06.12.2008
BCE, Fed : la guerre des taux
Cette semaine, la BCE a baissé ses taux de 0,75 point, la plus forte baisse de son histoire. Faut-il s’en féliciter et remercier Jean-Claude Trichet ? L’examen de l’évolution des taux de la BCE et de la Fed suggère une toute autre réponse…
Il y a deux choses frappantes quand on examine le graphique publié par Le Monde. La première est que la réponse à la crise financière a été radicalement différente des deux côtés de l’Atlantique. À l’été 2007, les taux de la Fed étaient de 5,25%, ceux de la BCE, de 4%. En réaction au début de la crise, la Fed a baissé ses taux de 3,25 points en moins de 6 mois, pour les descendre à 2%. Dans le même temps, la BCE est restée totalement sourde au risque de récession et a maintenu ses taux à 4%. Pire, davantage préoccupée par le risque d’inflation, qui approche les 4%, elle a même monté ses taux à 4,25% en juin.
Malheureusement pour Jean-Claude Trichet, l’histoire a tranché : le risque d’inflation était moins grand que le risque de récession. Et la divergence de politique a provoqué une appréciation massive de l’euro, passé de 1,3 à 1,6 dollars en une année, pénalisant fortement les exportations européennes (Airbus a alors décidé de sous-traiter une partie de son A 350 aux Etats-Unis). La zone euro est donc rentrée en récession dès le 2ème trimestre, trois mois avant les Etats-Unis, pourtant responsables de la crise, mais qui l’ont amorti par la dépréciation du dollar. Et aujourd’hui, l’inflation s’effondre de part et d’autre de l’Atlantique (de 4 à 2,1% dans la zone euro), validant la politique de la Fed et démontrant l’erreur majeure de la BCE.
On pourrait en partie à juste titre dire que la mission de la BCE est uniquement la lutte contre l’inflation et qu’après tout, l’inflation était passée de 2 à 4% en seulement un an. Mais ce raisonnement est à courte vue. De nombreux économistes ont souligné que la hausse de l’inflation en Europe comme aux Etats-Unis était purement conjoncturelle puisqu’elle ne reposait que sur la hausse du prix des matières premières et qu’elle ne se transmettait absolument pas au reste de l’économie, où l’inflation avait même légèrement tendance à baisser. De même, la hausse des salaires avait plutôt tendance à ralentir, ce qui annihilait tout risque de véritable dérapage inflationniste.
En fait, l’étude du graphique du Monde montre tout simplement un grave manque de réactivité de la BCE par comparaison à la Fed. Depuis huit ans, on constat que les taux de la Fed ont été supérieurs à ceux de la BCE la moitié du temps, ce qui montre bien que le procès de laxisme fait à la Fed ne tient donc absolument pas. En fait, on constate une moindre capacité à baisser les taux comme à les monter de la banque centrale européenne par rapport à la banque centrale Américaine. La BCE met toujours beaucoup plus de temps à baisser ses taux en cas de récession, et elle les baisse en général plus lentement.
Mais elle met également beaucoup plus de temps à les monter quand la croissance a repris, laissant finalement davantage que la Fed se former des bulles spéculatives. Début 2001, les taux sont à 6,5% aux Etats-Unis contre seulement 4,75% en Europe : la Fed a fait davantage pour lutter contre la bulle Internet. De même, les taux étaient sensiblement plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe au début de cette crise. Ce qu’il ressort de l’étude de ce graphique, c’est la passivité de l’institution européenne, qui ne prend jamais l’initiative de lutter contre la récession ou même contre les bulles spéculatives.
Contrairement à ce que disent les défenseurs de la BCE, sa politique est un échec. Il suffit de constater le niveau de croissance de la zone euro depuis la mise en place de la monnaie unique. Il faudra en tenir compte lors des élections européennes de 2009 et proposer un plan B monétaire pour l’Europe.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2008/12/04/evo...
11:00 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bce, fed, taux d'intérêts, dollar, euro, crise économique, récession




Ecrire un commentaire