25.12.2008
Grande ou petite dépression ?
Depuis trois mois, l’avalanche de mauvaises nouvelles économiques domine l’actualité. Les comparaisons avec la Grande Dépression des années 30 fleurissent, sans pour autant que la situation ne soit la même. Alors, va-t-on juste affronter une récession plus dure que d’habitude ou quelque chose de plus grave ?
Pourquoi on peut craindre une dépression sévère
Il faut être clair : le monde occidental affronte sa crise économique la plus sévère depuis les années 30. Les dernières prévisions pour le quatrième trimestre sont tout bonnement catastrophiques. L’INSEE annonce une baisse du PIB Français de 0,8%, soit un recul de 3,2% en rythme annuel. Les chiffres devraient être pires aux Etats-Unis puisque le chiffre pourrait atteindre 4 à 5%. Les premières prévisions pour le début de l’année 2009 ne sont guère plus réjouissantes… Même la Chine semble touchée puisque ses exportations reculent de 2% en rythme annuel (pour une baisse des importations de 18%).
Pire, le scénario d’une dépression à la Japonaise semble se mettre en place quand on voit à quelle vitesse l’inflation diminue. Cet été, la hausse des prix était de 5% aux Etats-Unis et 4% dans la zone euro. En novembre, elle est tombée respectivement à 1,1 et 2,1%, plus très loin de la déflation. Et cette baisse des prix devrait se poursuivre jusqu’à la fin du printemps, vu que le pic du prix des matières premières a été atteint mi-2008. Il y a donc tout lieu de penser que les prix seront en baisse de 1 à 2% mi-2009, ce qui, avec la baisse de l’activité, pourrait signifier une baisse nominale du PIB de 3 à 5% en rythme annuel.
Le danger de la situation actuelle vient de la conjonction de cette baisse de l’activité, des prix et de la valeur des actifs, qui rappelle la Grande Dépression des années 30. Car il est possible que la valeur de nombreux actifs baisse l’an prochain. Si le prix de l’immobilier aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Espagne a déjà nettement baissé (de 10 à 20%), de nombreux spécialistes estiment que la baisse finale pourrait atteindre au moins 30% si on se réfère au cycle du début des années 90. Ensuite, les mauvaises nouvelles économiques pourraient pousser les bourses encore plus bas début 2009. Enfin, une remontée du taux d’épargne pourrait s’avérer désastreuse pour la croissance, notamment aux Etats-Unis.
Des raisons d’espérer malgré tout
Mais ce scénario catastrophiste n’est heureusement pas le plus probable pour plusieurs raisons. Contrairement aux années 30 et à la Dépression économique du Japon des années 90, les autorités occidentales ont pris la mesure de la crise bancaire et sont venus au secours des banques rapidement et de manière décisive, évitant les nombreuses faillites de l’entre-deux-guerres ou la temporisation des autorités de Tokyo. Résultat, après avoir touché le fond entre 2008 et 2009, on peut imaginer que les institutions financières pourront se redresser dès l’an prochain avec des taux aussi bas.
Ensuite, après des premiers plans de relance timides et peu efficaces, les gouvernements semblent vouloir passer la vitesse supérieure. Aux Etats-Unis, l’équipe Bush avait distribué une centaine de milliards aux ménages sous la forme de chèques au second trimestre, mais seulement 30% des sommes ont été dépensées, permettant tout juste de maintenir la consommation. Les premiers plans Français et Allemand ont été accueillis avec un certain scepticisme, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif.
Ces carences devraient être corrigées l’an prochain puisque l’administration Obama travaille sur un plan beaucoup plus important, d’au moins 500 milliards de dollars sur deux ans et qui devrait se focaliser sur des grands travaux, de manière à créer 2,5 millions d’emplois. Un tel plan aurait le double avantage de représenter un investissement pour l’avenir tout en assurant qu’une plus grande partie de l’argent dépensé soit consommé. En Europe, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy travailleraient déjà sur un nouveau plan.
Enfin, la plus grande raison d’espérer est sans doute le caractère cycliste et excessif des marchés. Après un point bas qui devrait être atteint au premier semestre avec l’annonce de chiffres désastreux de croissance, le comparatif deviendra bien plus facile au second semestre. Et avec les nouveaux plans de relance, on peut imaginer qu’un rebond technique permettra de relancer l’activité, d’autant plus que les autorités gouvernementales et financières font tout pour relancer le crédit.
Même s’il est extrêmement aléatoire de chercher à deviner ce que l’avenir économique nous réserve, on peut estimer que le point bas de la récession devrait être atteint au premier semestre 2009 et qu’il y a une chance importante de rebond pour le second semestre, qui sera vraiment perceptible début 2010.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12...10:56 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, dépression, récession, 1929




Commentaires
Alors là mon cher Laurent, tu me laisses sans voix. J’ai bien vérifié la date : nous sommes le 25 décembre et non le 1er avril ! Tu nous la joues à la Alain Minc qui disait, il n’ y a pas longtemps dans le Parisien, "On va s’en sortir, ce sera une récession classique". Vous avez tous les 2 la même boule de cristal ? Vous faites tous partie de la grande conspiration ? Ils t’ont fait boire un truc chez les Kiwis ?
Ton optimisme est proprement sidérant. Tu pratiques la méthode Coué ? Ton seul argument pour soutenir ta thèse semble être "le caractère cycliste et excessif des marchés." Un peu léger, don’t you think so ?
En ce qui me concerne, je ne sais pas ce qui va se passer mais plutôt que les cours de bourse, (et bien que n’étant pas un spécialiste), je m’intéresserai au(x) taux pratiqués sur le marché interbancaire, je regarderai ce qui continue de se passer avec l’immobilier américain ou malgré le rééchelonnement des dettes , les défaillances continuent, je jetterai un œil sur les hedge funds qui sont en train de trouver tous les moyens possibles pour éviter les retraits de fonds et enfin je m’inquiéterai du sort du dollar et de la dette américaine en restant attentif à l’attitude de la Chine. Et pendant que j’ y suis-je resterai attentif à la Russie et aux prix du gaz. Mais bon, comme je l’ai dit, je ne suis pas économiste ….
En t’espérant mieux inspiré dans tes prochains billets ;-)
Joyeux Noël
Écrit par : RST | 25.12.2008
@ RST
Le débat est pour moi entre une Grande Dépression comme dans les années 30 (25% de chômage aux Etats-Unis) ou une grave récession, plus forte que les précédentes, mais moins grave que ce qui s'est passé pendant l'entre deux guerres.
Pour toutes les raisons que j'expose, je crois que nous allons échapper à une Grande Dépression, même si la crise sera plus dure que celle que nous avons vécue au début des années 90 ou 2000. Cela ne signifie pas que l'économie s'en sortira sans douleur ou sans chômage loin de là. Mais je crois qu'au vu des éléments que nous avons en notre possession aujourd'hui, on peut pronostiquer une sortie de la récession au 2nd semestre 2009 ou début 2010.
Et encore, j'ai oublié de mentionner les centaines de milliards injectés par les Banques Centrales.
Cela ne signifie pas cependant que dès 2010, nous aurons 3% de croissance et que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes loin de là. Les graves déséquilibres économiques resteront en place et on peut imaginer une sortie de crise très lente et très progressive en Europe, comme au début des années 2000...
La raison est que les gouvernements et les institutions financières pratiquent une politique de cavalerie (en augmentant les déficits budgétaires, en injectant des centaines de milliards, et en faisant tout pour relancer le crédit, pourtant fauteur de crise).
Du coup, rien ne sera réglé et nous allons recourir aux outils qui nous ont envoyé dans le mur pour sortir de la crise actuelle, ce qui laisse augurer une autre crise plus tard. Mais je crois que la politique de soutien massif à l'activité va finir par porter ses fruits, d'autant plus que comme les marchés tendent à trop baisser, une marge de hausse va se créer, qui pourra se réaliser dès que les marchés, irrationnels par nature, basculeront d'un excès de pessimisme à un excès d'optimisme.
Mon constat n'est pas si optimiste, loin de là, même si je crois que nous allons éviter une crise semblable à celle des années 30.
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 25.12.2008
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