17.12.2008

Politique monétaire : la BCE avait tort !

Hier, le chiffre de l’inflation aux Etats-Unis en novembre est tombé : -1,7% sur un seul mois, ce qui réduit l’inflation en rythme annuel à seulement 1,1%. Ce chiffre démontre bien que la Fed avait raison de ne pas se soucier de l’inflation en baissant ses taux rapidement, contrairement à la BCE.

Pourquoi la politique de la BCE pouvait paraître raisonnable

Il y a un peu plus d’un an, en réaction à la crise des subprimes, les deux plus grandes banques centrales ont eu des réactions radicalement différentes. La Fed de Ben Bernanke a massivement baissé ses taux de 5,25 à 2% en seulement six mois,. Dans le même temps, la BCE de Jean-Claude Trichet maintenait les siens à 4%, les augmentant même à 4,25% en juillet, arguant d’un risque inflationniste. Dans le même temps, si la croissance faiblissait, elle restait positive, avec même un léger rebond au premier trimestre 2008.

Et il est vrai que sous la pression de la hausse des prix des matières premières, les prix avaient nettement augmenté des deux côtés de l’Atlantique. L’inflation avait ainsi atteint 4% cet  été dans la zone euro et dépassé les 5% aux Etats-Unis. La différence s’expliquait par la consommation d’énergie fossile beaucoup plus importante des Américains. Même si ce dérapage inflationniste n’avait rien à voir avec ceux des années 70, on pouvait considérer qu’il fallait y faire attention et ne pas forcément assouplir la politique monétaire.

Pourquoi la politique de la BCE était exagérément restrictive

Mais, au même moment, plusieurs économistes ont souligné que ce dérapage inflationniste était purement conjoncturel et qu’il resterait temporaire. Plusieurs faits plaidaient dans ce sens. Tout d’abord, la hausse du prix des matières premières était trop forte pour ne pas être limitée dans le temps. Ensuite, l’inflation hors éléments volatiles restait stable autour de 2%. Enfin, les salaires restaient extrêmement sages puisque leur progression avait même tendance à se ralentir.

Pour toutes ces raisons, beaucoup ont attaqué la politique trop restrictive de la BCE, dès l’été 2007. Malheureusement, encore une fois, la BCE a pris la mauvaise décision, comme le montrent les chiffres tombés hier. La politique de taux élevés n’a pas protégé les ménages européens de la hausse de l’inflation et la politique de baisse des taux de la Fed n’a absolument pas provoqué de dérapage inflationniste par rapport à la zone euro puisque l’inflation est à 1,1% aux Etats-Unis en novembre contre 2,1% en Europe.

À nouveau, Jean-Claude Trichet s’est donc trompé et a mené une politique inutilement restrictive qui a provoqué une surévaluation massive de l’euro et accéléré certaines délocalisations (fuselage de l’A350), malgré des critiques qui se sont exprimées très tôt… L’évolution de l’inflation des deux côtés de l’Atlantique valide la politique suivie par la Fed et remet en cause les choix de la BCE. Mais son indépendance, qui n’est qu’une forme d’irresponsabilité anti-démocratique, la protège de toute remise en question…

Jean-Claude Trichet a donc mené une politique désastreuse pour l’emploi en Europe sans protéger la zone euro de l’inflation. Malheureusement, ses décisions n’auront aucune conséquence. Il est grand temps de revenir sur l’indépendance de la BCE pour avoir un vrai responsable de la politique monétaire.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12...

Lire critique de Thierry Breton dès août 2007 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2007...

Blog janvier 2008:  http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Blog avril 2008 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...

Blog juillet 2008 : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008/07/08/le-suicide-economique-europeen-de-la-bce.html

Commentaires

@ Laurent
Et si tout n’était pas aussi simple. Et si personne n’avait ni raison ni tort mais que tout le monde se trompait en fait à cause d’une méconnaissance totale de la monnaie et de ses phénomènes.

Et si quelqu’un comme Jean Bayard (http://www.bayard-macroeconomie.com/) avait raison :

"Tout montre et démontre que la conception actuelle que le monde a de la monnaie est fausse, archi-fausse. Un instrument de mesure déformé et faussé, incapable de vérifier des théories monétaires totalement éthérées, qui ne vivent que de la peur de l'inflation qu'elles inspirent. Une monnaie créée pour les besoins des activités purement financières et spéculatives, donc sans effet sur la sphère réelle, alors que l'on veut nous faire croire que celle-ci est la source exclusive de l'émission monétaire puisqu'elle a l'exclusivité de l'inflation. Une monnaie qui ne circule pas régulièrement dans la sphère réelle. Mais, une monnaie qui circule beaucoup plus dans la sphère monétaire et financière centre de la spéculation, que dans la sphère réelle centre de l'activité de production.

Personne n'est capable de dire quelle est la quantité de monnaie nécessaire à une économie déterminée pour fonctionner. Personne ne sait ou ne veut savoir dans quelles conditions précises s'opère l'émission monétaire et comment se mesure sa masse. Aucun expert n'est capable d'expliquer les variations erratiques auxquelles elle est sans cesse soumise. Personne ne connaît les rapports existant entre les deux sphères d'activité. Mais tout le monde est sûr que la masse monétaire a un effet certain sur les prix, et seulement sur ceux de la sphère réelle.

Voici comment tout ce qui touche à la monnaie n'est que mirage et illusion par la seule volonté de quelques hommes qui détiennent le pouvoir monétaire.

Des projets grandioses dans les domaines de la recherche scientifique, de la santé, de l'environnement, de l'espace, de la culture, ou tout simplement de la vie quotidienne, ne voient pas le jour, non pas parce que l'on manque de moyens en hommes et en matières, mais parce que l'on manque de monnaie ! C'est le comble du capitalisme face au chômage et à la misère !

Seule une prise de conscience collective peut nous affranchir du joug que nous imposent les autorités monétaires. Le moment est venu de libérer la monnaie de ses dogmes, de ses tabous et de ses carcans. Le moment est venu de rendre le pouvoir monétaire au peuple, c'est-à-dire à ses élus. La monnaie peut et doit être le moyen démocratique d'accès au bien-être pour tous. Le salut économique passe par la régulation monétaire, que seul l'Etat est apte à assumer. Il n'y a pas d'autre alternative si l'on veut trouver ou retrouver le chemin de la paix, de la prospérité, de l'abondance et du travail pour tous."

Écrit par : RST | 17.12.2008

@ RST

Très bon papier dont je partage entièrement la conclusion.

En revanche, je persiste sur l'erreur de la BCE : il y a un an, ils nous expliquaient qu'il ne fallait pas baisser les taux pour éviter un dérapage inflationniste. L'histoire a parlé.

Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 17.12.2008

"Très bon papier dont je partage entièrement la conclusion."

Moi aussi, quel dommage, donc, que la majorité des économistes continuent à faire SEMBLANT, comme s’ils avaient prévus que crise mondiale de l'économie réelle était latente, comme si les économies réelles et virtuelles étaient soumises aux mêmes lois et, comme le dit très bien le texte de RST : Comme s'ils avaient vraiment compris comment fonctionne le mythe financier sur lequel nous dansons.

Comme le disait hier sur Canal + Thomas Picketty : Le jeu de dupes ne s'arrêtera pas tant que les (52) paradis fiscaux, des "shell Cies"seront là pour accueillir les fruits pourris des paris à découvert.

Quand à la politique de Trichet, je serai tenté de te croire, mais j'avoue être bien loin de posséder tous les éléments pour en juger.

Écrit par : Ozenfant | 18.12.2008

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