05.12.2008

Mention tout juste passable pour le plan de relance

Hier, à Douai, Nicolas Sarkozy a présenté son plan de relance de l’économie. Mais l’autosatisfaction habituelle du président ne saurait cacher de grandes limites, même si certains principes sont plutôt bien inspirés.

Il y a plusieurs bonnes décisions dans le plan gouvernemental pour relancer l’économie. La première, assurément, est le choix de mesures temporaires, qui ne grèveront pas durablement les finances publiques. Ainsi, le président a le pragmatisme de creuser le déficit seulement à court terme tout en limitant les décisions sur lesquelles il sera difficile de revenir plus tard, que ce soit des baisses d’impôts ou des hausses de dépenses. En cela, le choix d’aide ponctuelle pour l’automobile et l’immobilier ou l’aide pour les trésoreries des entreprises est judicieux. Et justement, le choix des secteurs est assez bien pensé : même s’il s’agit d’une aide ponctuelle, le soutien à l’industrie automobile est rendu nécessaire par l’étendue de la crise dans ce secteur et son poids dans l’économie et l’emploi. Enfin, l’accélération des investissements publics, notamment dans le bâtiment, permettra de soutenir le BTP, autre secteur crucial pour l’activité.

Malheureusement, le plan de relance présente de sérieuses limites qui ne sont que la conséquence des travers traditionnels du président : une réelle faiblesse en économie et une priorité donnée à la communication. Car si le gouvernement a pris garde de ne pas engager trop de dépenses pour l’après 2009, on peut s’interroger sur la pertinence globale du plan, qui donne la priorité aux politiques de l’offre, comme l’illustrent les seules aides de 11,5 milliards pour les trésoreries des entreprises. Si ces aides vont être des soutiens précieux pour de nombreuses entreprises, elles n’influent pas directement sur le niveau des emplois, qui aurait dû être la priorité étant donnée la hausse du chômage. En outre, il faut noter que sur les 26 milliards annoncés par le plan, il n’y aura que 15 milliards d’euros de dépenses additionnelles en 2009, ce qui correspond à moins de 1% du PIB, un plan finalement pas si important que cela.

Car si Nicolas Sarkozy a multiplié les adjectifs très positifs « historiques », « massif », « ambitieux » pour qualifier son plan de relance, d’autres viennent plus spontanément à l’esprit : « petit » et « dispersé ». Petit car même comparé à l’effort Allemand, notre investissement est inférieur. Et le plan Français est beaucoup moins « historique » par rapport aux plans Espagnols, Anglais, Chinois ou Américain (on évoque 500 milliards de dollars…). Bref, le plan du président n’est pas forcément à la hauteur de la crise économique, alors qu’il était à la hauteur de la crise des banques. Ce choix de priorité en devient d’autant plus significatif : le gouvernement sauve les banques mais pas les emplois. En outre, les 10 milliards d’investissements additionnels peuvent sembler bien mystérieux quand on constate qu’EDF doit en assumer 2,5 à elle seule, ou La Poste 600 millions alors que cette dernière cherchait 3 milliards il y a trois mois….

Et ce plan manque justement de priorités car à vouloir multiplier les annonces dans tous les domaines, Nicolas Sarkozy éparpille un plan qui aurait sans doute eu besoin d’être à la fois plus concentré et plus important. À vouloir multiplier les mesures, il prend le risque d’additionner des mesurettes qui n’auront pas d’effet significatif sur la croissance. Si certaines semblent de bonnes idées, il aurait mieux valu en limiter le nombre pour assurer à chacune un plus grand impact. En fait, le président aurait dû donner une priorité absolue aux investissements publics (transports, rénovation environnementale des logements, logements) pour soutenir la demande et éviter une destruction massive d’emplois dans le BTP. Le saupoudrage semble malheureusement la marque de fabrique d’un dirigeant qui préfère la quantité à la qualité.

Le plan présenté hier n’est absolument pas historique. Il est de taille modeste par rapport au plan Chirac de 1975 ou aux efforts de la plupart des grands pays aujourd’hui. Il a néanmoins le mérite d’exister et de comporter quelques bonnes mesures. Mais sa taille, ses priorités et son éparpillement limiteront son efficacité.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/12/04/04001-20081204...

Commentaires

@Laurent,
Tu es vraiment très gentil avec Sarkozy qui a pris deux mesurettes économiques :
1° Une embauche détaxée par TPE, excellente mesure piquée à Bayrou, qui prouve que la réforme fiscale de dépénalisations des salaires ne peut plus être encore différée très longtemps.
2° 1000 euros de prime par voiture mise à la casse : mesure de replâtrage par excellence qui va profiter autant aux constructeurs étrangers qu'aux nôtres.
Deux clystères sur une jambe de bois, pour cacher la misère et l'incompétence, pour reculer le moment où il faudra enfin restructurer l'ensemble.

Mais seulement critiquer Sarkozy et Lagourde est une attitude négative qui a entraîné le PS dans le gouffre.
Plus archéo que le protectionnisme de grand papa et plus irréaliste, on ne peut pas imaginer.
Par contre, oui, développer une conjonction de mesures fiscales légales contenant le maximum autorisé de protectionnisme induit accompagné d'une certaine dose de protectionnisme au niveau Européen, comme le propose TODD.
Une certaine dose indique que la proportion ne peut dépasser la mesure qui nous vaudrait des mesures de rétorsion sur nos propres exportations et sur nos importations de matières premières.
Le Réel se manage avec des mesures techniques, pas avec des idéologies creuses :
il ne faut jamais oublier que nous traînons l'énorme handicap de la fiscalité la plus obsolète d'Europe et qu'il est RIDICULE d'essayer de verser le bouillon du financement par la dette dans la casserole percée d'une structure périmé.

Ecrit par : Ozenfant | 05.12.2008

@ Ozenfant

Je suis d'accord que les mesures proposées ne sont que des mesurettes et que le gouvernement passe complètement à côté de véritables réformes du système économique et financier.

Si j'ai mis "tout juste passable", malgré le manque de réformes structurelles, des erreurs fondamentales dans les choix du plan, un manque d'ambition et un trop grand éparpillement, c'est parce que certains aspects sont bons (notamment les grands travaux).

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 05.12.2008

Nous sommes d'accord !

Ecrit par : Ozenfant | 06.12.2008

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