01.01.2009
Le Grand Choc de 2017, partie 1 : retour sur la crise de 2007-2009
Il y a neuf ans, le monde avait connu une autre grave crise économique. Mais cette crise présentait un déroulement très différent de celui du grand choc de 2017. Retour sur les évènements de 2007-2009, qui ont eu une grande influence sur le choc d’aujourd’hui.
Le déclencheur de la crise
Le déclencheur de cette crise était une bulle portant sur la valeur des actifs, notamment immobiliers (après la bulle Internet de 2001). Le mécanisme de transmission de la crise ont été les emprunts hypothécaires accordés aux ménages modestes Américains. Face à la hausse du prix de l’immobilier, ils ne pouvaient accéder à la propriété que par des emprunts hypothécaires, souvent à taux variables, proposées par des banques d’autant moins regardantes au risque pris qu’elles pensaient revendre ce risque par la titrisation.
Mais la baisse du prix de l’immobilier (pourtant prévisible et annoncée) a grippé ce système puisque les ménages ne pouvaient plus compter sur la hausse de la valeur de leur bien pour réduire leur dette et que la tension sur le marché provoqua une hausse des taux. Ce phénomène a enclenché une baisse violente du prix des logements (-35% en deux ans) qui s’est autoentretenue puisque les défauts de paiement entraînaient des saisies puis des ventes qui déprimaient plus encore les prix.
Cet accident immobilier (qui avait eu lieu au Royaume-Uni et en Espagne également) s’est propagé par deux mécanismes au reste de l’économie. Tout d’abord, il a réduit la consommation des ménages, très endettés et qui n’épargnaient plus, tout en déprimant un marché du BTP qui pesait lourdement dans l’économie de ces pays. Mais surtout, ces défaillances ont provoqué une panique financière puisque les pertes n’étaient plus clairement identifiables à cause de la titrisation qui avait permis une revente de ces créances tout autour de la planète, créant une crise de confiance qui faillit mettre à bas l’ensemble du système financier.
Un premier plan de sauvetage insuffisant
Après avoir un peu hésité, les gouvernements ont tiré en partie les leçons de la crise de 1929. Après avoir constaté que la faillite d’une institution comme Lehmann pouvait entraîner l’ensemble du système financier dans sa chute, les dirigeants de l’Union Européenne ont annoncé une garantie bancaire de plus de 1000 milliards d’euros ainsi qu’une recapitalisation des banques. Les Etats-Unis ont fait de même avec le sauvetage de Fannie Mae, Freddie Mac, AIG... Les banques centrales ont également soulagé l’ensemble de la planète financière en baissant les taux et en rachetant des milliers de milliards d’actifs pourris.
Mais le sauvetage du monde financier n’était pas suffisant pour restaurer la confiance de marchés qui constataient la grande sévérité de la récession économique qui s’installait, et qui menaçait de se transformer en dépression avec la chute des prix. Les résultats des grandes entreprises s’effondraient : fin 2008, Toyota annonçait son premier déficit. Et la crise connaissait un nouveau soubresaut en février avec l’annonce de la contraction du PIB Américain de 6,2% en rythme annuel au 4ème trimestre. Parallèlement, l’évolution des prix aux Etats-Unis atteint –0,7% en rythme annuel, accentuant les craintes d’une déflation.
L’Europe n’allait pas mieux puisque le PIB de la zone euro reculait de plus de 1% au 4ème trimestre et l’inflation tombait à moins de 1%. Alors que la déflation semblait s’installer, les marchés étaient à nouveau saisis par la panique, malgré l’annonce du plan Obama de 500 milliards fin janvier. Après un net rebond après l’investiture du nouveau président, les marchés touchaient de nouveaux plus bas fin février. Le Dow Jones passait brièvement sous les 7000 points, le CAC 40 sous les 2600, poussés par les annonces pessimistes des entreprises pour 2009 et des résultats 2008 très médiocres.
Fin février, la situation sur les marchés devient extrêmement tendue puisque la situation, qui semblait stabilisée depuis novembre, s’aggrave brutalement, provoquant une nouvelle panique. Tous les journaux titrent alors sur un nouveau 1929 ou annonce un scénario à la Japonaise.
Demain : la sortie de la crise de 2007-2009
10:55 Publié dans 2017, le Grand Choc, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, grand choc, 2017




Commentaires
J'attends la suite avec impatience, mais dans ton tableau, y a quelque chose qui me gêne un peu. Tu fais comme s'il n'y avait qu'une seule crise. Tu décris le passage à l'économie réelle de la crise financière comme quelque chose de naturel.
Or, a mon avis, c'est bcp plus compliqué que ça. Je pense qu'il y a deux crises qui se conjugent et dont les effets se renforcent avec la psychologie :
- Une crise financière qui se caractérise par de la destruction de valeur après une décennie d'hyperendettement et donc de création de monnaie virtuelle dans la sphère financière.
- Une crise économique qui se caractérise par un défaut de demande globale. On pourrait parler aussi d'une crise de suproduction et on ne devrait pas tarder à employer ce mot. Cette crise a été longtemps masquée par l'endettement privé en particulier américain. Une fois le ressort cassé, l'économie s'arrête faute de moteur.
Cependant je reste très surpris par la rapidité du passage de l'un à l'autre. Il peut y avoir un effet psychologique (on a peur du lendemain donc on consomme mois) mais je trouve quand même que ça passe très vite de l'un à l'autre. En France tout le monde parle de la crise alors que le chômage commence tout juste à augmenter et que le credit crunch n'est pas totalement confirmé. C'est bizarre ...
Ecrit par : Malakine | 01.01.2009
@ Malakine,
Je suis complètement d'accord sur l'existence de deux crises. Je passe volontairement rapidement de l'une à l'autre à dessein car l'explication de la crise actuelle n'est pas complètement mon but ici. J'y ai déjà consacré pas mal de papiers.
En fait, les deux crises sont liées puisque l'excès de demande était financé par une hausse de l'endettement consenti par les banques qui augmentaient leurs engagements pour augmenter leur profitabilité. Mais comme le marché est toujours excessif, cela a provoqué une inflation des actifs excessive, qui, en s'effondrant, ont fait s'écrouler le château de cartes.
Ici, je souhaite davantage décrire des phénomènes globaux dans un style plus journalistique. Il y aura des papiers différents, certains plus économiques, d'autres plus politiques. Là, je plante le décor, ce qui sera encore un peu le cas dans le 2ème de demain. Les choses deviendront plus croustillantes à partir du 3ème article.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 01.01.2009
Salut Laurent,
et bonne annee ;)
Ton approche est interessante et j'ai, tout comme Malakine, hate de lire la suite. Toutefois permet moi de discuter quelques points qui me semble errones ou approximatifs:
Tout d'abord la baisse du prix de l'immobilier aux USA n'est pas intervenue sans raison ou par atteinte d'un plafond, non: entre mai 2007 et septembre 2007, les premieres vagues de foreclosure ont eut lieu car les banques venait d'atteindre un stade ou les ARM ( taux variables) proposes aux emprunteurs n'etaient plus pris en compte par les banques pour valider les emprunts. En poussant le bouchon ils ont simplement accumules en tres peu de temps un carnet immense de mauvais payeurs qui ont lance la spirale des foreclosures. Entrainant ainsi comme tu le soulignes une instabilite des taux d'interets que la Fed n'a pas su enrayee.
"Tout d’abord, il a réduit la consommation des ménages, très endettés et qui n’épargnaient plus"
L'endettement assure aux USA la consommation des menages, ce n'est pas en epargnant que les consommateurs consomment :)... Le ralentissement de la consommation a surtout demarre avec les premieres vagues de licenciements entre Septembre 2007 et Mars 2008.
Si il y a eu transmission de la crise immobiliere, puis financiere a l'economie reelle c'est car la crise est totalement eschatologique. Elle ne repose pas seulement sur l'existence d'une bulle mais surtout sur la structure meme de notre economie deregulee ...
" Après avoir constaté que la faillite d’une institution comme Lehmann pouvait entraîner l’ensemble du système financier dans sa chute, les dirigeants de l’Union Européenne ont annoncé une garantie bancaire de plus de 1000 milliards d’euros ainsi qu’une recapitalisation des banques. Les Etats-Unis ont fait de même avec le sauvetage de Fannie Mae, Freddie Mac, AIG... Les banques centrales ont également soulagé l’ensemble de la planète financière en baissant les taux et en rachetant des milliers de milliards d’actifs pourris."
Ma remarque est anecdotique mais ton calendrier est inverse :) ...
7 Septembre 2008 : Fannie et Freddie sont place en conservatorship par la FHFA (donc premier sauvetage du gouvernement US pour assurer les structures centrales de l'emprunt immobilier aux USA)
14 Septembre : Lehman fait faillite, Bank of America rachete Merryl Lynch
16 Septembre : AIG recoit une aide 85 Milliards de Dollars prete par la part de la Fed, pour eviter une crise de liquidite suite a la baisse de son score de credit dans les agences de cotations.
19 Septembre : Henry Paulson propose son premier plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Le plan final sera adopte le 2 octobre apres un premier rejet le 29 septembre
et c'est seulement le 12 octobre que l'UE propose son plan de garanties bancaires et ses recapitalisations... le lendemain la France annonce 320 milliards de garanties.
Ah un autre detail , les banques centrales n'achetent pas les credits pourris, elle ne font que preter des liquidites, ce qui continue de gonfler l'endettement des contracteurs , mais leur evite une situation de banqueroute immediate. Par exemple AIG recupere des liquidites aupres de la FED ce qui permet a cette firme d'assurance de racheter directement les CDS aupres de clients qu'elle a assure. Cela dit, tu as raison, l'aide des banques centrales depuis Septembre a ete insensee atteignant un total de liquidite touchant presque les 7000 milliards, 7000 !!!.
Enfin le plan d'Obama qui sera annonce probablement au lendemain de l'investiture est estime pouvoir atteindre jusque 1000 milliards de dollars, certains ont meme specule au dela. Donc je rentre les paris de mon cote a 1000 ou plus ;)
Bon desole d'avoir fait un inventaire pareil, le but n'est surtout pas de mettre ton article en boite, mais simplement d'essayer d'y apporter quelques precisions.
Tiens d'ailleurs je suis surpris que tu n'es pas aborde meme subrepticement l'action de la Chine dans la crise actuelle, en raison de son role de premier preteurs au gouvernement US et de sa politique monetaire. J'imagine que cela sera surement traite dans les prochains articles fiction ;)
@ Malakine
Mmm il me semble que lorsqu'un pays entre un recession et que les plans de licenciements se multiplient a une vitesse terrifiante (http://eco.rue89.com/2008/11/19/avec-vous-eco89-tient-a-jour-la-carte-de-la-crise-sociale) , il est normale de parler de crise, non ?
Cela dit bien entendu les medias ont tendance a exagerer l'ampleur de la situation future afin de faire du spectacle. Mais c'est exactement ce que l'on disait des documentaires en 2007 qui annonce que Wall street perdrait 50 % quand la crise des subprimes commencerait a avoir des repercussions sur le secteur financier.
Ecrit par : Garcon | 02.01.2009
@ Garcon
Merci pour ce commentaire très complet.
Sur le calendrier, même si mon paragraphe n'avait pas de vocation chronologique, c'est vrai que j'aurais dû présenter les choses dans l'ordre tant qu'à faire.
C'est juste que la consommation a commencé à baisser dès septembre 2007, moment où les prix de l'immobilier commencent à baisser d'ailleurs... D'ailleurs, je dis bien que cette baisse était "prévisible".
Concernant les achats d'actifs pourris, il me semble au contraire que les banques centrales en achètent bien. C'est en tout cas ce que rapporte The Economist qui fait la chronique régulière de l'augmentation de la taille du bilan de la Fed, passé de 900 Mds$ à 3000 Mds$ depuis l'été.
Sur le plan Obama, il faudra bien séparer ce qui est de la vraie dépense additionnelle du total communiqué, mais la suite va aller dans le sens de ton pronostic. La Chine va prendre un rôle plus important à partir de la partie 3...
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 02.01.2009
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