30.11.2008

Quelle sera l’ampleur de la crise ?

Il est extrêmement difficile, voir impossible de prévoir le scénario économique des prochains mois. Néanmoins, c’est en essayant de le faire  qu’on peut mieux comprendre les mécanismes en place.

Pour la première fois depuis la Grande Dépression, le PIB des économies occidentales va globalement reculer en 2009, signe que la crise économique que nous traversons est la plus grave depuis longtemps. Pire, la zone euro, le Japon ou le Royaume-Uni étaient déjà en récession avant même le gros de la tempête financière, ce qui peut faire craindre le pire pour les années à venir. En outre, si les prix de l’immobilier se sont déjà effondrés en Espagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis (-20%), la plupart des analystes reconnaissent que la baisse n’est pas terminée. Elle pourrait atteindre plus de 30%. En France, elle ne fait que commencer et pourrait durer jusqu’en 2011 et voir également les prix baisser jusqu’à 30%. L’effet d’appauvrissement des ménages pourrait donc peser lourdement sur la consommation dans les années à venir et rendre difficile la reprise pourtant déjà annoncée pour 2010.

En outre, les mécanismes d’adaptation du marché forment souvent un cercle vicieux où la baisse entraîne la baisse (comme la hausse entraîne la hausse, et donc les bulles). En effet, la forte hausse du nombre de chômeurs en France (près de 90 000 personnes de plus en trois mois) va peser fortement sur la consommation si elle se poursuit, outre le poids qu’elle représentera sur les finances publiques. Le chômage partiel, largement pratiqué dans l’industrie automobile va aussi lourdement peser sur la consommation des ménages. En outre, la dépression économique globale va peser sur nos exportations. Bref, les différents leviers de la croissance semblent gripper et il est difficile de voir une issue à la crise. Et avec la perspective de déflation à l’horizon mi-2009, on pourrait même craindre un scénario à la Japonaise où la croissance serait durablement grippée et l’économie n’arriverait pas à se relancer.

Mais ce scénario n’est peut-être pas le plus probable. Après tout, les Etats ont su réagir, de manière radicale, avec des plans de soutien jamais vus dans l’histoire politique. Alors que dans les années trente, les gouvernements avaient laissé les banques faire faillite, ce risque semble aujourd’hui écarté. De même les Etats-Unis et l’Europe ont été beaucoup plus prompts à réagir que le Japon, qui avait mis des années à restructurer son secteur bancaire dans les années 90. Ce sauvetage du monde financier semble avoir mis fin à la spirale baissière des marchés, même s’ils restent (et resteront encore quelque temps) très nerveux. En outre, les gouvernements mettent de côté les objectifs d’équilibre financier pour soutenir l’économie, comme le montrent les plans annoncés aux Etats-Unis, en Chine ou en Europe.

De plus, le contexte va devenir meilleur pour la consommation. La baisse du prix des matières premières et du pétrole pourrait redonner un peu de pouvoir d’achat aux consommateurs, si elle ne dégénère pas en une spirale déflationniste. Cette baisse des prix, perceptible depuis trois mois, et qui devrait s’accentuer, a permis une détente des taux longs qui va améliorer la situation financière des ménages comme des Etats et sans doute permettre une légère reprise du crédit, qui pourrait soutenir la consommation et donc l’économie. Enfin, la baisse des taux courts et la relance budgétaire massive prévue pour 2009 devrait permettre d’amortir les effets de la crise l’an prochain et préparer la relance pour 2010.

L’examen froid de ce qui se passe semble indiquer que la sortie de crise est possible et qu’a priori, même si elle est la plus grave depuis les années 30, elle n’aura rien à voir avec la Grande Dépression. En revanche, il y a bien quelque chose d’inquiétant, à savoir que les remèdes à la crise semblent uniquement être une amplification des solutions aux crises précédentes (relance budgétaire, baisse des taux…), sans pour autant corriger les mécanismes qui nous ont amené au bord du gouffre début octobre. Les tenants du système néolibéral semblent avoir réussi à sauver l’économie, ainsi que le système, au prix de dépenses colossales. Malheureusement, ce sauvetage risque d’empêcher la nécessaire réorganisation plus profonde des mécanismes qui nous ont amené dans le mur.

Le système néolibéral est incroyable : il est en train d’être sauvé  par son instinct de survie qui lui permet d’accepter toutes les contradictions temporaires qui lui permettront de durer plus longtemps. Malheureusement, les ferments des déséquilibres du marché subsisteront, jusqu’à la prochaine crise.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11... 

Commentaires

On fait beaucoup de rapprochement entre la crise actuelle et la dépression massive qu'a connu le japon dans les années 90 et dont il n'est pas vraiment sortie. Il y a pourtant des divergences le japon pouvait compter sur la demande extérieure pour compenser. Son épargne est immense et son économie suffisamment autonome pour faire des relances autocentré du moins en théorie. Sauf que les dix plans de relances keynésiens n'ont pas fonctionné c'est à méditer. Pour une bonne et simple raison que Gréau avait parfaitement vue dans "L'avenir du capitalisme" la masse salariale japonaise est écrasé comme la notre par le libre-échange, les salaires ne suivent plus la productivité et les plan de relance n'ont dès lors que des effets momentanés qui finissent par alourdir la dette nationale. Le piège de la déflation se referme lorsque la plupart des acteurs économiques pensent que les prix vont baisser et qu'il faut attendre pour consommer ou faire des investissements ensuite la déflation s'auto-entretient .

Pour conclure disons qu'en prenant en compte tout les facteurs la crise japonaises n'était rien en comparaison de la crise actuelle ni dans son ampleur ni dans sa durée. Les japonais ont pu continuer a vivre tranquillement en faisant des excédents commerciaux, l'occident n'a pas ce luxe, car la planète entière est maintenant touché il n'y a plus de monde extérieur pour compenser la stupidité néolibérale. Seule des actions raisonnés s'attaquant au cœur du problème peut nous sauver, comme disait Keynes nous sommes dans un de ces moments historiques où seul la réflexion et l'action raisonner peuvent mettre fin aux problèmes économiques. Vue les discours politiques pitoyables du dernier G20 il faut se préparer au pire.

Écrit par : yann | 30.11.2008

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