le nouveau président.
Comment juger le comportement de la candidate à l’élection présidentielle de 2007 ? Force de caractère ou déni inquiétant de la réalité ? Capacité à absorber les mauvaises nouvelles et faire bonne figure ou incapacité à faire son autocritique ? Il y a sans doute un peu des deux. Bien sûr, la présidente de Poitou-Charentes démontre un aplomb peu commun, quitte à verser dans la mauvaise foi. Mais en ces deux occasions, elle a également fait preuve d’une singulière mauvaise foi et d’une certaine maladresse. En effet, lundi soir, elle expliquait tranquillement qu’elle avait obtenu plus de 50% des voix et que la commission de récolement ne pouvait que la déclarer vainqueur avec l’aplomb d’un dirigeant soviétique assurant que l’URSS était plus performante que les Etats-Unis. De même, en début de semaine, elle avait annoncé qu’elle n’accepterait pas le verdict et qu’elle porterait plainte s’il n’y avait pas un nouveau vote.
Alors qu’elle refusait de reconnaître par avance le verdict de la commission de récolement si elle confirmait la victoire de Martine Aubry, elle a finalement accepté ses conclusions. Pourquoi alors avoir brandi la menace de procédures judiciaires s’il n’y avait pas de second vote ? Cette agressivité inutile n’a fait qu’accentuer les tensions, ce dont le PS n’a pas besoin. Comme l’a dit Pierre Moscovici, on ne saura sans doute jamais qui a véritablement gagné tant les élections internes au PS semblent mal organisées et perturbées par des irrégularités. On peut imaginer que certains des soutiens de Ségolène Royal ont plaidé pour l’apaisement. En outre, les conclusions de la commission de récolement, qui accentuent la très faible avance de Martine Aubry, infirment les accusations du clan Royal en démontrant que les irrégularités ont eu lieu des deux côtés.
L’énigme Ségolène Royal sort renforcée de cette élection, à défaut d’avoir pris le PS. Elle peut revendiquer le soutien de la moitié des militants et elle a démontré un aplomb très mitterrandien. En revanche, il n’est pas sûr que sa contestation des résultats et son bras de fer pour obtenir un nouveau vote la servent.
11:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, martine aubry, ségolène royal




Commentaires
Et si elle avait, tout simplement, une force de caractère peu commune et un excellent contrôle d'elle-même ?
C'est une grande qualité en politique, non ?
Elle a perdu (sur fond de tricheries sur lesquelles on ne saura jamais rien) : la belle affaire !
Elle reprend le combat et puis voilà...
Elle finira par gagner car c'est elle qui "en veut" le plus.
Moi, elle me bluffe, dans le bon sens du terme !
Pas vous, visiblement, mais chacun son jugement.
Écrit par : estelle92 | 29.11.2008
Elle a gagné.
Le compte des voix n'a pas été fait. Les 70 °/° ont choisi Aubry!
Écrit par : Marco | 30.11.2008
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