06.02.2009
Le disque rayé de Nicolas Sarkozy
Hier soir, Nicolas Sarkozy est intervenu dans une émission consacrée à la crise. Toujours aussi combatif, il a continué à défendre tout ce qu’il a fait dans un contraste saisissant avec l’admission récente par Barack Obama d’une erreur. Il a également essayé de donner une tonalité sociale à son intervention.
Un président droit dans ses bottes
Nicolas Sarkozy a eu droit à une heure et demie en prime time sur TF1, France 2, M6 et RTL en même temps, tout en ayant probablement choisi ses interviewers. Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont pas bien méchants avec lui. Laurence Ferrari, Guy Lagache, qui recueille la palme des questions complaisantes (« on a le sentiment qu’il y a deux poids, deux mesures, ce qui n’est pas forcément vrai » sur les banques, ou « combien d’emplois va sauver votre plan ? »), David Pujadas et Alain Duhamel n’ont pas cherché à mettre le président en difficulté, au point que celui-ci se faisait tout doux à leur égard.
Cette émission a été l’occasion pour lui de reprendre tous ses grands classiques : la dénonciation des 35 Heures, la difficulté de son travail, le besoin de compétitivité dans un monde qui change, le succès de sa réforme des régimes spéciaux, la TVA européenne, son omniprésence, la dureté de la crise (« la plus importante depuis un siècle »), la dénonciation des spéculateurs ou la volonté de refonder le capitalisme. Il est revenu vivement sur sa promesse faite à Gandrange, assurant que Mittal avait respecté trois des quatre engagements pris, et a osé promettre d’y retourner (ce qu’il avait déjà fait il y a un an !).
Il y avait cependant des éléments intéressants dans son discours, notamment la défense d’un plan de soutien par l’investissement et pas par la consommation. Même si cela est dur dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, le président a raison. Quand on endette l’Etat et les Français, autant que ce soit pour créer un actif pour la collectivité et pas pour financer des dépenses courantes. La démonstration était claire et juste et il a eu raison de souligner l’échec de la baisse de la TVA au Royaume-Uni. Il a bien montré le danger des délocalisations avec la baisse de notre production automobile, transférée à l’Est.
Un constat parfois juste, des mesures souvent mauvaises
Mais si Nicolas Sarkozy sait faire les bons constats, il pêche souvent par les mesures. Pour contrer le sentiment d’injustice des 25 milliards distribués aux banques, il a expliqué qu’ils allaient produire 1,4 milliards d’intérêts qui pourraient être utilisés à des fins sociales. Mais, il oublie de dire que l’Etat va payer des intérêts d’environ 1 milliard sur cette somme et qu’emprunter davantage renchérit l’ensemble des emprunts de l’Etat… En outre, il a annoncé trois à six mois de discussion avec les partenaires sociaux après le 18 février pour arriver à une mesure concrète ! Pire, après avoir disserté sur les difficultés des travailleurs pauvres, il a balayé d’un revers de main un coup de pouce au SMIC car il ne concerne que 17% des Français !
En outre, comment ne pas être surpris devant sa promesse de supprimer la taxe professionnelle. Bien sûr, cela améliorerait la compétitivité de nos entreprises, mais il semble pour le moins étrange d’entendre un président prônant une certaine modération de la dépense annoncer 8 milliards de baisses d’impôt pour les entreprises alors que le trou des finances publiques va passer de 40 à 80 milliards en deux ans ! Comment va-t-il le financer ? En outre, les journalistes soulignent ce matin que le montant réel de la facture devrait dépasser les 20 milliards !
Mais c’est sans doute sur la crise que le président a été le plus décevant. Dans cette émission qui lui a pourtant été consacrée, Nicolas Sarkozy n’a pas jugé bon d’en expliquer les tenants et aboutissants. Il n’a pas proposé de lectures autres que le rejet de la responsabilité sur des boucs émissaires commodes, les traders, dont il a attaqué les rémunérations, ou les agences de notation. Il s’est contenté de réclamer une meilleure gouvernance mondiale, concernant toutes les institutions financières ainsi qu’une interdiction du hors bilan et des paradis fiscaux. Un peu court même si ces points sont justes.
En fait, Nicolas Sarkozy semble être dans une bulle et réagir à la crise sans vraiment la comprendre. Pire, il ignore à ce point les préoccupations des Français qu’il croît que promettre de discuter avec les partenaires sociaux de la distribution d’un gros milliard les satisfera alors qu’il en promet 8 aux entreprises !
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/05/nicola...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, face à la crise, intervention télévisée, gandrange, crise économique, taxe professionnelle




Commentaires
Le 24 avril 2004, aux Etats-Unis, le ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Nicolas Sarkozy prononce un discours devant l’organisation American Jewish Committee :
« Certains en France m’appellent Sarkozy l’Américain. J’en suis fier. Je suis un homme d’action, je fais ce que je dis, et j’essaie d’être pragmatique. Je partage beaucoup des valeurs américaines. »
Le 4 avril 2009, Sarkozy l’Américain replacera la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.
Lisez cet article :
La France parachève son retour dans l'OTAN.
Nicolas Sarkozy et ses conseillers sont dans la phase finale d'un processus qui mettra fin à plus de quatre décennies d'une "exception" française au sein de l'Alliance atlantique. L'Elysée prépare, ainsi que le chef de l'Etat l'avait annoncé à l'été 2007, le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN.
En 1966, c’est par une lettre adressée au président américain Lyndon Johnson que le général de Gaulle avait signifié le retrait de la France de ces structures, afin d'affirmer l'autonomie nationale en pleine guerre froide, et en s'appuyant sur l'acquisition de l'arme nucléaire.
Le virage voulu par M. Sarkozy doit être scellé début avril à Strasbourg et Kehl, lors du sommet marquant les 60 ans de l'OTAN, auquel participera Barack Obama. L'Elysée a voulu accompagner l'événement d'un fort affichage franco-allemand. En témoigne la tribune que le président Sarkozy et la chancelière Angela Merkel publient dans "Le Monde" et la Süddeutsche Zeitung : "Pour répondre aux crises et aux conflits, affirme ce texte, les alliances fondées sur des valeurs communes, comme l'Union européenne et l'OTAN, prennent une importance accrue."
"Il est dans notre intérêt de faire de la construction européenne et du partenariat atlantique les deux faces d'une même politique de sécurité", ajoute cette déclaration commune, faite à la veille de la conférence annuelle de Munich sur les questions de sécurité en Europe, à laquelle doit se rendre, samedi 7 février, M. Sarkozy.
Selon nos informations, l'Elysée a obtenu l'accord des Etats-Unis pour que deux commandements soient attribués à des généraux français au sein de l'OTAN. D'une part, le commandement basé à Norfolk en Virginie (Etats-Unis), appelé Allied Command Transformation (ACT), en charge de piloter les transformations de l'Alliance (doctrine, organisation et emploi des forces). D'autre part, un des commandements régionaux de OTAN, basé à Lisbonne, où se trouve le quartier général de la Force de réaction rapide de l'OTAN ainsi qu'un centre d'analyses de photos satellites.
Ces deux attributions ont été négociées notamment entre le conseiller diplomatique de M. Sarkozy, Jean-David Lévitte, et le conseiller de M. Obama pour la sécurité nationale, le général James Jones. Révélées en janvier par un blog Internet français (celui du journaliste Jean-Dominique Merchet) et confirmées par nos sources, elles traduisent une volonté de l'Elysée de présenter la "rénovation de la relation" entre la France et l'OTAN non pas comme une fin en soi mais comme faisant partie d'une stratégie plus large, en plusieurs volets, impliquant des contreparties.
"La France ne peut reprendre sa place" dans l'OTAN "que si une place lui est faite" avait déclaré M. Sarkozy au New York Times en septembre 2007. Mais les avis divergent, chez les experts et certains officiels français, sur le poids réel qui serait dévolu à la France à travers ses deux commandements. L'ACT, à Norfolk, mettrait la France aux premières loges de la réflexion sur la transformation de l'Alliance, mais ce commandement n'a aucun rôle quant aux opérations en cours. La plus importante est celle menée en Afghanistan, pour laquelle M. Obama pourrait demander officiellement, d'ici le sommet de Strasbourg-Kehl, de nouvelles contributions de troupes européennes. M. Sarkozy, qui a décidé, en 2008, d'augmenter le contingent en Afghanistan en lui conférant aussi un rôle de combat au sol, devra se prononcer sur la question.
Le poste de Lisbonne apparaît quant à lui d'importance moindre, étant l'un des multiples commandements régionaux de l'OTAN. Certains critiques, à Paris, considèrent qu'il aurait mieux valu briguer des postes dans des structures plus décisionnelles, quitte à se contenter d'une position de "numéro deux". En 1995-1997, la tentative de "retour" menée par l'équipe de Jacques Chirac avait buté sur le refus américain de céder le commandement Sud de l'OTAN, à Naples, très stratégique.
Concrètement, la réintégration pleine de la France devrait se traduire par l'envoi de quelque 900 militaires français dans l'appareil militaire intégré de l'OTAN. Ce qui entraînera un coût financier élevé. Un paradoxe, évoqué par des connaisseurs du dossier, est que l'injection de personnel militaire français intervient au moment où Paris appuie, comme le fait le Royaume-Uni, l'idée d'un amaigrissement des structures de l'OTAN, dont le caractère pléthorique hérité de la guerre froide ne se justifie plus au regard des nouvelles missions de l'Alliance. Celles-ci sont centrées, depuis une quinzaine d'années, sur des opérations de forces expéditionnaires, avec des coalitions ad hoc de pays contributeurs, parmi lesquels la France tient un rôle de premier plan.
Le "retour" complet de la France dans l'OTAN est conçu à l'Elysée comme une "normalisation", la levée à la fois d'une hypocrisie et d'un "tabou", car en réalité Paris avait déjà commencé, à partir de 2004 - et sans le clamer - à réinsérer des militaires dans les commandements intégrés, à Mons et à Norfolk (ils sont une centaine). Paris ne renonce, par ailleurs, en rien à sa dissuasion nucléaire, dogme sacro-saint hérité du gaullisme.
La perspective du "retour" a renforcé la capacité d'entraînement des Français sur le dossier de l'Europe de la défense, même si, en raison de blocages britanniques, les avancées ont été modestes en 2008. L'Elysée espère aussi pouvoir mieux peser sur la formulation du nouveau Concept stratégique de l'Alliance, qui, avec la guerre en Afghanistan, sera au coeur du sommet de Strasbourg-Kehl.
Dans les préparatifs du "retour", un accroc a cependant surgi. La Turquie a fait passer le message que la réintégration de la France devrait s'accompagner d'une plus grande souplesse de Paris sur la question de l'adhésion turque à l'UE, à laquelle M. Sarkozy est opposé. Au plan juridique, Ankara n'a pas de droit de veto sur le "retour" français. Mais pour régler ce problème politique gênant, l'Elysée a discrètement demandé à l'administration Obama d'intercéder.
http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/02/04/la-france-paracheve-son-retour-dans-l-otan_1150483_0.html
Écrit par : BA | 07.02.2009
C'est bien là tout l'art du Passe-passe sarkosien. IL sabre à la base les collectivités locales, pour faire plaisir aux "entrepreneurs", qui, eux aussi, n'ont aucune visibilité fiscale pour les deux ans à venir . Politique à courte vue dont on se réveillera avec douleur
Écrit par : hugues vessemont | 07.02.2009
bonjour,
je ne comprends pas votre affirmation : "il a eu raison de souligner l’échec de la baisse de la TVA au Royaume-Uni". Car comme l'a démontré Jean-Pierre Couvrat sur son blog http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2009/02/07/betisier-presidentiel/, c'est pour le moins contestable.
Écrit par : Sophie Maunier | 08.02.2009
@ Sophie,
Merci de me poser la question, qui a fait débat sur Marianne 2. Il est vrai que Nicolas Sarkozy a eu tort de citer la part de l'industrie dans l'économie britannique comme une raison de la baisse de la TVA puisque la part est la même en France.
Mais cela ne change rien à mon opinion sur la baisse de la TVA dans le contexte actuel. Mon raisonnement (purement personnel) est le suivant : une baisse de la TVA permet théoriquement de faire gagner du pouvoir d'achat aux consommateurs par la baisse des prix qu'elle permet. Le problème avec ce raisonnement est que l'évolution du pouvoir d'achat dépend à la fois de l'évolution du prix et des salaires. En effet, si cette baisse de la TVA provoque une baisse de l'inflation de 2 points et que l'évolution des salaires n'est pas affectée, alors les consommateurs gagneront deux points de pouvoir d'achat. Néanmoins, un tel scénario est franchement irréaliste dans le contexte actuel : l'évolution des salaires a toutes les chances de s'ajuster à l'évolution des prix. Si cette baisse de la TVA provoque une baisse de l'inflation de deux points (par exemple), il est plus que probable que l'évolution des salaires sera également de deux points inférieure à ce qu'elle aurait été sans baisse de la TVA. Résultat, il risque fort de ne pas avoir de gain de pouvoir d'achat pour les ménages et les recettes perdues par l'Etat le seront pour rien.
Et même si l'on considérait que les ménages gagnaient du pouvoir d'achat (ce que je ne crois pas), il n'est pas évident que ce pouvoir d'achat soit dépensé. Les chèques envoyés par l'administration Américain au 2ème trimestre 2008 n'ont été dépensés qu'à hauteur de 30%. Il est possible que les ménages cherchent d'abord à se désendetter... Résultat, cette injection d'argent pourrait n'avoir qu'un impact très limité sur la croissance.
L'argumentation de JP Couvrat est intéressante, mais il ne faut oublier deux points :
- les dépenses sont en général plus fortes en décembre qu'en novembre du fait des fêtes
- il me semble (mais je ne suis pas sûr) que les soldes ont été avancées en Grande-Bretagne et que beaucoup de chaînes en faillite ont liquidé leurs invendus avant la fin de l'année, ce qui rend hasardeuse l'interprétation des chiffres de décembre
Plus sûrement, on peut se fier aux projections d'évolution de PIB, qui sont catastrophiques en Grande-Bretagne (-2,8% en 2009, soit pire que les Etats-Unis ou la zone euro).
Écrit par : Laurent, gaulliste libre | 08.02.2009
Nicolas Sarkozy est pour le traité de Lisbonne. Le traité de Lisbonne impose le libre-échange mondial généralisé : « Par l'établissement d'une union douanière conformément aux articles 28 à 32, l'Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres. »
(Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, Cinquième partie, Titre II, Article 206)
Nicolas Sarkozy a signé la déclaration finale du G20 le 15 novembre 2008. Le G20 impose le libre-échange mondial généralisé. Je cite la conclusion du G20, signée par Nicolas Sarkozy le 15 novembre 2008 :
« Nous soulignons combien il est vital de rejeter le protectionnisme et ne pas nous replier sur nous-mêmes en ces temps d’incertitudes financières. À cet égard, dans les douze mois à venir, nous nous abstiendrons d’ériger de nouvelles barrières à l’investissement ou au commerce des biens et des services, d’imposer des nouvelles restrictions ou de mettre en œuvre des mesures de stimulation des exportations contraires aux règles de l’OMC. »
http://fr.ambafrance-us.org/IMG/pdf_Declaration_washington.pdf
Et le 5 février 2009, qu’a dit Nicolas Sarkozy ? Il a dit : « Il faut arrêter les délocalisations et si possible que l'on re-localise. »
Nicolas Sarkozy ne se rend pas compte qu’il a lui-même (avec d’autres) placé les entreprises françaises en concurrence directe avec les entreprises chinoises, indiennes, vietnamiennes, etc.
Et après, Nicolas Sarkozy ose dire : « Il faut arrêter les délocalisations et si possible que l'on re-localise. »
Nicolas Sarkozy ne se rend pas compte du gouffre entre ses actes et ses discours ?
Nicolas Sarkozy est stupide ?
Ou alors il le fait exprès ?
Écrit par : BA | 09.02.2009
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