03.01.2009

Le Grand Choc de 2017, partie 3 : une sortie de crise illusoire

La crise de 2007-2009 se solde donc par une victoire de l’école néolibérale, qui impose ses conclusions et son analyse des erreurs qui avaient mené à un tel choc. Pourtant, son succès est de courte durée tant elle est rapidement rattrapée par la réalité économique.

Une croissance molle comme sortie de crise

En effet, la sortie de crise est difficile. Certes, de la fin 2009 au premier semestre 2010, la sortie de la récession après une telle crise est accueillie avec un véritablement soulagement. Le déversement massif d’argent public permet aux Etats-Unis d’afficher un taux de croissance de 2,2% en 2010, malgré une légère remontée du taux d’épargne. En Europe, la croissance atteint alors 1,8% dans la zone euro. Mais cela laisse le PIB au niveau de 2008 et les tendances déflationnistes restent vivaces puisque les prix sont stables. En fait, l’Europe et les Etats-Unis sont entrés dans une phase de croissance molle.

Il faut dire que la crise n’a absolument rien changé à l’organisation du commerce international. Le climat économique toujours peu favorable pousse les grandes multinationales à délocaliser, dans l’industrie comme dans les services. L’Inde devient notamment le nouveau paradis des banques, qui y délocalisent des pans entiers de leur activité depuis que la Commission de Bruxelles a autorisé l’emploi de formulaires en anglais en Europe pour que leur traitement puisse être délocalisé. En outre, les Etats reviennent à des politiques budgétaires restrictives dès 2011 pour éponger des déficits devenus massifs.

Les années 2011 à 2013 sont donc des années de croissance très faible avec un pouvoir d’achat en berne et un chômage résiduel important. En outre, la Fed et la BCE, une fois la crise passée, remontent leur taux pour éviter la formation d’une bulle financière, comme après 2001. Malgré une inflation qui peine à dépasser 1%, la Fed remonte ses taux à 3%, un taux finalement élevé vu que la croissance ne dépasse pas 2%. En Europe, Jean-Claude Trichet, confirmé dans ses fonctions en 2011, pousse les taux à 4% parce que la croissance de la masse monétaire (à 5% par an) reste « préoccupante ». L’euro oscille entre 1,8 et 2 dollars. Airbus décide donc d’ouvrir l’usine du successeur de l’A320 dans le Kentucky.

Une reprise temporaire qui camoufle les ferments du Grand Choc

Cependant, 2014 et 2015 marquent une accélération de la croissance. La raison de cette reprise est l’essor des importations chinoises. En effet, début 2010, après une année 2009 où la croissance réelle est tombée à 2%, l’explosion du nombre de chômeurs provoque des manifestations contre le pouvoir en place, qui comprend qu’un modèle économique uniquement basé sur les exportations pose problème quand le monde entier est en récession. Résultat, en avril 2010, le gouvernement chinois décide d’instaurer un véritable système de protection sociale, couvrant la retraite, la maladie et le chômage.

Cette décision provoque une décrue progressive du taux d’épargne des ménages. Cela permet une hausse de la croissance de l’Empire du Milieu, qui renoue avec les 10% de hausse du PIB grâce à une envolée de la consommation, qui provoque une hausse des importations et donc de la croissance dans le monde entier. En 2014 et 2015 les Etats-Unis renouent avec une croissance du PIB de 3%, l’Union Européenne atteint 2%. La réduction des déséquilibres commerciaux Américains et Chinois fait alors prédire à Alain Minc « une fin de l’histoire économique » dans un livre qu’il veut être la suite de « la mondialisation heureuse ».

Pourtant, des déséquilibres majeurs persistent, voire s’amplifient. Le revenu des classes populaires et moyennes stagne, voir baisse. La part des revenus dans le PIB poursuit sa baisse, alors que les bénéfices des entreprises continuent à progresser, portés par une nouvelle vague de concentration après la crise. L’optimisme ambiant provoque une nouvelle bulle boursière : le Dow Jones atteint 25 000 points et le CAC 10 000 à l’automne 2016, au moment où les engagements hors bilan des banques dépassent ceux au bilan. L’effet de levier a de nouveau provoqué un afflux de liquidités qui a fait monter les marchés.

L’accélération de la croissance provoque cependant depuis deux ans une très forte hausse des cours des matières premières : le baril de pétrole dépasse 250 dollars à l’automne 2016. Conjuguée à la forte hausse des salaires en Chine, qui augmente le prix des produits importés, l’inflation dépasse 5% aux Etats-Unis comme en Europe en 2016, provoquant une hausse des taux d’intérêts à court terme, au-delà de 7%. Mais la persistance d’un niveau de chômage significatif ne permet pas aux salaires de suivre, provoquant une perte de pouvoir d’achat importante malgré la reprise.

À l’automne 2016, la situation économique apparaît particulièrement instable, avec une envolée de l’inflation, des taux d’intérêt et des bourses soutenues par la croissance des profits. Le Cercle pour une Alternative Economique alerte pourtant les dirigeants depuis des années, mais il n’est pas écouté.

 Demain : un contexte politique troublé

Commentaires

"Le Cercle pour une Alternative Economique alerte pourtant les dirigeants depuis des années, mais il n’est pas écouté."...

Cette bonne blague ! L'intelligence et le goût du pouvoir sont incompatible... comme l'intelligence et la suceptibilité (ou l'idéalisme), d'ailleurs... lol !

Ecrit par : Ozenfant | 03.01.2009

Ton petit texte de politique fiction semble hélas indiquer quelle sera la vie la plus probable. J'attends avec résignation la partie consacrée à la France ("alors que la violente crise de 2008-2010 avait vu la fermeture, "nécessaire", des usines de Flins, Dieppe, Sandouville, et Douai, Renault, qui a renoué avec les profits, annonce que le le lancement du successeur low-cost de la Kangoo sur les chaînes de Dacia à Pioesti, en Roumanie. Tancé par Nicolas Sarkozy, Patrice Pelata, qui a succédé à Carlos Ghosn, annonce que cela ne met nullement en danger la dernière usine automobile de l'ancienne régie en Frnce, à Maubeuge, "si elle la Kangoo III atteint ses objectifs"... ").

Puis-je contester une des phrases de lancement de ton texte? "Le climat économique toujours peu favorable pousse les grandes multinationales à délocaliser" Les délocalisations n'ont rien à voir avec le climat économique, mais beaucoup avec le croisement des exigences de rendement du capitalisme financier et les possibilités ouvertes par la mondialisation...

Tiens, le patron indien qui a racheté l'usine métallurgique de mon oncle au début 2008 vient de débarquer de Mumbai. Il ne comprend pas qu'on paie les ouvriers mis au chômage technique, dans le pays de France. Il faut dire que chez lui, il paie ses ouvriers avec les chutes de métal ramassés au pied de ses marteaux pilon.
Ce n'est pas de la fiction...

Ecrit par : Géry | 03.01.2009

J'adore cette prédiction : "L’Inde devient notamment le nouveau paradis des banques, qui y délocalisent des pans entiers de leur activité depuis que la Commission de Bruxelles a autorisé l’emploi de formulaires en anglais en Europe pour que leur traitement puisse être délocalisé"

En revanche, j'ai un doute sur un point, c'est quand tu dis que la relance du marché intérieur chinois tirera la croissance du monde. A mon avis, pas du tout. La Chine ne relancera sa demande intérieure que lorsque elle sera sure de pourvoir elle même à tous les besoins de son économie. L'histoire des exportations vers la Chine c'est une joyeuse blague. Ce qu'on y exporte est construit sur place !

La relance chinoise ne se fera que dans un contexte protectionniste, comme toute vraie relance par la demande d'ailleurs.

Et on en parle un moment du passage à un modèle protectionniste dans ton scénario ou les dirigeants continuent à s'enferrer dans leurs dogmes d'il y a 30 ans ?

Ecrit par : Malakine | 04.01.2009

@ Malakine,

Sur la Chine, je pense qu'une forte croissance de la consommation finirait par avoir un effet sur les importations, qui auraient une plus forte croissance que les exportations, et in fine, transmettrait de la croissance aux autres pays, de par la taille du pays (Airbus, luxe, machines outils, peut-être même un peu plus de voitures...). C'est la taille du marché chinois qui pourrait légèrement doper la croissance des autres pays (les quelques dixièmes de points de croissance qui feraient passer l'Europe de moins de 2 à plus de 2 par exemple, par l'effet d'entraînement que cela aurait sur les investissements.

Ne t'inquiète pas sur le commerce : il y a une refondation du capitalisme à la fin car j'aime bien les "happy end".

Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 04.01.2009

Je reste sceptique. La chine est grande mais le PIB par tête reste très faible. A l'échelle mondiale une augmentation du pouvoir d'achat des chinois n'aura pas un grand impact

Ecrit par : Malakine | 04.01.2009

@Laurent,
Le jour où les Chinois auront le niveau de vie suffisant pour acheter des produit importés, nous ne fabriquerons déjà plus rien en France.
Il est donc urgent, non pas de délirer comme le font le négationnistes, mais, comme le disait De GAULLE : AGIR !
"Les plus nobles principes du monde ne valent que par l'action".
La seule action immédiate possible est de sortir de notre fiscalité embauchisside et obsolète.

Tu me diras Laurent, que les idéalistes sont plus habitués à : "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué", qu'aux principes de pragmatisme et de bons sens gaulliens !

Enfin Régis Debray disait que "Les idées d'une époque sont comme le mobilier ou les appartements de la classe dominante : ils datent de l'époque précédente".

Reprendre les idées de grand-papa en se croyant génial est un leurre : Nous avons besoin d'actions concrète de COMMENT et non de POURQUOI à la portée de n'importe quel crétin capable de lire les livres d'économie virtuelle du passé.

AGIR et comment AGIR.

Ecrit par : Ozenfant | 05.01.2009

Ecrire un commentaire