14.01.2009
Les dérapages démocratiques de Nicolas Sarkozy
Le moins que l’on puisse dire est que le président multiplie les annonces en ce début d’année : réforme du permis de conduire, refonte du gouvernement, gratuité des musées pour les moins de 25 ans… Mais entre ces annonces, de véritables dérapages démocratiques ont lieu.
Dérapages parlementaires
Ce début d’année relativise la présentation de la réforme de la Constitution comme une avancée des droits du Parlement, que « personne ne pouvait refuser ». En effet, le Sénat s’est retrouvé à examiner le texte de la réforme de l’audiovisuel alors qu’une partie de la réforme, c’est-à-dire la suppression de la publicité, était déjà appliquée depuis le 5 janvier. Résultat, on se demande bien à quoi sert le Parlement quand il n’est que la caisse enregistreuse d’une décision prise à l’Elysée, qui a piétiné les conclusions de la commission Copé, et l’applique en partie avant même son vote.
Le deuxième dérapage parlementaire consiste dans la réforme du droit d’amendement de l’opposition. Jusqu’à aujourd’hui, les parlementaires pouvaient déposer autant d’amendements qu’ils le souhaitaient, ce qui pouvait permettre à l’opposition de pratiquer une forme d’obstruction, qui, à défaut d’être glorieuse, est commune dans la plupart des démocraties. La droite comme la gauche y ont eu recours. Le gouvernement souhaite aujourd’hui limiter ce droit en mettant une limite au temps de débat. Il y avait pourtant une solution simple auparavant, avec l’article 49-3, qui permettait de couper court au débat. La limitation de son usage a peut-être provoqué cette nouvelle réforme qui encombre un agenda inutilement surchargé.
Dérapages judiciaires et communicants
Et le manque de respect du travail parlementaire se retrouve également dans l’annonce de la suppression du juge d’instruction. Le Parlement avait fait un travail intéressant suite au scandale Outreau et la commission d’enquête avait présenté des conclusions concrètes pour éviter certains disfonctionnements, en introduisant par exemple un collège de trois juges pour certaines décisions, de manière à éviter la solitude du juge d’instruction. Nicolas Sarkozy a balayé ce travail d’un revers de main et propose donc de confier les responsabilités du juge d’instruction à un magistrat du parquet, dépendant du ministère, supprimant de facto l’indépendance de l’instruction, dans un nouveau recul démocratique.
Alors, bien sûr, Nicolas Sarkozy a trouvé une astuce en parlant de « juge de l’instruction », de manière à rendre le débat démocratique plus confus. Le président est malin, mais cette présentation trompeuse est trop évidente pour ne pas être remarquée. Cette tentative de détournement du débat est habituelle chez lui : il suffit de se souvenir de ses déclarations triomphalistes sur la guerre de Gaza il y a quelques jours, dont on constate bien aujourd’hui qu’elles étaient largement prématurées…
Nicolas Sarkozy parlait de république irréprochable lors de la campagne présidentielle. Mais la réalité est toute différente. Outre une main mise renforcée sur le Service Public et la justice, il détourne les débats d’une manière bien peu démocratique. Mais dans ce tourbillon, il est difficile de se poser pour le voir.
Source : Le Canard Enchaîné
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, commission copé, juge d'instruction, service public, gaza, outreau




Commentaires
Je ne crois pas que le droit d'amendement ait été vraiment limité. C'est le temps de parole pour les défendre qui l'est. En outre, il ne faut pas oublier la réforme constitutionnelle qui conduit désormais l'assemblée à voter sur le texte amendé par la commission. Ca plus le partage de l'ordre de jour, c'est une vraie avancée "démocratique", si l'on considère que le parlement est plus démocratique que le gouvernement (ce que je ne pense pas)
Sur le deuxième point, la réforme vise à mettre de la dualité dans la procédure ce qui est plutôt une bonne chose. Un qui enquête, l'autre qui juge de la qualité de l'enquête.
Aujourd'hui, il n'y a pas de filtre pour s'opposer à une instruction partiale. Demain, il y aura ce juge.
Maintenant, il est vrai qu'on peut s'inquiéter de voir les enquêteurs dépendre du pouvoir politique, mais à ma connaissance, c'est déjà plus au moins le cas, vu que la police judiciaire dépend du ministre de l'intérieur et que les parquet qui décide de poursuivre ou non dépendent du garde des sceaux.
D'une manière générale, il me semble que l'arbitraire politique est toujours préférable à l'arbitraire d'un homme indépendant qui n'a de compte à rendre qu'à lui même (idem pour le CSA pour la polémique sur la nomination du PDG de FT...)
Ecrit par : Malakine | 14.01.2009
@ Malakine,
Je suis d'accord sur le fait que l'arbitraire politique vaut mieux que l'arbitraire d'un homme indépendant (c'est la base de mes positions sur la BCE ou la Commission).
Je pense également comme toi que le partage de l'ordre du jour n'est pas un progrès. Cela déséquilibre en partie la Vème République.
Concernant la réforme du juge d'instruction, ce qui me gène, c'est que NS semble favoriser une voie où l'indépendance serait encore davantage mise à mal, ce qui me semble dangereux vu les excès du Président.
Et concernant la réforme du droit d'amendement, même si certains excès ne me semblent pas terribles, il ne faut pas oublier que le gouvernement a toujours le choix d'utiliser le 49-3. Les équilibres de la Constitution me semblaient bons. NS décide de mettre des limites au 49-3, et en conséquence, il doit faire d'autres modifications. C'est de la perte de temps, alors qu'il ne fait pas grand chose contre la crise ou la refondation du capitalisme (à part des déclarations justes, mais pas suivies par les faits).
Ecrit par : Laurent, gaulliste libre | 14.01.2009
Sarkozy veut contrôler le juge de l'instruction pour protéger ses ministres menacés par la justice : André Santini, Bernard Laporte, Bernard Kouchner.
Sarkozy veut également se protéger lui-même, au cas où un juge trop curieux chercherait à savoir qui sont les hommes politiques français ayant reçu des valises de billets de banques, provenant de l'argent du pétrole gabonais.
Omar Bongo est le dictateur du Gabon depuis 1967. Omar Bongo profite des millions de tonnes de pétrole que produit le Gabon. Quand Omar Bongo rencontre des hommes politiques français de premier plan, il leur donne des valises de billets de banque pour qu’ils financent leurs campagnes électorales. Cette corruption dure depuis presque quarante ans.
Question numéro 1 : quels sont les hommes politiques français qui ont reçu des valises de billets de banques du dictateur gabonais Omar Bongo ?
Question numéro 2 : Sarkozy a été élu président de la République le 6 mai 2007. Mais pourquoi diable Sarkozy s’est-il empressé de recevoir Omar Bongo dès le 16 mai 2007, avant même de rencontrer les autres chefs d’Etat européens ?
Question numéro 3 : sur 100 dollars que rapportent les barils de pétrole du Gabon, combien de dollars sont allés dans les poches de Omar Bongo ? Combien de dollars sont allés dans les poches de Sarkozy ? Combien de dollars sont allés dans les poches de Kouchner ?
http://www.rue89.com/2007/07/27/bongo-et-la-france-quarante-ans-de-mauvais-coups
Ecrit par : BA | 14.01.2009
@ laurent
dans le temps il y avait aussi la procédure du vote bloqué, mais il a semble t-il disparu à la faveur de la dernière réforme consitutionnelle. Quand j'ai regardé la dernière fois avant de poster mon commentaire, je ne l'ai pas retrouvé à l'article 40. Et ça c'est une connerie encore pire que d'avoir supprimé le 49-3
@ BA
Attendons de voir si la réforme prévoir toujours un déclenchement automatique de l'instruction. Si c'est le cas, ça ira. Si le parquet est libre de poursuivre ce qu'il a envie de poursuivre, alors oui, il y aura un vrai problème de dérive autoritaire.
Ecrit par : Malakine | 15.01.2009
Les dérives autoritaires peuvent conduire aux révolutions.
le peuple français, lui, croit de moins en moins à ce que raconte l'establishment.
De Gaulle, s'il était en vie serait, sans doute, scandalisé par cette dérive des institutions dont il se méfiait déjà et par les agissements de Nicolas Bonaparte qui pense plus vite que son ombre.
Seule la lumpen intelligentsia est assez crédule pour croire encore des médias discrédités.
Paradoxalement, s'il n'y a pas de réactions violentes contre ce pouvoir grotesque (même si ce serait pire avec le PS), c'est grâce à cette naïveté induite par notre enseignement hyper-théorique.
Un des 100 intellectuels les + reconnus de la planête le dit haut et clair : http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/cha_int/experience_science_et_lutte__1.jsp
Encore faut-il avoir envie de comprendre...
Ecrit par : Ozenfant | 15.01.2009
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