16.12.2008

Le Parti Socialiste a-t-il déjà perdu la prochaine présidentielle ?

Malakine, du blog Horizons, a fait une très bonne analyse du texte d’orientation du Parti Socialiste présenté par Martine Aubry. En constatant à quel point le PS ne parvient pas à se renouveler idéologiquement en addition de sa guerre des chefs, on en vient à se demander si l’élection de 2012 n’est pas déjà perdue.

Un refus de vraiment penser une alternance

Comme le montre bien Malakine, le texte proposé par la nouvelle direction du Parti Socialiste est creux. Il prône un virage à gauche qui est immédiatement contredit par des professions de foi néolibérales sur la question du commerce par exemple. Il n’y aucune véritable proposition pour tirer les leçons de la crise financière. Le texte ne comporte guère de véritables orientations politiques, à part la volonté d’augmenter le SMIC… Bref, le Parti Socialiste se contente de gauchir son discours, pensant s’en tirer avec des postures mais en faisant l’économie de changer sa manière de penser.

Pourtant, comme le souligne Malakine, la motion Hamon, enrichie des réflexions de Jacques Généreux ou Liem Hoang Ngoc, comportait des propositions autrement plus intéressantes. Mais pas une ne figure dans le texte de synthèse, ce qui montre bien l’intérêt réel que Benoît Hamon leur portait. Devenir porte-parole était sans doute plus important que défendre ses convictions… Sur l’économie, le Parti Socialiste continue à accepter tous les dogmes néolibéraux, et camoufle cette abdication idéologique par un vernis verbal gauchisant qui risque d’être difficilement crédible…

Un parti plus désuni que jamais

Outre une incapacité à penser un nouveau projet, le Parti Socialiste n’a pas réussi à se trouver un véritable chef. Aux Etats-Unis, la victoire de Barack Obama n’a sans doute pas été aussi large qu’elle aurait pu l’être dans un contexte si favorable (crise économique, 8 années de présidence Bush) du fait des blessures de six mois de combat avec Hillary Clinton. Mais pour le PS, ce ne seront pas 6 mois de guerres intestines qu’il faudra oublier en 2012, mais bien cinq longues années. Car, jusqu’en 2011, la guerre des chefs va se poursuivre, jusqu’à la nomination du candidat pour l’élection présidentielle.

Ségolène Royal est suffisamment forte auprès des militants, et suffisamment critiquée par les éléphants pour continuer à se battre pendant trois ans. Les chefs rassemblés par le « Tout Sauf Ségolène » vont se déchirer pour éviter que la candidate de 2007 soit celle de 2012, mais le nombre de postulants ne va pas faciliter le travail (Fabius, DSK, Hollande, Aubry, Delanoë). Quant aux éléphanteaux (Valls, Montebourg, Hamon…), on peut imaginer qu’ils seront tentés par la politique du pire, qui leur permettrait d’enfin éliminer ces éléphants qui les gênent afin de préparer 2017.

Une défaite annoncée

Une absence de projet alternatif clair, un(e) candidat(e) qui parviendra tout juste à rassembler une moitié du parti et que l’autre moitié détestera cordialement depuis des années, des petits jeunes qui pourraient trouver leur intérêt dans une nouvelle défaite pour enfin renverser les éléphants : la recette pour une défaite cinglante semble rassemblée. Devant le spectacle des dernières semaines, qui devrait allégrement se prolonger jusqu’en 2011, année du choix du candidat, comment ne pas imaginer que les Français pourraient finalement se passer de l’option socialiste ?

Car le contexte de 2012 sera différent de celui de 2007. Il y a deux ans, François Bayrou pesait un petit 5%. Il partait de très loin et a réussi à devenir un troisième homme qui a espéré se qualifier en finale. En partant de trois fois plus haut en 2012, cela sera une autre histoire. Dès le début de la campagne, la question de l’adversaire de Nicolas Sarkozy se posera et beaucoup d’opposants au président sortant pourront se demander s’il ne vaut mieux pas voter Modem pour changer de président, quelles que soient ses limites.

Bien sûr, un tel exercice de politique-fiction est toujours un peu artificiel. D’autres (Villepin, Dupont-Aignan) peuvent émerger, mais je ne crois pas tellement m’avancer en disant que je ne vois pas comment le Parti Socialiste pourrait gagner l’élection présidentielle de 2012.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/12/au-ps-le-nivea...

http://www.liberation.fr/politiques/0101304773-dray-criti...

Commentaires

Avant de renvoyer ma carte, j'étais pour la motion Hamon, ne serait-ce que parce que Jacques Généreux est un des moins déconnectés des économistes virtuels.
Liem Hoang Ngoc est loin d'être le pire, mais son inexpérience de l'économie réelle et sa suffisance ne sont qu'un des milles exemples de notre BULLOCRATIE déconnectée des réalités de l'entreprise.
Hors si la France est dans cet état de dégradation de ses savoir faire et de son outils de production, ce n'est pas un hasard : elle le doit au règne du virtuel relayé par la presse, qui a son tour influence les politiques.

C'est précisément parce que la France est l'exemple type, en Europe, d'un pays gouverné sans jamais tenir compte du fait que sans ses entreprises : Une économie N'EXISTE PLUS.

L'économie Allemande n'est pas parfaite, loin de là, mais au moins, là bas, on écoute les dirigeants de sa première force : LES P.M.I.

Si l'on tient honnêtement à sauver notre pays, il est urgent de le comprendre. Il est urgent que les écoles d'économie intègrent la micro et se mettent enfin au courrant des énormes bâtons qui sont mis dans les roues des entreprise françaises.

L'humilité du pragmatisme allemand contre la pompeuse assurance des virtualistes français que DE Gaulle regrettait tant...

Écrit par : Ozenfant | 16.12.2008

@Excellente analyse.
Je viens d'aller voir Horizons.

Les membres du bureau national sont en train de se couper de leur électorat. Ce sont des bourgeois, parfois de grands bourgeois qui ne pensent qu'à leur avenir personnel.

En entendant celle qui se dit élue annoncer qu"on allait voir", que l'opposition était de retour, j'espérais qu'enfin le discours serait cohérent mais rien n'est venu!
A l'Assemblée ils sont 12, 18, 21 et la droite compte plus de 24 présents. Qu'ils ne viennent pas nous raconter qu'ils s'opposent!

Quand on pense que c'est Cohn Bendit qui s'adresse à Sarkozy en l'accusant de dire des choses inexactes, on se demande ce que font les élus PS du Parlement Européen.

Écrit par : Marco | 16.12.2008

Je pense surtout que le PS est malade du "localisme"
Les socialistes gouvernent la France décentralisée
mais sont incapables de réfléchir à une alternative crédible au niveau national.

Rendez vous compte : il faut de la disponibilité pour échaffauder une pensée politique et pour repenser la société.
Rencontrer des intellectuels, lire la production importante d'analyses politiques ou sociologiques.
Le courant ségoleniste me semble mieux armé pour affronter les echeances nationales avec Royal et le sociologue Touraine, avec Peillon et son analyse de la révolution française et la mise à jour de ses acquis en 2008 pour combattre la thèse réactionnaire de l'historien François Furet.

Quand je pense que la notion de classes moyennes est étrangère au PS, c'est navrant ....

Écrit par : Tout va TB Mme la Marquise | 17.12.2008

@Marco et Mme la Marquise,

Le gaullisme à toujours été du pragmatisme à l'état brut !
De Gaulle à été De Gaulle parce qu'il s'est toujours méfié de la lumpen intelligentsia et des institutions, au point de se concocter une république à l’usage d‘un président qu‘il n‘imaginait pas (malheureusement) ne pas gouverner pour le bien de la FRANCE.
Je ne vous ferais pas l’insulte de vous citer toutes les phrase du général, qui montrent cette méfiance (pour ne pas dire son mépris), de ceux, qui ayant ingurgités un peu plus de savoir que la moyenne s’auto-glorifient du nom d’élite, alors qu’ils n’ont rien conçu, rien entrepris, rien construit en un mot rien pensé de concret.
L’auto glorification de la médiocrité de la petite bourgeoisie qui confond instruction et connaissance est ANTI GAULLISTE.

Écrit par : Ozenfant | 17.12.2008

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