02.01.2009

Le Grand Choc de 2017, partie 2 : la sortie de la crise de 2007-2009

Cette courte phase de panique a souvent été oubliée car elle n’a duré que deux semaines et a été suivie d’une stabilisation de la situation économique. Cela fut rendu possible par une réunion au sommet des principaux dirigeants de la planète, à l’initiative du président Américain.

Le tournant du sommet de Bretton Woods de 2009

Le 27 février, les dirigeants du monde abattaient leurs dernières cartes pour restaurer la confiance. Barack Obama annonçait le doublement de son plan de soutien à l’économie et la nomination de Mitt Romney dans son équipe pour signifier « l’union nationale dans cette lutte contre la plus grave crise économique que traverse le pays depuis 1929 ». La Chine donnait plus de substance à son plan de relance et l’Europe, par la voix de ces cinq principaux dirigeants, annonçait enfin un plan d’investissement massif (600 milliards sur trois ans). Enfin, la BCE se décidait à baisser ses taux à 1% et Ben Bernanke comme Jean-Claude Trichet annonçaient que pour combattre la déflation, ils n’hésiteraient pas à recourir à la planche à billet.

Le rebond fut immédiat avec des gains de plus de 12% dans les bourses du monde entier. En trois jours, les indices regagnaient les niveaux de fin 2008. À situation exceptionnelle, conduite exceptionnelle : à l’initiative de Barack Obama, le G20 décidait de se réunir une fois par mois pour faire un point sur la lutte contre la crise et s’assurer de la stabilisation de l’économie et des marchés financiers. Les déficits budgétaires atteignaient des sommets inédits, près de 10% aux Etats-Unis, près de 8% au Royaume-Uni comme en France et même 5% dans l’Allemagne d’Angela Merkel. Cela ne parvenait pas à éviter un épisode déflationniste significatif puisque les prix baissaient de 2% en rythme annuel mi-2009.

Cet activisme gouvernemental permettait de traverser six mois de disette économique où le taux de chômage s’envolait le temps que les mesures gouvernementales fassent leur effet. En septembre 2009, le taux de chômage Américain frôlait les 10%, de même qu’en Europe. Mais l’automne 2009 était marqué par les premières bonnes nouvelles. En effet, l’activité retrouvait un semblant de croissance, tant par l’injection massive d’argent public que par un comparatif moins difficile. En février 2010, l’annonce d’une croissance du PIB Américain de 2,1% en rythme annuel au 4ème trimestre et d’une hausse de 0,3% du PIB de la zone euro après la quasi-stabilité du 3ème trimestre mettait un point final à la crise.

Le débat sur les raisons de la crise et la réforme du capitalisme

Le débat économique qui suivit la crise de 2007-2009 fut extraordinairement intense. D’un côté, la plupart des économistes libéraux attribuaient la responsabilité de la crise aux emprunts hypothécaires de type subprimes et à la lenteur de la réaction des autorités publiques pour soutenir l’économie productive. La politique de la Fed était également tenue pour trop laxiste après 2001, la baisse trop rapide et trop forte des taux ayant encouragé la formation d’une bulle immobilière. Finalement, plus que la déréglementation, c’était la mauvaise intervention des autorités publiques qui devenait le bouc émissaire de la crise !

Pourtant, une autre école de néo-keynésiens comme Joseph Stiglitz, avait une analyse radicalement différente. Pour eux, c’était la déréglementation du monde de la finance et de l’économie qui étaient responsables du désastre de 2007-2009. Ils critiquaient la déréglementation du commerce, qui pousse à la déflation salariale et dénonçaient l’utilisation de l’effet de levier qui provoquent des bulles financières par la création monétaire. Fin 2009, ils créèrent le « Cercle pour une Alternative Economique », dont les principales figures étaient Paul Krugman, Joseph Stiglitz ou Robert Reich aux Etats-Unis, Emmanuel Todd, Jacques Généreux, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau en France.

Malheureusement, ce fut le premier groupe qui l’emporta dans l’analyse de la crise. Les circonstances économiques favorables à une remise en question ne trouvèrent pas les bons dirigeants. Ni Angela Merkel, ni Nicolas Sarkozy, ni Gordon Brown ne voulaient véritablement changer un système auquel ils croyaient. Ils préféraient s’en tenir à une lecture finalement très libérale des raisons de la crise et se limitaient à sanctionner quelques comportements individuels. Seul Barack Obama aurait pu faire pencher la balance dans une autre direction mais son entourage économique, beaucoup trop uniforme, ne comprenait aucun économiste hétérodoxe appartenant au Cercle…

Le 27 février 2010, Barack Obama prononçait un nouveau discours à Bretton Woods où il tirait les leçons d’une crise qui, « si elle est désormais derrière nous, nous a montré qu’il ne faut pas oublier l’économie réelle, que les autorités avaient trop tardé à secourir ». Sa côte de popularité atteignait alors 85%.

Demain : une sortie de crise illusoire

Commentaires

Tu es sûr que la mise en cause de la responsabilité des subprimes et la critique de la lenteur de la réaction publique est une critique des libéraux ??

En fait cette question m'amène à une remarque : On ne connait pas vraiment le point de vue des libéraux sur la nature de la crise.

En ce moment, il y a un argument qui monte (et qui n'est pas faux) Il s'agit de dire que les subprimes ne sont pas un produit du marché mais d'une décision politique de l'administration clinton qui a voulu développer l'accession sociale à la propriété (comme on dit chez nous). Ce serait donc encore une fois, un interventionnisme excessif et maladroit ...

Ecrit par : Malakine | 04.01.2009

@ Malakine,

Pour le coup, je connais bien le point de vue des ultralibéraux puisque je suis abonné depuis des années à leur revue de référence, The Economist. Je ne fais que reprendre ce qu'ils disent depuis des semaines.

Ils attaquent en effet la réaction publique, que ce soit celle de la Fed (qui n'aurait pas assez monté les taux après 2001), comme l'administration Bush (le fait de laisser tomber Lehmann).

Pour l'instant, eux n'attaquent pas Clinton sur les subprimes mais ils dénoncent le manque de transparence du mécanisme des subprimes et demandent des règles assurant plus de transparence (agences de notation qui ne pourraient pas être juges et parties par exemple...). Si cela est clairement juste, c'est une analyse très libérale de la crise.

Curieusement, ils parlent beaucoup de l'effet de levier comme un facteur amplifiant et expliquent très bien comment certaines banques d'affaires avaient 33 fois plus d'actifs que de capital (je n'ai pas fait de typo) et que le climat actuel les a poussé à réduire ce ratio à 16, provoquant une réduction de l'effet de levier qui amplifie la crise, mais ne proposent rien contre par dogmatisme libéral.

Sur le commerce (la revue a été fondée au 18ème siècle pour défendre le libre-échange), ils sont d'un dogmatisme théologique : "le libre-échange, c'est bien, toute forme de protection est mal".

Pour info, cette revue a pris position pour le commerce des reins après une démonstration assez abracadabrantesque (en expliquant que cela permettrait de meilleures conditions sanitaires...), pour dire leur niveau de libéralisme.

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 04.01.2009

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