13.01.2009
La trahison sociale des socialistes
C’est Malakine sur son blog Horizons qui a déniché cette interview de Jacques Delors, la référence d’une grande partie du Parti Socialiste. Une interview essentielle pour comprendre pourquoi les socialistes ne sont pas l’alternance dont notre pays a besoin.
La démission libérale du PS
1983 marque la rupture du Parti Socialiste avec sa volonté de « changer la vie ». L’échec du programme commun a provoqué une reddition sans condition aux dogmes ultralibéraux, dont Jacques Delors était déjà un des principaux avocats. Bien sûr, il y a eu les 35 Heures sous le gouvernement Jospin, qui permettent de garder une illusion de volontarisme économique. Mais leur bilan controversé, notamment pour les classes populaires, et d’autres mesures, comme la directive sur la libéralisation des services publics ou les privatisations montrent bien l’étendue de la conversion néolibérale des socialistes.
En fait, c’est la pensée économique du Parti Socialiste qui est profondément atteinte, comme le montre cette interview de Jacques Delors. Chose absolument incroyable, il reconnaît que « la mondialisation exerce une pression sur les revenus et le niveau de vie des pays riches » et que « seule une partie a vu ses revenus croître très nettement ». On pourrait s’attendre alors à ce que l’ancien Président de la Commission Européenne exprime un minimum de regrets ou la volonté de changer le cours des choses. Mais non, « il faut bien voir qu’il y a un marché mondial et que ceux qui veulent avoir une place au soleil poussent, donc les classes moyennes souffrent de cela ».
Ce froid constat de celui qui inspire encore une bonne partie du PS n’est malheureusement pas une surprise. De nombreuses personnes, notamment de gauche, ont dénoncé sa dérive libérale (sur l’économie). Je l’avais évoqué dans ma chronique des livres de Jacques Généreux, ancien membre du bureau politique, et Jean-Claude Michéa. Le premier dénonçait alors une « illusion démocratique » où « les électeurs ont alors le « choix » entre des candidats dont aucun ne représente l’alternative à laquelle ils aspirent » ainsi que la « troisième voie », qui n’est qu’une capitulation de la gauche au néolibéralisme.
Quelle alternance pour les citoyens ?
Le mal du Parti Socialiste est profond. Avec le départ de Jean-Luc Mélenchon, Jacques Généreux et d’autres, il ne reste presque plus de penseurs alternatifs. On peut même suspecter Benoît Hamon d’être davantage dans une posture gauchiste que dans une véritable pensée alternative quand on lit le texte d’orientation qu’il a signé pour prendre la fonction de porte-parole. Dès lors, il faut espérer que les Français se tourneront vers d’autres partis pour rechercher une alternance au système économique actuel. Trois se présentent à eux : le Modem, le Parti de Gauche et Debout la République.
Le Modem est le premier candidat naturel, grâce au score de son candidat en 2007 et la perspective crédible de sa victoire en 2012. Pourtant, on peut se demander si François Bayrou n’est pas dans une aventure purement personnelle et s’il n’est pas le représentant ultime du système économique actuel. En fait, une issue possible serait un véritable virage à gauche, avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, mais, coincé entre une franchise socialiste qui cherche à se gauchir et Olivier Besancenot, il ne lui sera pas évident d’exister politiquement. On peut également s’interroger sur son rapprochement avec le PC.
Reste alors l’option de l’alternance gaulliste. Après tout, le Général n’était pas le dirigeant politique le moins critique à l’égard des excès du capitalisme, dont « il est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Il entendait répondre à ces limites par « le dirigisme du nouveau régime », un terme que même le PS n’ose pas utiliser dans ses discours… Le gaullisme peut représenter une possibilité d’alternance, et comme il a été digéré et oublié au sein de l’UMP, c’est bien dans un nouveau parti qu’il pourra renaître, sans doute au sein du mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République.
Même s’il parvenait à récupérer le pouvoir, le Parti Socialiste ne serait pas capable de proposer la moindre alternance économique tant, suivant Jacques Delors, il a démissionné face à l’ultralibéralisme. La France devra se tourner ailleurs pour trouver une alternative.
Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/la-vrit-sort-d...
10:59 Publié dans Actualités, Blog, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, jacques delors, néolibéralisme, horizons, malakine, jacques généreux, jean-claude michéa




Commentaires
Il n'est pas acceptable de laisser écrire que Mr Bayrou serait le représentant ultime d'un système qu'il combat farouchement.
Depuis plus de 12 ans, il a continuellement travaillé à enrichir son sens des valeurs, à porter l'honneur d'une politique centrée sur l'être humain, par dessus les masses grouillante des partis magouilleurs. Trêve de superlatifs, que voulons-nous ? Nous voulons des hommes honnêtes qui font une politique honnête au service de tous les citoyens : cessons de faire semblant de ne rien voir, d'éviter du regard cette option par pure jalousie.
Ceci dit, ce n'est pas en tournant le dos au monde que celui-ci cessera d'exister. Et contrairement à ce que pense intimement Mr Dupont-Aignan, l'Europe est notre meilleure arme pour imposer une alternative au reste du monde : l'Europe actuelle n'est certes pas la bonne, mais pour remodeler l'Europe, il faut déjà embrasser sa cause plutôt que vouloir l'enterrer.
Ecrit par : Robbyone | 13.01.2009
@ Robbyone
Vous noterez que je tourne ma phrase d'une manière interrogative : "on peut se demander si...". A dire vrai, si sur un certain nombre de points (médias, affaire Tapie), François Bayrou a démontré qu'il voulait changer le système, j'en doute beaucoup sur l'économie. Je n'ai toujours pas vu chez lui une analyse de la crise qui démontre une véritable pensée économique alternative...
Concernant NDA, il s'agit d'un faux débat un peu trop facile. Son message lors du Congrès du 23 novembre a justement été de dire que nous avions besoin de changer le monde, et que pour changer le monde, nous avions besoin de l'Europe, mais d'une autre Europe, mais pas celle, dogmatiquement ultralibérale du TCE et de Lisbonne.
Ceux qui ne sont pas pour l'Europe telle qu'elle se construit depuis plus de 20 ans ne sont pas forcément anti-européens. Nous cherchons juste à construire une Europe plus démocratique, plus européenne et qui fait de l'économie au service des peuples européens au lieu de mettre les peuples au service de l'économie.
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 13.01.2009
Laurent,
Bayrou s'est tellement discrédité ces dernier temps (Pau, Tapie, etc.) que bien que j'ai voté pour lui au 1er tour des présidentielles... je ne le ferai plus aujourd'hui !
Tiens, tu devrais lire dans mon blog, (pour une fois j'ai un papier intéressant lol), traduit de l'Anglais au sujet d'une intellectuelle française rationnelle qui secoue un peu "l'économiste": Je paris que çà t'en bouche un coin ?
Et bien NON intellectuel français rationnel… Oxymore ?
Pas toujours : Esther Duflo arrive : Pousse-toi, Jean-Paul (SARTRE)… Voici venir le nouveau visage des intellectuels français !
http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2009/01/esther-duflo-arrive-pousse-toi-jean-paul-sartre-voici-venir-le-nouveau-visage-des-intellectuels-fran%C3%A7ais.html#comments
Ecrit par : Ozenfant | 13.01.2009
Quelques commentaires de quelqu'un qui a vécu ces événement de près. Je pense qu'en premier lieu le Programme commun de la gauche n'a pas été un échec puisqu'il n'a jamais été appliqué! La mainmise de Jacques Delors et de tous les techno eurocrates dans presque tous les cabinets ministériels (ceci est du vécu!) a objectivé les tenants d'une république sociale jauressienne (avec actualisation) au profit du social-libéralisme mou-mou-mou. La suite on la connait: capitulation en rase campagne au profit de l'idéologie Deloriste et de cette parenthèse (1983) qui n'a jamais été refermée.
Un mot sur François Bayrou. Non seulement je partage l'analyse de l'auteur mais je serai encore plus ferme: F. Bayrou digne et légitime héritier du MRP, est un europésite convaincu et un libéral absolu (vouloir contenir constitutionnellement le déficit public en est un des exemples). De même, n'oublions pas que, par pure pleutrerie, lorsqu'il fût ministre de l'Education Nationale, il ne réussit l'exploit que de mettre 1 millions de personnes dans la rue lorsqu'il marquât sa volonté d'abandonner la Loi Falloux.
Ecrit par : simon | 14.01.2009
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