28.12.2008
Subprimes contre maison à 15 euros
La livraison de la première maison à 15 euros par jour n’a pas été accueillie avec un grand enthousiasme malgré le progrès social que peut représenter l’accession à la propriété des ménages modestes. Pourtant, ce dispositif montre bien la différence entre notre pays et celui des subprimes.
Bien sûr, les critiques habituels du gouvernement souligneront toutes les limites du dispositif de Christine Boutin. Ils pourront souligner que la maison Borloo (à cent mille euros) n’a pas fonctionné. Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, critique dans Le Monde, les « positions dogmatiques » du gouvernement sur l’accession à la propriété. Il souligne que ce sont les aides publiques qui permettent d’atteindre un tel coût et que l’emprunt peut durer quarante ans si l’on ajoute le terrain, comparant le programme gouvernemental avec la situation Espagnole.
Pourtant, on peut se demander si cette critique n’est pas exagérée. En effet, la comparaison avec la situation Espagnole est doublement abusive. En Espagne, le niveau des prix s’expliquait en bonne partie par un déséquilibre du marché immobilier. Ensuite, les difficultés des ménages à rembourser leurs emprunts viennent notamment de l’utilisation de prêts à taux variables, alors que dans ce cas, les taux sont fixes. Enfin, le dispositif Borloo a été victime de l’envolée du prix des matières premières, qui en a bouleversé l’équilibre économique. Enfin, le point sur la stabilité des revenus d’un ménage sur 10 ans est lui aussi abusif, puisque l’inflation devrait mécaniquement permettre une progression d’au moins 20%…
En revanche, on peut noter qu’un tel dispositif représente un vrai programme gouvernemental d’accession social au logement puisqu’il cible les ménages gagnant 1500 à 2000 euros par mois. Ce programme permet à ces ménages de bénéficier d’aides et d’échapper aux emprunts à taux variables ou punitifs que les banques pourraient leur proposer. En cela, il représente un progrès par rapport au programme du candidat Sarkozy, qui défendait alors des subprimes à la Française…
Aux Etats-Unis, les ménages modestes se voyaient proposer des prêts à taux variables, avec des premières mensualités artificiellement réduites pour les attirer dans un piège financier contre lequel les banques s’assuraient… En France, les ménages modestes disposent maintenant d’un programme gouvernemental d’accession à la propriété dont le coût est adapté à leurs revenus (moins de 30%). La différence entre les deux pays nous fait honneur.
Bien sûr, on pourra toujours trouver des disfonctionnements dans le dispositif proposé, mais beaucoup de critiques semblent injustes ou terriblement biaisées. Cette initiative est un pas dans la bonne direction, qu’il convient sans doute d’encourager et d’aider à améliorer.
Source : http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2008/12/23/maison-...
11:03 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : maison à 15 euros, christine boutin, nicolas sarkozy, subprimes




Commentaires
Certes, la maison à 15 € par jour, c'est pas des suprimes à cause des taux variables et parce que les prêts ne sont pas gagés sur la hausse future de l'immobilier mais sur les capacités de remboursements des ménages.
Néanmoins, on est dans la même philosophie. Le but reste de développement l'endettement privé comme dopant économique et à soutenir les cours de l'immobilier (au profit des possédants) en faisant accéder les milieux modestes à la propriété.
Je n'ai jamais compris cette obsession à vouloir rendre tout le monde propriétaire. A titre personnel, je ne le souhaite pas. Locataire ça me va bien. Par contre, ce que j'aimerais, c'est payer mon loyer à une institution publique ou parapublique qui réinvestisse les bénéfs dans le logement et qui ne fasse pas le mort au premier dégâts des eaux ou tout autre pb dans l'appart.
Le problème du locatif aujourd'hui, c'est que la plupart des proprios et des agences sont des exploiteurs et des gens malhonnêtes avec lesquels il est impossible de négocier.
Je préfèrerais que l'argent public soit mis dans des solutions locatives de qualité plutôt que dans l'accession "sociale" à la propriété.
Ecrit par : Malakine | 29.12.2008
@ Malakine,
Je suis d'accord avec le fait que devenir propriétaire n'est pas l'horizon indépassable de la modernité. C'est à chacun de se déterminer. Mais ce que je trouve bien dans ce projet, c'est qu'il facilite l'accession à la propriété des ménages modestes qui le souhaitent dans de bien meilleurs conditions qu'aux Etats-Unis, où les mécanismes sont proprement confiscatoires à leur égard.
En cela, la comparaison entre la maison à 15 euros / jour et les subprimes me semble intéressante.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 29.12.2008
Je partage les préventions de Malakine à l'encontre de cette obsession pour la propriété individuelle -- qui atteint une dimension quasi-religieuse dans les discours de la droite française et de ceux qui en ont été proches (on pense au programme d'un autre Nicolas, qui a fort heureusement été épousseté sur cette question...).
Malakine nous donne malheureusement une réponse partielle: la propriété privée est aussi le premier élément de constitution du patrimoine, et celle-ci se justifie au niveau individuel -- même si la conséquence au niveau macro est sans doute un réhaussement du seuile de l'accession à la propriété, ce qui a été constaté ces dernières années.
Pour penser en dehors de la boîte, j'ajouterais un autre problème: à l'heure où les évolutions économiques conduisent à des trajectoires professionnelles plus chaotiques, la propriété (et les risques qu'elle induit, de perte de patrimoine si le déménagement doit avoir lieu en période de baiss des prix immobiliers) renforce un accrochage au bassin d'emploi. Il y a un paradoxe à, d'un côté, exiger plus de flexibilité dans le contrat de travail, et, de l'autre à inscrire dans le dur les obstacles à la mobilité professionnelle.
Cela sans évoquer la question environnementale liée à l'extension sans fin des zones pavillonnaires, qui a enlaidi la France en une génération, consomme à toute vitesse des terres arables, et rend les populations fragiles aux fluctuation des cours du pétrole.
Ecrit par : Géry | 03.01.2009
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